Retour au lac de Shkodër
Nous nous étions déjà rendus sur au lac de Shkodër il y a 10 ans, dans sa partie nord, au Monténégro, et nous étions approchés (en canoë) des eaux albanaises, les avions peut-être même franchies sans le savoir. Cette fois, c'est sa partie sud que nous parcourons, sur laquelle est située la ville albanaise qui lui donne son nom, Shkodër. Nous le rejoignons après un fatigant parcours automobile nous faisant traverser la grosse agglomération de Durrës / Tirana, dans une circulation intense et une signalétique ambiguë. Nous avons ensuite du mal à dénicher la maison que nous louons pour 3 jours à Shirokë, au-dessus du lac, en remontant celui-ci sur sa côte ouest. Nous finissons par la trouver et y rencontrer la mère du propriétaire : celle-ci ne parle pas anglais et nous échangeons grâce à Google Translate, tandis que son fils, absent et avec qui nous conversons en ligne et par téléphone, parle parfaitement français, ayant fait ses études d'architecture en région parisienne ! La maison elle-même est banale, confortable, et dispose d'une belle terrasse depuis laquelle la vue sur le lac est magnifique.
Le lendemain matin, nous commençons par un tour à pied jusqu'au bord du lac, dans la petite station de Shirokë. Cela semble être le lieu de villégiature des habitants de Shkodër, à 10 kilomètres de là, lesquels s'y rendent même en vélo : dans Shköder circulent pas mal de cyclistes, inhabituel dans ce pays plutôt branché automobiles à l'ancienne. Pas grand à dire sur Shirokë, mais le bord de lac est bien aménagé, ombragé, et les cafés font le plein le soir venu ou le week-end.
Changement de décor quand on se rend depuis le lac jusqu'à Shkodër. On passe par un bout de route un peu étrange, juste avant la ville, où visiblement des Roms ont pris possession des lieux et vivent dans des taudis le long de la route étroite, vivant sur et autour du macadam, au milieu du trafic (pas seulement routier ?). La ville de Shkodër n'a pas le charme de Gjirokastër ou de Berat, il est vrai qu'elle a été bien détruite par un tremblement de terre en 1979. Nous suivons scrupuleusement une balade à travers ses rues, décrite dans le Lonely Planet, qui tente tant bien que mal de nous intéresser à quelques bâtiments locaux, et à l'histoire qui s'y rattache, là l'Hôtel de Ville, la Préfecture ou le Lycée, ou encore un Café historique masqué par les bâches des travaux ou une tour incertaine. Au fil de notre balade, nous dénichons quand même quelques endroits attachants : comme ce joli café noyé dans les jasmins où nous faisons une pause, ou la rue piétonne qui tient lieu de point de rassemblement pour la jeunesse locale, celle en tout cas qui n'a pas quitté les lieux pour des destinations plus attrayantes. Et puis il y a le musée de la Photographie vanté un peu partout, le Marubi, dans un bâtiment d'architecte bien inséré dans la ville, qui retrace l'épopée des Marubi, des Italiens installés ici et qui en ont retracé l'histoire, en trois générations, à travers des clichés présentant ses habitants, des plus célèbres aux plus modestes. Si la fond du musée contient 500.000 photos paraît-il, nous restons un peu sur notre faim, la muséographie privilégiant la forme sur le fond (trouvé-je), et limitant à un petit nombre seulement les photos exposées. Dommage, car il y a de la matière à mettre en valeur, peut-être d'une autre manière, par exemple en insérant ce compendium dans l'histoire récente du pays.
Non loin de Shkodër, nous grimpons sur la troisième forteresse (au moins) de notre séjour albanais, puisque que ce sont ces ouvrages qui rythment l'histoire du pays. Cette forteresse de Rozafa, principalement vénitienne, mais avec des remparts datant des Illyriens, est vaste, mais conserve peu de vestiges intéressants, du moins pour les béotiens que nous sommes. Comme souvent, le principal intérêt en est la vue plongeante, puisque depuis celle-ci, le regard embrasse d'un côté le lac scintillant jusqu'au Monténégro, et de l'autre, le réseau de rivières qui alimentent le lac en serpentant depuis les Alpes Dinariques au fond du décor. Plus au nord, le pont ottoman de Mes vaut que l'on tâtonne un peu pour le trouver. Construit en 1770, il enjambe audacieusement la rivière Kir (rien à voir avec notre chanoine et sa boisson !), sur plus de cent mètres de long et 13 arches, avec un léger coude et une bande passante cahoteuse, entre galets irréguliers et dos d'âne. Un ouvrage saisissant, duquel la vue plonge sur les eaux transparentes de la rivière, dans laquelle se baignent quelques locaux pas frileux.
Une ultime virée le long de notre lac nous permet de pousser jusqu'à la frontière monténégrine. Nous garons notre véhicule dans le village cul-de-sac de Zogaj, un bout du monde, interdit autrefois, encore calmissime de nos jours, malgré des budgets européens qui essaient d'en aménager les bords, mais pour qui ? Nous poursuivons à pied sur un chemin de terre, le long duquel des constructions poussent, même ce qui semble être un grand "resort" en gestation, étonnant en ces lieux, puis un sentier à travers les herbes folles nous amène jusqu'à l'ancien poste-frontière, en ruine et désormais agrémenté de ruches par un apiculteur du cru. Une autre route bitumée démarre à une centaine de mètres de là, en territoire monténégrin : pas de chemin pour la rejoindre à pied, pas d'intérêt non plus, sinon le vague frisson de franchir illégalement une frontière européenne, moins critique cependant que celle qui séparait il y a 50 ans les frères ennemis, l'Albanie de Hoxha et la Yougoslavie de Tito.
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