Le Vercors à l'envers
Après le week-end familial en Ardèche, je m'offre mon habituel petit complément, 48 heures du côté de la Drôme du nord cette fois. Depuis Die où je me suis installé, je vais aller faire connaissance de la partie sud du Massif du Vercors. La météo annonce un grand soleil, je m'élance à l'assaut du Col du Rousset pour aller faire une petite rando là-haut, conseillée par les propriétaires de ma chambre d'hôtes. Je m'inquiète à peine des nuages qui semblent s'accrocher sur la montagne surplombant la vallée. Arrivé là-haut, on est dans les nuages, même si le soleil arrive parfois à percer au travers de la couche nuageuse. Je continue jusqu'au parking de Beure pour aller faire le tour du plateau. Après une bonne grimpette dans la forêt, on rejoint une portion vierge d'arbres qui s'avance jusqu'au Pas de l'Echelette, à 1650 m d'altitude, qui doit offrir un beau point de vue sur le Mont Aiguille encore couvert de neige. Devrait offrir plutôt, car je suis en pleine brume, au milieu des nuages. Ajoutez-y que la température est d'environ 5 degrés ce matin, qu'un vent de tous les diables sévit, et je me trouve frigorifié, marchant à grand peine contre le zef quand celui-ci vient de face. Et évidemment, circulez y a rien à voir, le panorama annoncé est noyé dans les nuages, et je marche péniblement le long de la corniche. Heureusement, comme la vallée est restée au soleil, le regard en plongeant retrouve des espaces verdoyants et le regard, empêché vers le haut, se tourne vers le bas, c'est toujours cela de gagné. Et en effet, la vue largement ouverte sur les collines du Diois et au-delà vaut malgré tout d'être monté et d'avoir marché dans la froidure durant deux heures. Je me dirai après coup que j'aurais mieux fait d'inverser l'ordre de mon programme, et de réaliser cette balade en début d'après-midi, puisque à ce moment-là, le ciel sera bien dégagé au-dessus du Vercors !
Après ce début de journée un rien réfrigérant, je continue jusqu'à Vassieux-en-Vercors, haut lieu de la Résistance lors de la dernière guerre, pour en apprendre plus sur tout ce qui s'est passé là pendant l'été 1944. Je pousse jusqu'aux pentes du Col de la Chau, où le Mémorial de la Résistance se dresse au-delà du plateau de Vassieux, offrant une magnifique vue sur cette étendue étonnamment plate, dominée par les montagnes autour. Edifié en 1994 sur les hauteurs du plateau, à 1300 mètres d'altitude, il permet de mieux connaître et comprendre la belle, puis tragique, épopée du Maquis du Vercors. Dans une mise en scène moderne, avec témoignages visuels et archives sonores, il retrace à travers ses acteurs la mise en place du Maquis lors de la contrainte au STO, via le projet Montagnards, les jours heureux quand la République Libre du Vercors fut proclamée en 1944, puis l'assaut allemand contre le maquis en juillet et la tragédie qui s'ensuivit avec les exactions contre les civils et la liquidation de la plupart des combattants. Le parcours dans la semi-obscurité est passionnant et plombant à la fois, et l'on se sent embarqué dans l'euphorie des premiers temps, puis dans l'angoisse de la fin, ressortant de là un peu sonné, mais heureux de savoir un peu plus finement ce qui se déroula ici il y a près de 80 ans.
En redescendant, on passe devant la Nécropole de la Résistance pour rejoindre Vassieux, bourg un peu endormi où une stèle devant l'église rappelle les événements de 1944, comme la carcasse d'un des planeurs qui servirent aux Allemands lors de leur offensive de juillet.
Dernière incursion, cette fois au pied du Vercors, dans le Cirque d'Archiane. Il est 6 heures du soir, les couleurs du soir embellissent les 400 mètres de parois verticales tout autour de moi. Mais j'ai encore raté mon coup, il est trop tard pour parcourir le Sentier des Vautours, en forme de cœur, près de 2 heures de marche au pied du cirque : j'aurais dû commencer par cela, et me promener dans le village voisin de Châtillon-en-Diois ensuite, décidément mauvais timing aujourd'hui. Il ne me reste qu'à admirer depuis le hameau désert d'Archiane les hautes parois calcaires qui l'enserrent, tandis que le soleil disparaît derrière elles, tout en continuant de faire rougeoyer dans des nuances changeantes celles qui lui font face. Et à guetter sans grand espoir les vautours qui habitent les lieux. Réintroduits il y a une quinzaine d'années, ils se sont bien acclimatés, et on trouve désormais ici les quatre espèces européennes de vautours : le chauve et le moine, le gypaète barbu et le percnoptère. Ce sera pour un retour dans le Vercors, puisque celui-ci me doit une revanche (ou l'inverse), et que côté historique comme côté animal, il y a encore beaucoup de choses à y découvrir.
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