Depuis longtemps, depuis ma prime jeunesse, l'Albanie est un pays qui m'a fasciné. Le petit Poucet qui s'opposait vaillamment à ses alliés qui le prenaient de haut, l'Union Soviétique, puis la Chine. Le pays qui se refermait sur lui-même à double tour pour devenir la citadelle infranchissable en Europe, devenu rapidement aussi une de ses pires dictatures. Et aussi plus prosaïquement le seul pays d'Europe qui manquait à mon tableau de chasse de voyageur. J'ai lu au fil des années des ouvrages sur l'Albanie, jusqu'à des romans de Kadaré ces derniers temps. Et voici en 2023 l'occasion d'aller voir sur place ce qui se passe dans un pays qui s'ouvre à l'occident et au tourisme, brûlant les étapes pour devenir une destination à la mode : vite allons-y avant que cela ne devienne le terrain de jeu des amateurs nordiques de plage et de soleil bon marché.
La première impression qui s'en dégage est l'étonnant cocktail de modernité et d'histoire, la différence aussi entre l'Albanie bouillonnante de Tirana et de la côte, et celle traditionnelle des vallées et de la montagne. Ces deux mondes coexistent fort bien pourtant, comme coexistent des religions souvent en opposition ailleurs, un islam tempéré et un christianisme partagé entre orthodoxes et catholiques.
Ci-dessous quelques impressions de voyage réunies par thème.
Islam
L'Albanie est, avec le Kosovo, le seul pays majoritairement musulman d'Europe, et je m'y rendais un peu méfiant envers une religion pas toujours très ouverte sur l'altérité. Eh bien l'Albanie est la preuve que l'islam peut être ouvert, tolérant, discret même, malgré les mosquées qui ponctuent ici aussi le paysage. Quasiment pas de femmes voilées, bien moins qu'en France ou en Allemagne (les seules que nous verrons seront un groupe de musulmanes allemandes !), des communautés qui se parlent et se mélangent, pas de prosélytisme ou de signes ostentatoires, bravo et merci ! Signe aussi, les filles sont quasi toutes habillées à l'occidentale, souvent en short et top, jambes et ventre à l'air, avec un maquillage marqué, étonnant pour un pays musulman, à mille lieux des femmes du Maghreb par exemple.
Automobile
L'Albanais voue un culte à la voiture, et plus particulièrement à la Mercedes qui est là-bas le nec plus ultra de l'automobile. Des Mercedes de tous les âges, avec une prédilection pour les vieux modèles, sillonnent routes et rues. Plus généralement, les berlines allemandes sont le signe extérieur de réussite, Porsche Cayenne en tête de gondole. Pourtant, la qualité des routes doit mettre leurs suspensions à rude épreuve. Que ce soit en ville ou à la campagne, dans la montagne ou le long de la mer, le nid de poule est une denrée courante, et il faut garder un œil vigilant sur la route (ou la piste) pour déjouer les traquenards à la mode cubaine. En gardant l'autre œil ouvert sur les conducteurs qui, s'ils ne sont pas agressifs, ni maniaques du klaxon, ont une conception toute orientale de la conduite : j'avance tant que c'est possible, et le code de la route est d'abord conçu pour les autres.
Cuisine
L'Albanie est à la croisée des civilisations, avec une influence occidentale, italienne et grecque notamment, d'un côté, et orientale de l'autre, ottomane et byzantine. Cela se voit aussi dans sa cuisine qui allie la finesse transalpine et les parfums orientaux, ceux-ci ayant tout de même tendance à prendre le dessus. La pâte feuilletée est souvent présente, comme dans l'iconique byrek, où la pâte filo, fine et croustillante, est farcie de fromage, de viande, de légumes. On trouve aussi les boulettes de viande, agneau, bœuf ou porc, en sauce, dans les qofti. Ou encore les teve, des légumes, du riz, de la viande mijotés longuement dans un four traditionnel. Bon, ce n'est pas non plus le royaume de la gastronomie, soyons franc, et à la longue l'on a un peu toujours affaire aux mêmes plats, mais en belle quantités toujours. On trouve aussi quelques vins, blancs notamment, qui peuvent être très corrects, même en l'absence de tradition vinicole.
Accueil
Rien à voir avec l'accueil souvent désagréable rencontré l'an passé en Israël, nous retrouvons en Albanie l'accueil sympathique aussi perçu en Grèce ou au Portugal par exemple. Que ce soit dans les hôtels, les restaurants, les magasins, les gens sont agréables, souriants, et font tout pour vous être utiles. Et quand c'est possible, lorsque la langue n'est pas une barrière notamment, l'on peut avoir des conversations instructives comme dans notre hôtel de Ksamil. Cependant, j'ai remarqué parfois une certaine réserve de nos interlocuteurs, comme si la nouveauté de leur situation (le pays vient juste de s'ouvrir au tourisme) leur imposait une retenue dans leurs relations avec les étrangers. En tout cas, nulle part de méfiance ou d'hostilité. Et la mafia albanaise, pourtant une réalité, n'interfère pas du tout avec le tourisme.
Célébrités

Commençons par
Skanderbeg, alias
Georges Castriote, le pionnier de l'
Albanie, qui déclara son indépendance contre l'occupant ottoman en 1443, et qui maintint cette
Albanie indépendante jusqu'à sa mort et au-delà, avant qu'elle ne retombe sous le joug ottoman. C'est aujourd'hui encore le héros national des Albanais, célébré même au-delà de ses frontières au fil des siècles par
Voltaire, Ronsard, Longfellow ou
Vivaldi. Dans
Tirana, la place principale porte son nom, avec un monument équestre trônant en son centre.

Au XXème siècle, ce sont deux natifs de Gjirokastër qui tiennent le haut du pavé, aussi opposés l'un à l'autre qui possible. Enver Hoxha, le partisan communiste durant 39-45, devenu le dictateur inflexible pendant 40 ans, et qui, entre autres "exploits", parsema le pays de milliers de bunkers en béton pour se protéger de ses innombrables ennemis. Il fut combattu par le grand écrivain Ismaël Kadaré, à travers ses livres, qui fut amené à se réfugier en France pour échapper à sa vindicte, et qui, encore vivant, est revenu habiter au pays après la chute du tyran.
Certainement la plus connue Albanaise dans le monde entier, mais souvent sans que l'on connaisse sa nationalité tant elle était avant tout citoyenne du monde, et naturalisée indienne, c'est Mère Teresa, prix Nobel de la Paix 1979. Elle naquit au Kosovo, et quitta l'Albanie à l'âge de 18 ans, mais reste très présente dans le pays, témoin l'aéroport de Tirana qui porte son nom. Enfin, dans le monde sportif, c'est Lorik Cana qui tient le haut du pavé, international de football, qui joua en France pour le PSG, puis l'Olympique de Marseille.
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