Xhiro à Berat
Après Gjirokastër, c'est l'heure de Berat, l'autre petite ville emblématique de l'Albanie d'antan, dans une vallée un peu plus au nord, que nous rejoignons après avoir essuyé un énième gros orage sur la route. On y parvient en longeant l'Osum, la rivière de la vallée, sur laquelle est bâtie Berat. L'essentiel de la ville se situe sur la rive nord, où se trouve notre hôtel Desaret, une grande bâtisse moderne, mais qui offre une belle vue sur la ville, ses mosquées, la rivière, depuis notre balcon où nous déjeunons sur le pouce le midi. Puis nous nous offrons la grimpette vers Kala, la forteresse locale. Celle-ci a la particularité d'être habitée, puisqu'un mini-village, autrefois protégé par ses enceintes, abrite aujourd'hui encore une centaine d'habitants. La vue plongeante depuis la pointe propose de nouvelles perspectives sur les bords de l'eau juste en-dessous. En traversant la citadelle à pied l'on découvre moult ruines, mosquées comme églises et chapelles, détruites au fil des siècles. Du côté de la massive porte d'entrée se trouvent l'essentiel des maisons blanches où les habitants profitent de l'afflux touristique pour refiler quelques souvenirs aux visiteurs, souvent albanais, parfois envahissants, ou restaurer des affamés de passage.
De retour au niveau de la ville, les deux quartiers anciens, de part et d'autre de l'Osum, nous proposent leurs services : Gorica la chrétienne côté sud, Mangalem la musulmane côté nord. Gorica la tranquille est un autre lacis de ruelles, escaliers de pierre, portes cochères en bois et végétation poussant de manière anarchique. C'est un peu par hasard que nous tombons sur l'église orthodoxe Saint-Spiridon, dans laquelle un pope nous fait signe de rentrer, alors qu'il est pourtant tard. Un joli jardin fleuri, une galerie à colonnades qui laisse filtrer le soleil du soir, et à l'intérieur, les classiques icônes à dorures, mais aussi une belle fresque ancienne, peinte sur la coupole.
Un pont de pierre nous emmène de l'autre côté à Mangalem. Là des ruelles encore plus étroites serpentent sur les pentes de la citadelle, dans le hameau musulman plus actif que sa voisine d'en face, comme en témoignent les boutiques d'artistes et les restaurants devant lesquels l'on passe. Nous y dinerons le soir même dans un sympathique italien "Beratino", parmi d'autres Français, après avoir traversé les mêmes micro-rues de nuit, heureusement assez bien éclairées.
Pour finir notre tour de Berat, et restant près de notre hôtel, quelques autres lieux à voir dans les parages : le musée ethnographique étant en travaux, nous faisons un tour rapide du micro-musée Solomon qui retrace l'histoire des Juifs de la ville et des environs. Une vieille dame nous fait signe d'entrer, nous allume les lumières de la modeste pièce qui tient lieu de musée, nous baragouine quelques infos dans un sabir vaguement anglais, et nous apprenons au travers des photos et coupures de journaux exposées sur les murs qu'il s'agit de la veuve du vieux monsieur, judéophile, qui a créé ce musée et dont elle perpétue la mémoire. Non loin de là, l'islam reprend ses droits avec deux mosquées, la Mosquée des Célibataires, dont on peut admirer que les décorations de la façade au bord de l'Osum. Et surtout la Mosquée du Roi, la plus ancienne, flanquée d'un sérail, et du Tekke Helveti, lieu de réunion pour les soufis de l'époque, que nous ne pouvons malheureusement visiter.
Enfin, s'éloignant un peu de la partie la plus ancienne et longeant la rivière, l'on rejoint la partie plus moderne de la ville, en plein chantier comme dans beaucoup de villes albanaises. La section la plus agréable, piétonisée récemment, est la promenade arborée le long de la rivière, le Boulevard de la République, sur laquelle s'alignent côté ville cafés et restaurants, et surtout qui voit défiler le soir venu les promeneurs de Berat, dans un cérémonial nommé "xhiro" en albanais, qui n'est d'autre que la fameuse passegiatta italienne, adoptée ici en bons voisins.
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