La Mer Morte pour commencer
Depuis notre base d'Arad, il faut une bonne heure pour rejoindre la Mer Morte. La route grimpe d'abord dans le désert, avant de plonger en larges lacets vers des étendues d'eau que l'on appréhende longtemps à l'avance. Il est vrai que l'on dégringole en peu de temps des 500 mètres du plateau où siège Arad, aux 430 mètres en-dessous du niveau de la mer, l'endroit le plus bas au monde (en dehors des fonds marins !), de la Mer Morte, notre record précédent "établi" à la Vallée de Mort est explosé. Nous arrivons sur la principale station balnéaire de Ein Bokek. Déception, c'est une juxtaposition de blocs de béton blancs ou grisâtres, interchangeables, donnant sur une plage qui n'a rien de tropical malgré la chaleur. Bon, ce n'est pas vraiment surprenant, je ne m'attendais pas à beaucoup mieux à vrai dire. Les touristes, pas si nombreux, traînent dans les magasins et les bars, sur la plage ou dans l'eau ; il n'y a pas grand chose d'autre à y faire de toute façon. Je suis bien entendu obligé d'aller tenter une trempette dans la fameuse eau super-saline Celle-ci renferme la bagatelle de 27,5% de sel, soit 10 fois plus que les eaux de mer habituelles : du sodium, du magnésium, du calcium, tous les cations sont là bien entendu. Quand on y pénètre, la première impression est celle de rentrer dans son bain, puisque l'eau est bien au-dessus de 30°C, puis que ce bain est bien épais. On marine dans une sorte de brouet visqueux, l'eau peine à glisser sur le corps, l'impression globale n'est pas très agréable, aucune sensation de fraîcheur bien entendu. Mais on flotte bien comme prévu, le corps semble se positionner à la surface de l'eau, et l'on est obligé de prendre la photo idiote en agitant les bras hors de l'eau, à défaut d'avoir amené un journal pour le lire. Bon, cinq minutes, ça suffit largement, il faut encore prendre la peine de bien se rincer en sortant de la saumure, heureusement des douches partout sur la plage permettent se débarrasser de la gangue salée qui me poisse. Nous déjeunons rapidement dans un mauvais restaurant, avant de reprendre la voiture pour remonter le long de la mer. L'aspect de celle-ci change, depuis le sud par lequel nous sommes arrivés, où elle a un aspect verdâtre, si peu profonde qu'elle en devient une succession de bassins où l'on exploite le sel. En remontant, elle bleuit pour davantage ressembler à un lac, mais il reste que la Mer Morte est en grand danger d'assèchement (comme la mer d'Aral en Russie qui a elle complètement disparu), du fait de l'exploitation du Jourdain, le fleuve qui l'alimente au nord, et aussi de l'évaporation d'eau pour en exploiter le sel.
Nous passons en-dessous de la forteresse antique de Massada, perchée sur son socle de calcaire plusieurs centaines de mètres au-dessus de nos têtes. Elle est célèbre pour avoir servi de base aux juifs zélotes dans leur guerre contre les Romains, au premier siècle de notre ère, lesquels les assiégèrent avant de donner l'assaut, dans un épisode gore qui s'acheva par le suicide collectif des assiégés. Le site est magnifique, les ruines saisissantes, paraît-il, car nous ne pourrons pas les visiter : l'après-midi où nous comptions y monter (par le téléphérique qui le dessert), il y avait trop de vent et l'accès était interdit. Quel dommage !
Nous poussons jusqu'à Ein Gedi, sans doute le lieu le plus attrayant le long de la Mer Morte. Plusieurs endroits méritent de s'arrêter en cet endroit situé à peu près au milieu de ladite mer. Nous commençons par le kibboutz, où logent les habitants. Contrairement aux kibboutz ordinaires, celui-ci s'est donner un cachet particulier en se convertissant en jardin botanique, les habitants ayant plantés moult arbres et plantes du désert, chichement arrosés, qui le transforment en oasis de verdure. Rues ombragées, parcs arborés, jardins coquets, tout concourt à ravir nos yeux tandis que nous nous baladons au milieu des locaux vaquant à leurs tâches quotidiennes. Nous faisons aussi un arrêt au Kibboutz Hotel, pour y déjeuner avant de repartir : une jolie terrasse nichée dans la végétation, des plats simples, une ambiance détendue, un bel endroit pour faire le plein avant de reprendre la route vers la Mer Rouge.
Mais avant cela, nous aurons parcouru la réserve naturelle d'Ein Gedi. Un endroit couru comme le prouve les grappes d'Américains qui y affluent, pour parcourir le Wadi David, une enfilade de bassins et cascades qui s'enchaînent sous la végétation profitant de cette eau rare. La balade est très sympa, si l'on oublie les hordes de touristes et les élèves du cru qui monopolisent chaque pièce d'eau pour y faire trempette, jusqu'à la grande cascade tout au bout du canyon. Foule qui ne semble pas inquiéter la faune locale, tel ce daman du désert, ressemblant à un gros rongeur, pourtant curieusement proche des éléphants zoologiquement parlant, et qui traverse tranquillement le chemin devant nous. Nous quittons la foule pour remonter la pente du canyon, en plein cagnard, mais au moins sommes nous tranquilles, et profitons de la large vue sur la Mer Morte plus bas. Tranquilles en tout cas jusqu'à tomber sur une autre source, elle aussi annexée par un autre groupe de jeunes locaux, plus traditionnaliste : uniquement des filles cette fois, habillées "modestement" comme le veut la tradition orthodoxe. Redescendant vers le bord de mer, nous passons devant une antique synagogue du Vème siècle, réputée pour un superbe pavement en mosaïque reprenant les signes du zodiaque.
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