Le long de la Boteti

Nous quittons l'agglomération de Maun, plus active en ce mardi matin qu'à notre arrivée dimanche, direction est, sur une route goudronnée compatible avec notre Polo, et bien calme côté trafic. Je rate l'embranchement qui doit nous emmener vers notre point de chute du jour, et nous parcourons une cinquantaine de kilomètres de rab sur la route principale A3. Cela va nous offrir un spectacle qui valait bien ce détour : au bord de la route, nous voyons d'abord une paire d'éléphants, puis un peu plus loin un troupeau d'une quinzaine d'individus, puis un autre, mâles, femelles, éléphanteaux. Nous comprenons vite la raison de ces attroupements incongrus le long de l'une des principales routes du pays : ces éléphants ont senti la présence de canalisations d'eau longeant la route, repéré des regards et cassé les plaques de béton qui les protégeaient, créant ainsi de grandes mares artificielles dans lesquelles boire et s'asperger. Comme quoi une présence humaine n'a pas que des inconvénients pour certains animaux ! C'est aussi un des exemples des dégâts que les éléphants peuvent provoquer au Botswana, mais j'y reviendrai. Nous nous arrêtons bien sûr au bord de la route pour profiter du spectacle, nous ne sommes d'ailleurs pas seuls, avec aussi une voiture de rangers, sans doute plus là pour surveiller le comportement des touristes (ne pas sortir de sa voiture !) que celui des éléphants. Nous repasserons encore trois fois à cet endroit, des jours différents à des horaires différents, et il y a aura toujours ces troupeaux d'éléphants installés dans leurs mares, sans doute trente ou quarante au total.

Avec ce détour, nous arrivons plus tard que prévu à notre destination de Xhumaga, le long de la rivière, au Boteti River Camp. Ce sera sans doute le seul hébergement un peu décevant de notre séjour : si le bungalow n'est pas très beau, il est confortable, avec son habituelle moustiquaire au-dessus du grand lit, et l'incontournable douche extérieure. Le bâtiment central est assez disgracieux, là où nous mangerons, assez médiocrement d'ailleurs, et le personnel plutôt distant, moins agréable que partout ailleurs au Botswana. Rien de bien gênant cependant, et nous ne restons qu'une nuit de plus.

Dès l'après-midi, nous avons notre premier "game drive" du séjour, pour lequel nous ne sommes que deux dans le gros 4x4 à 9 places, piloté par Aron notre guide de la soirée, et du lendemain matin. Celui-ci parle anglais avec un accent à couper au couteau, je dois lui faire répéter plusieurs fois ses phrases, comme pour ces "birds" que j'entends comme des "bats" (chauves-souris). Mais sinon, il est agréable et a de l'humour, comme pour se moquer gentiment de mon épouse qui exprime ses craintes au sujet des éléphants que nous croisons. Nous passons la rivière Boteti, complètement à sec depuis plusieurs années - de la végétation a poussé dans son lit - pour gagner l'autre rive et entrer dans le parc national des Makgadikgadi Pans

Dès notre entrée dans le parc, nous tombons sur une girafe guère farouche, qui déguste ses feuilles d'acacia à quelques mètres de nous : nous sommes comme par le passé fascinés par l'élégance de cet animal, et aussi par l'incongruité de sa morphologie, ces pattes frêles et ce cou à rallonge, si différent de ses congénères herbivores.

Notre guide nous emmène d'abord à l'écart de la rivière, ou de son lit, à la recherche de lions que nous ne trouverons pas, puis nous ramène le long de la Boteti. Plus au nord subsistent quelques points d'eau, qui attirent tous les animaux des environs. Depuis le bord, un peu surélevés, nous jouissons d'une splendide vue panoramique sur un méandre le long duquel sont réunis éléphants et zèbres, entre autres. Nous poussons encore une vingtaine de kilomètres vers le nord, jusque Kwaraga où la Boteti s'oriente vers l'ouest. Le soleil entame sa rapide descente vers l'horizon, pour un coucher de soleil magnifié par les nuages nombreux ce soir-là. Zèbres, gnous, impalas, se désaltèrent dans les mares, offrant un magnifique spectacle avec leurs élégantes (ou pas) silhouettes se reflétant dans l'eau. Les zèbres sont toujours les plus craintifs, attentifs au moindre mouvement autour d'eux (il doit donc bien y avoir des prédateurs dans les environs), laissant souvent un de leurs congénères aux aguets pour donner l'alerte en cas de besoin.

Le lendemain matin, lever précoce aux alentours de 6 heures du matin, ce qui sera notre routine durant cette dizaine de jours à venir, pour surprendre les animaux avant qu'ils ne passent en mode dégradé pour le restant de la journée. Nous assistons à notre premier lever de soleil du séjour, et listons les bêtes que nous croisons de bon matin : un couple de vautours dans leur nid, une outarde, de larges assemblées de zèbres et d'impalas, comme à l'accoutumée, un crocodile blanc car couvert de boue, des hippopotames affleurants, une famille de vervets, petits singes plus sympathiques que les babouins.






Puis nous quittons la Boteti pour continuer vers l'est, direction d'autres "pans" : ces pans sont des cuvettes salées, remplies d'eau salée donc en période humide, et recouverts d'une croûte épaisse de sel en période sèche comme en ce moment en mai. Une parenthèse météo pour illustrer : la période des pluies court d'octobre à avril, correspondant à l'été avec des températures élevées, la période sèche, l'hiver donc, à compter de mai, avec un thermomètre autour de 30°C, idéal, sans aucune goutte de pluie durant notre quinzaine. Mais pour les habitants (et les animaux), la sécheresse qui sévit depuis plusieurs années devient catastrophique, une nouvelle illustration du changement climatique qui semble malheureusement ne guère inquiéter nos gouvernants autrement qu'en surface.

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