Tel Aviv nouvelle Californie

Après une semaine à bourlinguer dans les sables, retour à la civilisation et aux villes. Il est vrai qu'avec sa population en forte croissance concentrée dans la moitié nord du territoire, il y a de quoi faire en Israël. Tel Aviv est la première étape, ordre retenu pour y passer le week-end et shabbat, et ne pas trop se casser le nez devant des portes closes. Car Tel Aviv est sans doute la moins juive des villes du pays, et a souvent des airs de petite Californie. D'un point de vue économique d'abord, puisqu'elle concentre le dynamisme des élites du pays. D'un point de vue culturel aussi, jouant le rôle de melting pot où se mêlent origines, comportements, minorités. La religion juive est peut-être la plus absente de ce brouet, quasiment pas une kippa (ou une perruque) en vue durant trois jours. Notre camp de base est un appartement situé près du quartier branché de Neve Tzedek, dans un immeuble moderne. Un jeune trottinettiste contacté au préalable par téléphone vient nous ouvrir les lieux : bonne surprise, l'appartement est vaste, bien arrangé, lumineux, fonctionnel. Il est usuellement habité par son propriétaire, nous évitons les locations meublés à la hâte avec un mobilier basique et interchangeable. Le plus est cette agréable terrasse où se foisonnent plantes vertes, fleurs et fruits, avec vue sur la promenade plantée en train d'être aménagée quelques étages plus bas.

 

La première sortie est pour découvrir notre environnement immédiat, donc ce quartier à la mode de Neve Tzedek. La partie la plus centrale s'est ouverte au business, regorgeant de restaurants et d'ateliers d'artistes, la rendant trop semblable à tant d'autres lieux gentrifiés d'autres métropoles. Mais il suffit de s'éloigner de son épicentre pour trouver des ruelles calmes et verdoyantes, des maisons fourre-tout et grouillantes de vie, une vraie vie de quartier. Mais gare, les prix explosent trop (Tel Aviv serait devenue la ville la plus chère du monde, d'après une récente étude) pour que cela reste ainsi longtemps.

Plus vers le sud vers Jaffa, la partie arabe et ancienne de Tel Aviv, l'ambiance change imperceptiblement, on retrouve une ambiance plus orientale, même si là aussi, les promoteurs rôdent. Le marché aux puces a su rester authentique, tout comme les nombreux cafés qui le bordent. La plupart des boutiques sont fermées ce samedi, ce qui permet d'apprécier les nombreuses peintures murailles qui émaillent les murs anciens. Le port date de Mathusalem, ou presque, il est cité dans la Bible et servait de point d'entrée aux pèlerins en route vers la Terre Sainte. Son aménagement récent l'a transformé, les quais en promenades et les entrepôts en boutiques branchées. Les locaux en ont fait une de leurs sorties et cela grouille en ce samedi matin de shabbat. La vieille juste au-dessus a su rester dans son jus, sans doute impossible à modifier et moderniser. Des venelles étroites courent entre les maisons anciennes, sous les arches, le long des porches, quelques échoppes ont réussi à s'insérer dans le paysage. L'une d'entre elles diffuse une radio française, et propose affiches et cartes, toutes plus originales et plus réussies les unes que les autres, fruits de quelques artistes locales. Sa propriétaire est en effet française, et travaille ici depuis plusieurs années. Nous échangeons quelques mots, elle nous conseille pour un restaurant ce midi.

  

Plus au nord, le parc Abrasha offre une lampée de verdure et une vue sur le littoral, avec ses airs de front de mer Pacifique (ou Persique). En remontant vers le centre, la gare de Hatachana a subi elle aussi une rénovation, plutôt réussie. Quelques rails sont restés pour rappeler les origines, la gare elle-même est devenue un café, quelques wagons aussi servent désormais d'échoppes, tandis que les hangars alentour accueillent les habituelles boutiques matinées d'ateliers d'artistes : le cocktail habituel, mais plutôt digeste cette fois. De là part cette voie verte citée plus haut, et qui permet de rejoindre en mode doux (piétons et vélos) le centre-ville.

 

Dimanche, c'est un autre versant de Tel Aviv que nous allons découvrir, celui du Bauhaus. En effet, dans les années 30, lors de la création de la ville, de nombreux urbanistes et architectes fuyant le régime nazi et venant d'Allemagne, le berceau du Bauhaus, vinrent s'établir ici et participer au profil de la nouvelle ville. Plusieurs milliers de maison et immeubles du style furent construits, avec leurs murs horizontaux et courbes à la fois, leurs toits plats, leur couleur blanche, leur sobriété aussi. Il en reste plus d'un millier aujourd'hui encore, dans des états fluctuants, mais un gros effort est fait désormais pour les mettre en valeur et les réhabiliter. En parcourant la "Ville Blanche" (estampillée UNESCO), on est frappé par l'homogénéité des courbes et charmé par la séduction discrète des plus beaux spécimens, dont la pâleur est encore davantage mise en valeur par la végétation qui déborde un peu partout dans le quartier. Du coup, les constructions récentes s'en sont aussi inspirées pour consolider l'impression d'ensemble.

Nous nous devons d'aller aussi longer la Méditerranée pour grappiller un autre versant de Tel Aviv, sans pas le plus réussi, pas le moins intéressant non plus. Les Tel-aviviens se le sont approprié, puisque la plage et la mer font partie intégrante de la ville. On y trouve des airs de Muscle Beach de Santa Monica pour ces séquences de plage où s'expriment les sportifs. Et aussi des hôtels de béton vertical qui forment une barrière agressive au-delà du boulevard qui court le long de la plage. Chacun a droit à son bout de plage, jusqu'aux chiens qui ont eux aussi une portion réservée : la communautarisation à l'américaine sévit ici également.


Un entrefilet pour finir sur quelques expériences culinaires, puisque Tel Aviv est aussi réputée pour ses restaurants et sa cuisine. Incontournable, le restaurant de plage les pieds dans l'eau, ce sera Goldman du côté de Jaffa, tenu par ... le  beau-frère d'une collègue de mon épouse, le monde est petit. Assis à une table donnant sur la mer et le vieux Jaffa, la vue est magnifique, et les plats, mezzés à l'israélienne, poisson, arrosés d'un vin blanc du Golan, tout est au niveau, d'autant que nous sommes choyés en tant que clients fléchés par la famille. Dans le quartier de Florentin, le resto Dalida est loué par les guides. Nous y rendant, les tables sont déjà réservées, mais l'on nous propose les mêmes plats dans le bar situé juste en face, à la même enseigne. Banco ! Et mauvaise pioche ! Nous dînons au son d'une envahissante musique de club, sur un coin de comptoir, au milieu du flux des serveurs. En plus les plats recommandés sont très décevants, banaux et insipides. Dernier repas dans un resto grec (ce pays n'est pas si loin) nommé Kalamata (lointains souvenirs de Péloponnèsesur la place centrale de Jaffa : pas mal dans l'ensemble, mais pas de quoi se lever la nuit non plus.




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