Le pont de la rivière Khwai
Nous arrivons depuis Maun dans un petit avion taxi, un Cessna C208, et une voiture de notre lodge vient nous récupérer à l'aérodrome de Khwai, avec d'autres clients. Enfin plutôt la piste d'atterrissage (airstrip), en stabilisé, sur laquelle des animaux sauvages viennent parfois se balader, les pilotes devant faire attention que la piste soit bien libre au moment de se poser. En guise d'infrastructures, cet aérodrome ne compte pas moins de trois accessoires, la cabane en tôle ondulée dans laquelle un chaouch surveille vaguement ce qui se passe du côté de la piste, une passerelle métallique, et une barrière sobrement estampillé "Danger". Tout est prêt avec cela pour embarquer ou débarquer.
Nous arrivons à la Khwai Guest Lodge, située non loin d'un modeste village, d'où vient une partie du personnel, isolée par des pieux en bois, plus pour protéger des éléphants que des villageois. Mais nous n'aurons guère de contact avec les autochtones hélas. On nous attribue la première hutte en entrant dans le camp, modeste, mais propre et fonctionnelle. Il y a aussi deux plus vastes espaces couverts, l'un servant de restaurant, l'autre de bar / bibliothèque. J'y trouve même le récit d'un groupe de Français qui a parcouru Namibie et Botswana durant trois semaines en camping, et a laissé son album photo à cet endroit, en français. Il y a aussi une petite piscine que je vais bien sûr m'empresser de tester. Le service est sympathique, avec toujours le même cérémonial lors des repas : le cuisinier ou la cuisinière annonce les plats qu'il/elle a concoctés, dans un anglais parfois approximatif, puis les femmes sont invitées à se servir les premières : une tradition locale ? En tout cas, cette règle est suivie dans la plupart de nos lodges.
Dès l'après-midi, nous partons pour notre première sortie - safari, et commençons par entrer dans le Parc de Moremi, en empruntant bien sûr le fameux … pont de la rivière Khwai ! Il s'agit d'un pont en bois, un peu branlant, qui fait passer au-dessus d'une rivière complètement à sec là encore, comme à Boteti. Nous traversons précautionneusement, non sans avoir admiré au passage un martin-pêcheur noir et blanc, perché sur un des poteaux en bois.
Nous sommes cette fois un peu entassés à huit dans notre Toyota, mais on fait avec. J'aurai la chance que la plupart des "événements" se déroulent de mon côté. Et nous verrons du bestiau dès ce premier jour : ça y est, les fauves s'invitent aux festivités. Juste après être partis, c'est moi qui signale deux lycaons : ces chiens sauvages sont rares, en voie de disparition, de grands chasseurs qui courent vite et disparaissent aussitôt sans que j'aie le temps de sortir mon appareil photo. Nous trouvons ensuite un couple de lions mâles, deux frères âgés d'environ 5 ans, qui paressent dans l'herbe, sans s'occuper des voitures qui s'approchent d'eux. C'est tout juste si l'un d'eux daigne lever la tête en bâillant à s'en décrocher la mandibule, ce qui me vaut de réussir une photo spectaculaire au passage. Mais ils n'iront pas plus loin dans la dépense physique. Comme toujours, nous avons notre comptant d'éléphants, accompagnés de plusieurs jeunes éléphanteaux, d'impalas bondissants, l'air de sauter au ralenti en restant suspendu dans l'atmosphère, de gnous vilains, mais attachants, de zèbres à la sobre robe noire et blanche rehaussée par les couleurs du soleil couchant, dont une mère allaitant un jeune.
Le lendemain matin, rebelote aux aurores. Nous commençons tout de suite par un groupe de quatre hyènes tachetées, deux femelles accompagnées de deux jeunes, qui dégustent un cuisseau d'antilope sans doute dégoté durant la nuit. Nous suivons leur comportement durant quelque temps, elles nous regardent parfois avec un semblant d'intérêt, mais sans inquiétude. Nous sommes impressionnés par la taille de leurs puissantes mâchoires, réputées capables de broyer n'importe quel os en un tournemain, et par l'épaisseur de leurs cous. Nous avons aussi droit à notre ration habituelle d'herbivores, koudous et impalas, girafes et bien entendu éléphants.
Et puis notre premier léopard en fin de matinée : celui-ci se prélasse à l'ombre, puis sans doute gêné par l'agitation autour de lui, finit par se lever pour regagner tranquillement des fourrés plus protecteurs. Il passe ainsi de l'ombre à la lumière, faisant ressortir la splendeur de sa robe tachetée.
L'après-midi, nous repartons sur cette partie de l'Okavango pour une nouvelle sortie en mokoro : cette fois-ci, nous sommes plusieurs barques à sillonner le delta, et l'impression d'isolement n'est plus la même. Notre guide Vincent discute avec nous, et nous rapproche de plusieurs hippos dans une partie plus profonde. J'ai la chance que l'un d'eux sorte sa tête au bon moment, pour un voluptueux bâillement, laissant voir des dents impressionnantes, surtout pour un herbivore, faisant écho à celles de son compère lion de la veille.
Nous avons aussi droit à notre quota d'oiseaux aquatiques, de toutes couleurs, formes et formats. La végétation nous offre de magnifiques jeux de réflexions vertes sur l'eau dormante, à tel point que l'on a parfois du mal à différencier herbes ou arbres, de leurs reflets dans l'eau.
Le soir, après dîner, nous sommes conviés à un "night drive". L'impression est complètement différente : sortis des abords du village, il fait nuit noire (la lune est invisible), nous ne voyons qu'à travers les phares de notre véhicule, et une puissante torche rouge que le guide oriente vers les côtés pour repérer un animal, souvent via ses yeux qui apparaissent rougeoyants. Nous ne voyons d'abord pas grand-chose, d'autant que je suis incapable d'apercevoir ce qui nous est indiqué : des galagos (bushbaby), sorte de tout petit singe, ou des chouettes. Je ne repère que deux chats sauvages qui ressemblent beaucoup à leurs cousins domestiques. Plus loin, près de la rivière, surgit un hippopotame qui traverse la piste devant nous, le seul que je verrai en dehors de son milieu aquatique habituel. Puis un troupeau d'éléphants apparaît dans nos phares, faisant bloc autour de ses petits au centre du groupe : le guide nous explique qu'ils protègent ainsi leur progéniture des hyènes qui rôdent, et en effet nous repérons deux hyènes juste à côté, guettant une hypothétique ouverture. C'est en tout cas une expérience intéressante, même si la virée est moins spectaculaire qu'attendu.
Nous faisons ces sorties en compagnie de deux couples qui débarquaient du même avion que nous, l'un de Britanniques, l'autre d'Américains, voyageant ensemble. Leur trajectoire s'avère peu banale lorsque je discute un peu avec eux : trois d'entre eux sont en fait nés et ont vécu au Zimbabwe voisin, alors la Rhodésie du Sud (colonie britannique), où ils ont commencé leurs études de médecine, ensuite achevées en Angleterre. Maintenant retraités, ils reviennent sur leurs terres d'antan, pour quelques jours de safari donc au Botswana, avant d'aller participer à une fête d'anciens élèves au Cap, puis de rendre visite à de la famille, qui à sa mère au Zimbabwe, ou à sa sœur en Afrique du Sud. Voilà qui montre les liens qui existent encore aujourd'hui entre ces pays aujourd'hui émancipés, et leurs anciens colonisateurs.
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