Haïfa, Croisés et Romains
La dernière séquence de notre voyage en Israël devait nous emmener en Cisjordanie. L'actualité du moment, et notamment l'assassinat d'une journaliste palestinienne par Tsahal, a rendu la situation éruptive côté palestinien, nous obligeant à changer nos plans. Nous avons donc modifié notre itinéraire et décidé d'aller voir la côte nord d'Israël, du côté de Haïfa et de ses environs. Notre base de visite (Hills of Galilee) est à une quinzaine de kilomètres de la grande ville de Haïfa, au calme à l'intérieur des terres, au 1er étage d'une maison confortable dans un lotissement comme il y en a beaucoup là-bas, avec une grande terrasse pour y déjeuner et siester à l'occasion.
Nous nous rendons dès le premier matin à Haïfa, le grand port du pays s'ouvrant sur une large baie, mais aussi accroché au Mont Carmel qui surplombe les flots. Ses jardins suspendus ne sont pas ceux de Babylone, mais ceux des Bahaïs, cette religion monothéiste récente, fondée au XIXème siècle par le Bâb, rassemblant aujourd'hui 7 millions de fidèle dans le monde, et qui a son centre spirituel à Haïfa. Ses jardins s'étalent le long de 19 terrasses dégringolant vers la mer avec évidemment une vista incroyable sur celle-ci et sur la ville. Ces jardins à la française accumulent les fontaines et les sculptures, les haies taillées et les pelouses, les arbres et les massifs de fleurs. En plein milieu de la perspective se tient le mausolée doré du fondateur de la religion, le Bâb. Nous espérions naïvement descendre les degrés de ces jardins pour profiter en continu de la perspective radieuse des lieux, mais les accès sont restreints et nous sommes obligés de longer des rues à flanc de montagne pour trouver ici et là une entrée à quelques-uns de ces jardins. Au moins cela nous permet-il de découvrir un autre jardin plus modeste, rempli de sculptures humaines et animales simples et esthétiques, avec toujours en toile de fond la Méditerranée.
Tout en bas l'on arrive au quartier dit de la Colonie Allemande, comme en témoignent encore quelques maisons de pierre aux inscriptions en allemand, et où les restaurants s'alignent le long de la rue Ben Gourion. Nous jetons notre dévolu sur le Shtroudl qui, comme son nom peut l'indiquer, tente une fusion improbable de cuisine allemande et méditerranéenne. Le cadre, une terrasse enfouie dans la végétation, est rafraichissant, et les plats intéressants, sans être grandioses. Un peu plus loin, nous prenons notre dessert dans une pâtisserie orientale, Abd-Al-Hadi Sweets, qui empile sans fioritures des cascades de gâteaux secs dans un magasin sans charme, mais ces gâteaux sont diantrement bons.
Nous remontons la rue Wadi, dans le quartier arabe de la ville, qui se signale par de jolies peintures murales qui émaillent les maisons parfois fatiguées du coin. On passe devant Madatech, le Musée National des Sciences, qui eut l'honneur de recevoir la visite d'un certain Einstein, lequel y planta même son palmier. Plus haut, on est surpris de trouver le quartier branché de Masada, dans lequel s'active une jeunesse dynamique, avec bars et librairies le long des ruelles, et où organisations LGBT ou de gauche ont pignon sur rue.
Un peu flemmard, pour rejoindre le haut de la colline où nous parquons, on emprunte le funiculaire qui permet d'éviter les dernières fortes pentes, via une station aux coloris jaune et bleu et aux carreaux de couleur. Revenus sur les hauteurs de Haïfa, nous profitons une dernière fois du panorama sur la côte Nord qui remonte jusqu'au Liban pas très loin de là, et reprenons la promenade jusqu'aux jardins, sur laquelle un food truck Citroën rouge et blanc propose ses shawarmas.
Une autre excursion "incontournable", comme on dit trop souvent, est celle de Saint-Jean-d'Acre. Voilà un nom qui vous rappelle sans doute les Croisades, puisque Acre fut le principal port d'entrée des croisés et des pèlerins au XIIème siècle. L'histoire est riche, et l'on s'attend à monts et merveilles, après avoir lu les livres qui vantent une ville préservée qui respire encore l'histoire ancienne. Notre déception est donc à la mesure de l'attente ainsi créée. La ville a l'air mal entretenue, abîmée, souvent sale, peu mise en valeur. Et la partie touristique vers le port ne fait rien pour rattraper, semblant seulement là pour extorquer quelques shekels aux voyageurs de passage. Pourtant, il suffirait d'un peu de travaux, de volonté et de vision, pour recréer une ambiance et mettre en valeur ses atouts. Les remparts refaits à neuf surplombant des jardins manquent un peu de vie, mais montrent un début de changement, tandis que la mosquée est là pour rappeler que la population du vieil Acre est à 95% arabe, peut-être une explication à ce manque de volonté de mettre en valeur un lieu de l'imaginaire occidental.
Non loin de notre habitation à Kyriat Tivon se trouve le parc national de Beit She'Arim, un site d'anciennes catacombes juives qui abritent les sépultures de rabbins des premiers siècles de notre ère. Les grottes creusées dans la pierre ouvrent dans de multiples salles où l'on slalome entre les sarcophages aux inscriptions en hébreu, araméen, grec. L'ensemble ne fut découvert qu'il y a moins de 100 ans, ce qui explique sans doute son état de conservation.
La dernière visite de notre quinzaine israélienne sera sur le chemin de retour vers l'aéroport de Tel Aviv, sur le site romain de Césarée. Il manquait une composante romaine au panier de cultures antiques que nous avons approchées durant ces deux semaines, voilà qui est fait. Césarée fut l'un des grands ports antiques, au même titre qu'Alexandrie ou Carthage, colonie phénicienne créée par Hérode Ier en 22 avant J-C. Après sa déchéance au fil des siècles, le port fut englouti par les dunes pour n'être redécouvert que lors de la création récente d'un kibboutz. On retrouva alors cet immense site, avec son théâtre romain au sud, l'hippodrome d'Hérode et la ville dite des Croisés au nord. Les colonnes se dressent un peu partout, sur un double fond bleu, celui du ciel et de la mer, apportant un cadre revigorant aux marbres et mosaïques antiques. Faut-il regretter ou se féliciter que ce site ancien se soit aussi ouvert à la modernité, en ouvrant moult restaurants au milieu des ruines, ou encore en créant un méga complexe touristique non loin de là, avec golf et grands hôtels de luxe ? Auparavant, nous aurons aussi fait une courte halte au joli village, au milieu des vignes, de Zikhron Yaakov, où est notamment célébré le baron Edmond de Rothschild qui donna son impulsion au village, et à sa vocation viticole.
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