Sassari et la presqu'île de Stintino
Depuis Bosa, la longue et belle route serpentant le long de la Méditerranée nous emmène vers le nord-ouest de l'île. La première étape est prévue au port d'Alghero, la ville la plus catalane de Sardaigne, pour y déjeuner et visiter. C'est une grande ville au bord de la mer, ce qui explique sans doute qu'elle soit si fréquentée : nous sillonnons ses rues en long et en large à la recherche d'une place de stationnement. Rien à faire, pas l'ombre d'un espace sur le bitume, même le grand parking payant près du port est blindé, avec une cohorte d'autos qui comme nous cherchent désespérément une place. Tant pis, nous continuons la route jusqu'à notre point d'arrivée, la ferme de Campu Calvaggiu, qui fait aussi "Agriturismo", dans cette région de la Nurra. Elle est spécialisée dans la viande de bœuf, mais possède également des serres et des cultures. A notre arrivée, le patron Giuseppe nous accueille avec tomates et figues fraîches de sa propriété, un délice. Nous logeons dans un grosse maison cubique à l'entrée du domaine, où nous occupons le premier étage. Avec une grande pièce de vie meublée à l'ancienne, bien équipée, où nous prendrons nos repas puisque l'espace dans le jardin aménagé pour y prendre l'air s'avère infesté de guêpes, nous obligeant à nous replier fissa à l'intérieur. La raison en est sans doute le figuier voisin qui regorge de délicieux fruits goûteux et sucrés à souhait. Une modeste petite balade d'une heure est proposée pour gravir la colline en traversant la ferme et ses champs, pour nous permettre depuis là-haut d'embrasser le paysage jusqu'à la mer, la pointe et l'île d'Asinara au nord, ainsi que les installations portuaires de Porto Torres.
Notre première excursion nous emmène à Argentieri, en bord de mer. C'est une région métallifère, exploitée depuis les Romains, et qui où l'on n'a que récemment (1963) arrêté l'exploitation du plomb et de l'argent. De cette époque subsistent quelques bâtiments, comme le puits et les ateliers qui le jouxtent, les maisons des ouvriers, l’église ou l'auberge. Certains sont en restauration, mais le tout a l'air bien décati, et le projet de tourisme industriel qui était envisagé semble à l'arrêt. Dommage, il y a du potentiel comme on dit. Nous gravissons les hauteurs pour une balade de deux heures dans la garrigue, histoire d'admirer le golfe de San Nicola et ses eaux bleutées depuis là-haut. Au retour, histoire de me rafraîchir - il fait comme durant tout notre séjour une trentaine de degrés - je m'octroie ma première baignade à la plage voisine de Porto Palmas.
Le lendemain, nous poussons jusqu'à la péninsule de Stintino, un des hauts lieux du tourisme sarde. Il y a comme attendu foule le long des plages qui ponctuent la pointe qui remonte plein nord jusqu'à la Pelosa. Nous bifurquons vers l'intérieur, fuyant les plagistes, pour une petite rando sur le relief qui coiffe la péninsule. Le sentier monte d'abord raide jusqu' à la tour de Capo Falcone, avec de hautes "marches" qui demande l'aide des mains pour être gravies, et nous arrivons tout dégoulinants de sueur. Mais le panorama qui s'offre à nous là-haut vaut l'effort demandé, d'autant que nous sommes absolument seuls, tout le monde est resté au bord de l'eau, même si le cairn de plus de deux mètres à côté de la tour prouve que des humains sont déjà montés jusque là. La vue couvre la pointe de Stintino entourée d'eaux turquoise, plus loin l'île d'Asinara, parc naturel vierge de toute installation humaine, et de l'autre côté la sauvage côte de la Nurra. La descente par l'arête du coteau est bien plus douce, mais pas plus fréquentée. Au retour, nouvelle trempette post-effort sur la belle plage de Saline, originale avec d'anciens marais salants qu'il faut traverser pour la rejoindre, et son sable cristallin aux gros grains multicolores faisant penser à de micro-bijoux.
Repartant pour la côte est de la Sardaigne, nous nous arrêtons en route à Sassari, la seconde ville de l'île. Contrairement aux villes en bord de mer, comme Cagliari ou Alghero, Sassari, en pleine terre, est bien assoupie en ce mois d'août. Ce qui ne nous empêche pas d'apprécier les tours et détours du cœur médiéval, la cathédrale San Nicola, baroque resplendissante toute de blanc vêtue, la mairie qui affiche crânement son soutien à la Palestine sur son fronton. A ce propos, la Sardaigne paraît mobilisée contre les massacres de Gaza, comme en témoignent les drapeaux palestiniens que l'on voit partout sur les habitations et certains édifices publics. La ville moderne (19ème siècle) tourne autour d'une place un peu minérale, celle d'Italie flanquée de deux "palazzi", d'autant qu'elle est bien déserte en ce chaud midi. Non loin de là, la rue Caprera est la petite artère de la bourgeoisie et des prof. lib. de Sassari, bordée de belles maisons dans un style art déco, baignant dans la verdure et rehaussées de décors et mosaïques.
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