Corfou (ville) entre les gouttes

Le temps s'annonce maussade aujourd'hui sur l'île, c'est le moment d'aller arpenter les rues de la capitale Corfou, quitte à s'abriter dans un musée si la météo se gâte. Ce qui arrive bien sûr juste après notre arrivée en début d'après-midi. Tandis que des hallebardes se mettent à se déverser sur la ville, nous regagnons le Palais Saint-Michel-et-Saint-Georges. Derrière les colonnades de style vénitien conçues à l'origine pour les gouverneurs britanniques qui régnaient sur les lieux, on trouve un Musée d'Art Asiatique qui peut sembler un peu incongru sur une île grecque. Toutes les civilisations du continent y sont largement représentées, Chine et Japon, Inde et Asie Centrale. Des samouraïs y côtoient des bouddhas ou des tapis persans, dans une présentation aérée et élégante, au travers des salles de l'immense palais. On peut admirer au passage la salle d'apparat du palais, un magnifique parquet brillant de mille feux, les escaliers monumentaux menant à l'étage. Quand nous achevons notre visite au bout d'une grosse heure, la pluie redouble, et nous attendons encore quelque temps avant d'aller arpenter les pavés mouillés.

Nous commençons par le Liston, la promenade à arcades édifiée par les Français lors de leur passage, en face de laquelle les jardins de la Spiniada offre un contrepoint bucolique à la sévérité de la ville de pierre. Sous les arcades prolifèrent les cafés où sont venus s'échouer les touristes fuyant les intempéries. Nous quittons la foule qui se pressent dans l'épicentre de Corfou pour aller flâner dans les ruelles au nord de la ville, vers la mer. Maisons colorées, orangers et citronniers, pavés brillants, façades élégantes, guident nos pas. Nous tombons ici sur un puits vénitien orné de lions de marbre, là sur une ancienne synagogue (l'écrivain Albert Cohen est né ici), pour découvrir une ville à la riche histoire, influencé par Italiens et Britanniques d'abord, mais aussi Byzantins, Serbes, Français, tout envahisseurs qui passèrent par Corfou à un moment ou l'autre de son histoire.

Une nouvelle averse nous amène à chercher refuge dans une maison historique de la ville, La Casa Parlante, reconvertie en musée de l'histoire de la ville. Un intérieur de maison reconstitué, avec automates en cire buvant leur thé ou écrivant sur leur bureau, pour donner vie à la maisonnée du XIXème siècle, tandis qu'une guide nous raconte l'histoire de cette famille dans un français rocailleux, sans doute plus approximatif que celui que parlaient ses propriétaires il y a un siècle et demi.

Un dernier effort nous fait grimper le soir, sous un soleil qui fait une timide apparition, jusqu'au Palais Frourio, la vieille forteresse vénitienne qui gardait la ville au XIVème siècle, bâtie sur une péninsule rocheuse regardant vers l'est et le continent. Pour y pénétrer, un pont enjambe une grande douve où bateaux et cabanes se font face devant une pelouse bien verte, témoin du printemps humide que connaît l'île. Grimpant jusqu'au phare et au sommet de la forteresse, on jouit de la vue sur l'Epire d'un côté, les côtes corfiotes de l'autre, et la ville qui s'étend vers l'ouest.

Le soir venu, nous dînons dans un des innombrables restaurants qui s'alignent dans les ruelles du centre. Bonne pioche, nous faisons chez Anthos un excellent repas de poissons parfaitement cuits (espadon et thon rouge), servis par une patronne affable et francophone, dans un joli cadre moderne et authentique.


Deux jours plus tard, c'est sur la presqu'île de Kanoni que nous effectuons une balade autour du Domaine Mon Repos. C'est dans cette villa néo-classique que naquit le principe Philippe de Grèce, alias Lord Mountbatten et époux d'Elisabeth II, mort il y a peu à l'âge de 100 ans. La villa ne se visite pas et le grand parc verdoyant est un peu fouillis, abritant des ruines antiques peu mises en valeur, que traversent surtout les joggeurs en mal de sentiers calmes. En nous y rendant, nous faisons un stop au monastère des Vlachernes, une adorable église blanche posée sur la mer, dans une quiétude troublée par moment par le survol très rapproché des avions de ligne qui atterrissent sur la piste de l'aéroport juste à côté de là.






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