Israël, anecdotes, bilan et perspectives
Après quinze jours en Israël, c'est le moment d'en tirer un bilan, d'autant que cette destination peu consensuelle nous a parfois attiré des reproches à peine voilés de la famille ou d'amis.
D'abord, du point de vue purement touristique, on ne peut qu'être conquis par la variété des lieux rencontrés durant deux semaines, sur un territoire d'à peine la superficie d'une région française. La partie sud, le désert du Néguev jusqu'à la Mer Morte, jouxtant Egypte et Jordanie, est quasi inhabitée, inondée de soleil, spectaculaire, avec ses airs de Far West miniature. La partie nord ensuite est une des régions les plus densément peuplées du globe, quasiment la population de la Belgique sur une surface 5 fois moindre, ce qui nous amène à une densité avoisinant les 1000 habitants au kilomètre carré, que l'on saisit bien quand on voit comment des villes nouvelles jaillissent un peu partout dans le paysage. Et puis les cités sont à la fois d'une richesse et d'une variété saisissantes. C'est un lieu commun d'opposer Tel Aviv la neuve à Jérusalem l'antique, mais cela reste un choc quand l'on passe en une heure à peine de l'une à l'autre. Quant à Haïfa, c'est un melting pot de civilisations et d'histoire. Vous aurez compris, le voyage proprement dit vaut le détour.
Voyons maintenant la situation particulière d'Israël, au vu aussi de l'actualité qui nous a fait changer nos plans. En effet, quelques jours avant notre départ, une journaliste palestinienne (et chrétienne également) est tuée lors d'une "bavure" par l'armée israélienne ; s'ensuivent des troubles et plusieurs attaques, notamment en Cisjordanie, amenant les autorités françaises à formellement déconseiller tout voyage dans cette région. Par ailleurs, en plus des risques de tomber dans de telles turbulences, il y a aussi les délais rallongés pour circuler dans la région, du fait d'attentes qui peuvent atteindre plusieurs heures aux check-points, et nous n'avons pas envie de passer une journée à attendre pour parcourir une vingtaine de kilomètres. C'est pourtant le type de distances que nous comptions faire entre Bethlehem, Ramallah ou Jéricho. Nous estimons finalement plus sage de shunter cette partie de notre voyage, et de la remplacer par l'incursion sur la côte nord, du côté de Haïfa.
Les guides lus avant le voyage nous avertissaient sur la "rudesse" des Israéliens. Je me méfie un peu de ces jugements à l'emporte-pièce, force est pourtant constater que c'est une réalité, je parlerais plutôt d'une forme d'impolitesse ou d'indifférence à l'égard des visiteurs. Dans les contacts avec les locaux, que ce soit dans des magasins, des restaurants, des lieux publics, l'accueil est pour le moins abrupt. D'autant que comme nous ne comprenons pas l'hébreu, la patience n'est pas leur qualité première. Comme dans ce magasin où ne comprenant pas dans quelle file nous mettre, nous nous faisons quasiment insulter (c'est comme cela que l'on peut comprendre leur éruption verbale) par une caissière. Autre anecdote, celle de la Poste Centrale de Jérusalem, sur un fond kafkaïen (celui-ci était juif d'ailleurs). Je souhaite acheter des timbres pour envoyer quelques cartes postales à l'ancienne, et je rentre dans la Poste, me faisant bien sûr fouiller à l'entrée par un vigile, normal. Arrivé dans la grande salle, il y a une machine pour prendre un ticket qui vous enverra vers le guichet adapté. Première difficulté, il faut prendre "rendez-vous" à une heure précise. Comme la machine a l'obligeance de parler anglais, je trouve un créneau 20 minutes plus tard, va pour cette attente réduite. Difficulté inattendue, il m'est demandé un numéro de téléphone pour valider mon ticket : je tente mon numéro français avec son indicatif international, qui est bien sûr refusé. Je retourne voir le vigile, sympathique - comme quoi ils peuvent être agréables quand ils veulent - et qui me porte assistance en introduisant son propre numéro pour que je puisse valider mon coupon. Me voilà qui attend sagement mon tour dans la grande salle peu fréquentée ce matin-là, jusqu'à être appelé au guichet n°2. Je formule donc en anglais ma requête d'une dizaine de timbres-poste, et m'entends rétorquer que ce n'est pas le bon guichet ; quand je dis rétorquer, je devrais plutôt parler d'aboiements, ponctués d'un geste définitif du style 'dégagez' quand je demande où je dois me présenter et s'il faut reprendre un ticket. Penaud, je recherche mon ange gardien de vigile à l'entrée, chou blanc, il n'est plus là, ce doit être sa pause. Tant pis, nos amis ne recevront pas de carte postale depuis Israël.
Autre anecdote, celle de la (seconde) location de voitures à l'aéroport. Déjà, la première avait été chaotique, près de 2 heures d'attente, puis 3 allers - retours vers et depuis différents véhicules, avant d'en trouver un qui soit muni d'un protège-bagages, cachant à la vue de passants mal intentionnés les bagages que nous transporterons. La seconde le sera tout autant, malgré une prise en charge cette fois rapide, mais pour nous signaler que le véhicule réservé et payé n'est plus disponible, surbooking comme pour des vols aériens. On nous propose à la place un van 8 places, autant dire un engin malcommode à piloter, que je refuse donc. On me signale alors qu'il me faudra attendre peut-être plusieurs heures pour qu'un véhicule idoine soit rendu et nettoyé. Je proteste avec véhémence, et l'on finit par me proposer un véhicule de luxe, mais avec un supplément non négligeable. Fatigué de ces discussions, j'accepte pour louer à bord d'un gros SUV BMW XDrive 40i. Un veau haut sur pattes, confortable (c'est le moins que l'on puisse demander) et puissant. Au moins sera-t-il plus agréable à conduire que notre véhicule de la première semaine, équipé d'une motorisation ridicule, au point de plafonner à 40 (si, si quarante) km/heure dans les montées, nous faisant dépasser en trombe par tout le monde.
Pour finir, un mot de l'ambiance en Israël. Pas de tension permanente comme on aurait pu le craindre compte tenu de la situation politique, malgré les nombreux soldats équipés de fusils d'assaut, que l'on rencontre un peu partout dans les villes. Sinon on ne ressent pas d'hostilité ou de ressentiment, même dans les quartiers arabes de Jérusalem est, de Jaffa ou de Haïfa. Par contre le sionisme est partout, glorifiant à chaque occasion tel héros, Ben Gourion en tête, célébrant les victoires contre les Britanniques, les Egyptiens, les Palestiniens. Si l'on comprend leur souhait de mener une vie autonome sur un territoire accepté, nul besoin pour autant d'ériger une barrière avec tous les Autres, de cultiver un complexe de supériorité et in fine de se replier sur soi-même.
Bref, à quelqu'un qui me demandait si/quand j'y retournerai, je répondais, certainement pas dans l'immédiat, ni sans doute à plus long terme. En deux séjours, j'ai bien eu le temps de faire le tour du propriétaire. Par contre, je reste frustré de ne pas avoir pu aller voir le versant palestinien. Un voyage intéressant sera d'aller de l'autre côté du Jourdain, de visiter la Jordanie, le Wadi Rum et Petra, et d'en profiter pour se faire, une idée de la Palestine.
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