Rouge, comme Timna et la Mer

Depuis la Mer Morte, le ruban de bitume longe inlassablement la frontière jordanienne jusqu'à la Mer Rouge 200 bornes plus loin. On écarquille les yeux pour voir si l'herbe est plus verte côté arabe, sans succès. Pas d'herbe bien sûr, à peine une masure ici ou là pour témoigner d'une présence humaine, ce n'est pas par là que vont déferler les hordes d'envahisseurs que redoutent certains Israéliens. Il faut attendre le golfe d'Aqaba et la mer pour voir une activité se développer, vers la ville d'Aqaba qui essaie de faire la nique à sa voisine et rivale d'Eilat. Nous stoppons quelques kilomètres avant Eilat, dans un village (Be'er Ora), une de ces villes nouvelles qui ont poussé dans le désert, et où nous avons retenu un petit appartement pour éviter la ville et rester au calme. Ce type de village, courant en Israël, a quand même un petit air de camp retranché : une barrière fermée à l'entrée (il faut un téléphone portable pour déclencher l'ouverture), grilles et barbelés entourant le camp, que craignent donc nos amis ? Rien de logique ne vient à l'esprit, sans doute l'éternelle impression d'être cerné par l'ennemi (au sens générique du terme) dont il faut se protéger à tout prix. Le village est une cité-dortoir, avec juste une épicerie aux tarifs exorbitants, lieu plutôt agréable d'ailleurs, quelques maisons cossues ici et là, mais où personne ne travaille. Notre modeste appartement est en lisière de village, là encore à côté des proprios qui louent un studio, pas très grand, pas très agréable, nous n'y passerons que peu de temps durant nos deux nuits.

Un de ses intérêts est d'être situé juste à côté du Parc National de Timna, pas vraiment fléché par les guides, mais qui me semble d'intérêt. En effet, en plus d'être quasiment vierge de visiteurs (tous se pressent sur les bords de la mer un peu plus loin), il présente un concentré de curiosités géologiques et historiques, qui ne sont pas sans faire penser à une miniature de parc de l'Ouest américain. Même le "visitor center" à l'entrée fait comme si, poussant le mimétisme jusqu'à employer un ranger américain (sans doute juif) qui vous propose au départ le briefing du contenu du parc. Le parc offre ses couleurs rouges, parfois tirant vers le jaune ou le brun, ou même vers le vert du côté des mines. L'érosion a sculpté des formes incongrues, tel ce champignon quasi-atomique, ou bien ces piliers associés au Roi Salomon. On voit même des arches naturelles qui ne sont pas sans rappeler Arches aux USA, à des dimensions un peu plus modestes. Un système d'échelle permet de gravir les rochers, de passer sous les arches, de redescendre dans les étroits canyons, tels des Indiana Jones de pacotille. Les lieux sont aussi connus pour abriter les plus anciennes mines de cuivre au monde, datant de six millénaires avant notre ère, et attribuées elles aussi au roi Salomon. On trouve ici et là des orifices qui donnent accès aux veines de cuivre, ou à ce qu'il en reste. Les Egyptiens aussi sont passés par là, comme en témoignent, non les figures un peu kitsch qui parsèment Timna, mais bien des gravures rupestres et les fondements d'un temple égyptien de Hathor, bien avant notre ère. La visite se termine sur un lac qui n'a rien d'historique quant à lui, puisque récemment créé pour les visiteurs, bien artificiel avec ses pédalos et ses palmiers. Mais l'on peut s'y créer un flacon de mélange de sables du parc, en empilant les couches de différentes couleurs dans un récipient en verre, amusant et esthétique.




L'après-midi est l'occasion d'aller voir à quoi ressemble Eilat, la station balnéaire israélienne sur l'étroit front de mer que possède le pays sur la Mer Rouge. Celle-ci n'est guère plus intéressante que son homologue de la Mer Morte, immeubles en béton le long de la mer, à destination des touristes russes essentiellement (nous entendrons souvent parler cette langue malgré la guerre qui sévit toujours en Ukraine). Le pire, c'est peut-être les ronds-points qui se succèdent le long de la route, plus hideux les uns que les autres, la palme revenant sans doute à celui qui entasse des poissons exotiques aux teintes passées par le soleil, à moins que ce ne soit celui qui aligne les cœurs de couleur. Puisque l'on parle de poissons, en tant que plongeur (même si cela date un peu), je ne peux pas aborder la Mer Rouge sans vouloir mettre un masque et aller voir ce qui se passe sous l'eau. Justement, il y a une réserve marine à Coral Beach, qui permet d'aller explorer une série de récifs le long de la plage. C'est très organisé, pontons de bois, parcours balisé par des bouées, mais dès que l'on met la tête sous l'eau, on retrouve la profusion de vie aquatique de la Mer Rouge. C'est même surprenant de voir autant de poissons multicolores si près du rivage et dans un environnement urbain. Poisson-clown, chirurgien, papillon, perroquet, murène ou demoiselle, ils sont tous là, bref cette petite heure sous-marine est un enchantement qui me permet de retrouver les impressions ressenties à Safaga ou Hurghada en Egypte il y a près de 30 ans.



Après cette eau de mer, il est l'heure d'aller me rincer le palais avec une lampée de bière. J'ai repéré une brasserie artisanale (il y en a désormais partout), "The Brewery" (pas très original comme nom), dans une zone d'activités périphérique de la ville. L'endroit est improbable, et pourtant sympathique, les bières très correctes et je peux m'offrir une "volée" de 5 bières de différents types, un vrai plaisir tant il fait chaud. Pour finir la journée, pourquoi pas un restaurant de poisson, va pour celui recommandé comme le meilleur du coin dans les guides ou sur la toile. Le Fish Market est situé près de la mer, de l'autre côté de la route, dans un cadre sans fantaisie. Cruelle déception, il y a peu de choix de poisson, et la dorade que je me fais servir est bien trop cuite. A éviter ...

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