Sous la douche aux Victoria Falls


Depuis l'Elephant Camp de Chobe, Franck, le patron du site, nous emmène jusqu'à l'aéroport de Kasane à une heure de route de là, par la route le long de laquelle le feu de broussailles s'est bien calmé durant la nuit. Là nous attend notre chauffeur chargé de nous emmener jusqu'à la frontière, puis à notre point de chute au Zimbabwe. Le franchissement de la frontière s'annonce pénible, avec deux cars qui déversent leurs passagers, en plus des voyageurs individuels : les guichets de la douane dans un baraquement décrépit font peine à voir, abritant des fonctionnaires revêches et tâtillons, et l'attente risque d'être longue. Notre chauffeur, un filou, nous propose de passer avant tout le monde moyennant un bakchich pour les douaniers : je m'y refuse, il m'en félicite, ... et se débrouille quand même pour nous faufiler devant la file d'attente ! Nous sommes au Zimbabwe, les abords de la route sont plus pauvres et plus sales qu'au Botswana, et nous nous rendons à Victoria Falls, la petite ville artificielle établie au bord des chutes. Un hôtel très chic, la Pioneer's Lodge, va nous changer de nos lodges de brousse : un vaste espace sur deux niveaux de terrain, chacun avec sa piscine, des chambres grandes et bien équipées, un bâtiment commun décoré sur le thème des pionniers, style colonial donc, voilà qui change des animaux. Nous y sommes bien et nous y prélasserons tranquillement le lendemain matin.

En attendant, nous empruntons un taxi commandé par l'hôtel pour rejoindre les fameuses chutes découvertes par Livingstone il y a 150 ans, et nommé d'après le nom de la reine britannique de l'époque. Les Victoria Falls sont partagées entre le Zimbabwe au sud et la Zambie au nord, et nous commençons par la rive sud, qui offre la vision la plus panoramique avec du recul sur l'enchaînement de cascades d'un bon kilomètre de large, depuis Devil's Cataract jusqu'aux Rainbow Falls. Nous accédons à une forêt qui cache d'abord la vue des chutes, dont on entend le bruit bien avant d'en apercevoir les panaches blancs. La visite consiste à longer les pentes raides et les falaises, s'arrêtant à chacun des points recommandés qui offre une ouverture sur le spectacle : c'est du son et lumière, le son fracassant de l'eau qui s'abat 100 mètres plus bas, la lumière que reflète le rideau de gouttelettes en la filtrant, générant de spectaculaires arc-en-ciel, parfois doubles. C'est la fin de la journée, avec le double avantage d'offrir une lumière plus douce, et d'éviter la foule des voyages organisés passant plus tôt dans la journée. Nous avons droit, comme nous en avions été prévenus, à de bonnes douches à certains endroits, l'eau étant pulvérisée en gouttelettes plus ou moins fines qui nous font évoluer entre un crachin pseudo-breton et une bonne averse. Pour les amateurs de sensations fortes sont proposés du saut à l'élastique depuis le pont, construit dès 1905, qui relie Zimbabwe et Zambie, ou du rappel le long de la paroi rocheuse qui surplombe les chutes.


Le soir, nous rejoignons non loin de là le simili centre ville, un assemblage hétéroclite de quelques restos, hôtels, boutiques. Frustrés par la piètre qualité des bières du Botswana, je suis ravi d'y dégotter une micro-brasserie tenue par un Anglais, la River Breewing Company, dans laquelle je peux tester une "volée" de six échantillons de la production locale, dont se dégagent une Baobab Pilsner aromatisée avec du fruit de baobab au subtil parfum, une Flying Bantu Ale ou encore une Syiabinga IPA ! Nous y dînons ensuite (bon fish and chips so british), avant de profiter des premières notes du spectacle musical que propose la brasserie ce vendredi soir, pour une clientèle bien sûr essentiellement touristique, deux grandes tablées de jeunes, sans doute sud-africains, avec une chanteuse du cru qui a cependant du mal à maîtriser le difficile et mythique Allelujah de Leonard Cohen. Puis nous retrouvons notre chauffeur Thani pour nous ramener à l'hôtel, lequel nous livre son interprétation du rôle de la femme dans la famille africaine, axé sur la gestion de la maison et des enfants, tandis que le mari ramène l'argent au foyer.

Le lendemain, encore un changement de pays, tout en restant dans la toute fin de l'alphabet, du Zimbabwe à la Zambie. Le passage de la frontière est plus simple et rapide, même si nous devons changer de véhicule au passage. Nous rejoignons notre hôtel du Ngoma Zanga Lodge, bien différent du Pioneer's de la veille. C'est un lodge de style africain, avec une large toiture de chaume, une jolie petite piscine sur laquelle donne la dizaine de chambres de l'endroit. Le terrain, bien protégé des intrusions, à un kilomètre du centre de Livingstone, est partagé avec quelques habitations, où vit la famille qui possède et gère le lodge, et sans doute du personnel qui y travaille. C'est très artisanal, bien sympa aussi comme ambiance, y compris le restaurant où nous déjeunons et dinons en petit comité.

Notre chauffeur du matin nous a proposé de nous accompagner l'après-midi jusqu'aux chutes à une dizaine de bornes. Il a troqué le minibus de sa société pour sa voiture personnelle, une petite japonaise un peu fatiguée avec laquelle il nous emmène chez Victoria, puis nous ramène le soir venu. Les Victoria Falls méritent d'être parcourues par les deux rives nord et sud, qui offrent des perspectives assez différentes. Du côté zambien, on est beaucoup plus près des chutes d'eau, et l'on prend encore mieux conscience de la violence et du fracas de l'eau qui dégringole sur plus de cent mètres. On emprunte le vertigineux Knife Edge Bridge, juste au-dessus de trombes d'eau en furie, prenant une douche encore plus radicale que la veille. Il y a plus de monde que côté zimbabwéen la veille, mais surprise, il n'y a presque pas de touristes, l'essentiel des visiteurs sont des Zambiens, jeunes et moins jeunes, souvent apprêtés, pour une sortie week-end en ce samedi après-midi, et qui s'amusent comme des fous à prendre l'eau en multipliant les selfies ! Nous finissons la visite en remontant en amont des chutes, juste avant que le Zambèze ne se précipite dans le vide. L'endroit est magnifique, surtout avec la lumière vespérale, le fleuve rebondissant entre les rochers juste avant de faire le grand saut. Nous aurons finalement préféré ce versant, pourtant bien moins côté que le versant sud.


Le lendemain matin, avant de rejoindre l'aéroport, nous faisons un tour dans Livingstone, la seule grande ville (plus de 100.000 habitants) que nous verrons durant notre voyage. Elle ressemble pourtant à une bourgade poussiéreuse et endormie ce dimanche, où les quelques rares bâtiments restants de l'époque britannique sont dégradés ou mal mis en valeur. La circulation est restreinte, on voit beaucoup d'habitants à pied, ou à vélo, et même sur une charrette tirée par des ânes. Le marché central de Dambwa est décevant, de quelconques étalages alimentaires au choix limité et une large variété d'accessoires importés de Chine. Le musée voisin est plus intéressant, bien que vieillot. Des reconstitutions de scènes de la vie zambienne, un historique de la carrière de David Livingstone, une histoire de la Zambie, nous font un peu mieux connaître ce pays en dehors des sentiers battus. Un groupe d'écoliers visite en même temps que nous, et nous achevons notre sortie par le magasin rituel de souvenirs, qui propose de beaux objets de l'artisanat local à des tarifs très abordables, et où nous faisons nos emplettes pour rapporter chez nous.


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