Kerkyros, mer et oliviers

Après un embarquement compliqué dans la pagaille d’un aéroport d’Orly embolisé par une panne des tapis roulants chargés d’acheminer les bagages, et deux heures de retard, nous arrivons au-dessus de l’île de Corfou (Kerkyros en grec), épargnée par les nuages épais survolés sur l’Adriatique, dont nous avons tout le temps d’évaluer la géographie, notre appareil la longeant tout du long de sa côte ouest, avant de virer de bord et de rejoindre la piste par le sud. Nous quittons vite le modeste aéroport, bien calme en ce début mai, pour récupérer notre petite auto rouge vif, facile à repérer sur un parking, mais guère agréable à conduire. Quittant la ville, nous rejoignons vers le nord-ouest le petit village de Doukadès, où nous attend Maria, une vieille dame grecque qui nous loue sa maison pour ces cinq prochains jours. Elle est chaleureuse malgré son anglais un peu hésitant, nous présente sa maison au milieu de village, celle de ses parents en fait, qui a été joliment retapée. Elle vaut d’abord par son jardin, un espace dallé donnant sur la rue, avec une table sous les citronniers et les orangers, au milieu d’une végétation méditerranéenne, un bel endroit dont nous ne profiterons pas autant que nous l’aurions souhaité par la faute de la météo. A l’intérieur, la maison est sombre et fraîche, sûrement pour se protéger de la chaleur, avec une petite terrasse qui donne sur les toits du village. Elle nous offre des produits locaux, qu’elle fabrique elle-même, kumquats au sirop (la spécialité du coin), confiture de prunes, et de l’huile de ses propres oliviers. Elle nous parle aussi de sa famille, de son mari qui vient de décéder, de ses fils qui habitent, l’un à Oslo, l’autre en Suisse, illustration de l’émigration économique qui a sévi en Grèce ces dernières années.

Le soir venu, nous allons tester les restaurants qui encadrent la petite place de Doukadès, à peine troublée par les quelques voitures qui la traverse au pas. Même à bonne distance de la mer (une dizaine de kilomètres), il y a une clientèle pour ces petits restos typiques, tenus par des familles, clientèle essentiellement étrangère, britannique même, puisque la plupart des consommateurs sont des Anglais venus de la côte pour changer un peu d’air. Les plats servis sont simples et sans prétention, les classiques moussaka, stifado (de poulpe), pastitsio ou saganaki (fromage grillé), que ce soit chez Elizabeth, To Steki ou à la Pergola, les restaurateurs bon enfant et l’atmosphère détendue.


Depuis notre maison de Doukadès, nous allons faire une belle balade qui nous emmène à travers les oliveraies jusqu’à la jolie chapelle d’Agios Simeon, d’où la vue sur la côte ouest de l’île est magnifique. Les bords des chemins que nous empruntons regorgent de fleurs printanières en pleine floraison, dans une symphonie de jaunes, de mauves, de bleus ou de blancs. Lorsque nous traversons les oliveraies plus sombres, les grands arbres déployant leurs branches torturées au-dessus de nos têtes, nous repérons vite les sites abandonnés, et ceux qui sont entretenus, car ces derniers sont recouverts de grandes bâches noires qui permettent de recueillir à moindre effort les olives qui tombent, ou que l’on aura aidées à choir.

Un peu plus tard dans la semaine, nous repartons vers l'ouest et les hauteurs de la baie de Paleokastritsa. A partir du joli village de Makrades, nous rejoignons à pied Angelokastro, une forteresse byzantine perchée sur un rocher et surplombant la côte qui sinue vers le sud de l'île. Après avoir rejoint un autre sentier donnant cette fois vue sur le nord de l'île, nous déjeunons dans un joli restaurant de Makrades (Tomateli), qui offre des produits frais bien cuisinés par un jeune couple visant bien entendu la clientèle étrangère, qu'il semble avoir trouvé malgré la distance d'avec le bord de mer. Nous faisons ensuite le tour de la sorte de tête qui représente le nord de Corfou, par des routes sinueuses, puis le long de la mer, à travers des installations balnéaires peu engageantes (Sidari notamment), et peu fréquentées, d'autant que la météo n'est guère favorable. Plus à l'est, le relief revient et le calme avec. Nous faisons une sortie jusqu'à un petit village de pêcheurs tranquille, Kouloura, deux restaurants, quelques bateaux, un banc et un lampadaire, pas grand chose à y faire, mais c'est reposant. Par contre, notre dernier objectif de la journée de monter jusqu'au point culminant de l'ile, Pantokrator, son monastère et ses 960 mètres, tombe à l'eau tandis qu'un rideau de pluie s'abat sur les pentes de la montagne.

Dernier jour sur l'île, nous piquons un peu plus vers le sud, pour une petite balade autour de Gianades, un autre bourg tranquille, qui nous emmène jusqu'à la côte, quoi d'autre ? Plus tard, nous poussons jusqu'à Pelekas, un autre village perché, étroit et difficile à traverser, ce que nous faisons pourtant pour trouver un nouveau point de vue au niveau de l'église posée sur une colline. Celui-ci vaut vraiment le déplacement, avec un épatant panorama à 360° sur toute l'île. A côté siège le "Trône du Kaiser", d'où dit-on l'empereur Guillaume II aimait contempler le crépuscule. Sur ce site, un artisan local (il y en a quelques-uns de sympa dans le village en contre-bas) a posé une série de maisonnettes miniatures, élancées et colorées, qui regardent le paysage.





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