Nuraghi sous la pluie

Notre première étape sarde nous amène un peu au-dessus de Cagliari, dans la grande plaine agricole de Campidano, qui forme une bande verte dans le sud-ouest de l'île. Nous logeons à Masullas, petite ville au pied du Monte Arci, dans une petite maison accolée à celle des proprios, donnant sur une cour partagée avec d'autres locataires. C'est un peu étroit, mais nous pouvons déjeuner dehors devant la maison et il fait beau. Nous y sommes le 15 août, le sacro-saint Ferragosto des Italiens, et la ville est morte ce jour-là tandis que nous y faisons un tour. Enfin pas tout à fait, il y a quand même trois cafés ouverts ce matin, avec une petite clientèle très méditerranéenne, des hommes âgés qui devisent tranquillement en jetant un œil aux rares passants. Et puis un des deux musées de la ville est aussi ouvert, le Géo-Musée de Monte Arci. C'est un bel endroit, un ancien couvent de Capucins du 17ème siècle, avec murs d'époque et une cour intérieure. L'accueil est chaleureux, la responsable visiblement ravie d'avoir des visiteurs, français de surcroît, nous fait l'honneur d'une visite guidée d'une bonne heure. Visite en italien, mais avec le traducteur automatique de son téléphone, toutes ses paroles sont directement traduites, plutôt efficacement, dans notre langue. Nous apprenons une foule de chose sur la géologie de la Sardaigne, son émergence, sa période volcanique, avec moult minéraux et fossiles, le clou du spectacle étant la vitrine des pierres , qui sous une lumière fluorescente dévoilent leurs émissions colorées, roses, orangées, bleutées.


Nous avons souscrit à un pack touristique qui nous permet aussi de visiter la Maison du Pain dans la ville voisine de Pompu. Le lieu est plus modeste, le parcours assez technique, mais toujours en visite guidée avec téléphone de traduction, et nous révisons la manière de préparer la farine et le pain en Sardaigne jusqu'à nos jours.

Dernier volet de notre pack, l'accès à la Foire d'Artisanat Artistique de Mogoro, la plus ancienne foire de ce type de Sardaigne paraît-il, qui se tient au Centre de la Tapisserie. L'artisanat sarde est de belle qualité, nous admirons tapis et céramiques, bijoux, poteries, vanneries, sans oublier des produits locaux : j'y achète quelques bières de la réputée brasserie locale BAM, fort réussies. Nous revenons aussi avec un trio de poissons en céramique bleue qui viendra compléter notre collection ichtyologique.

Mais notre court séjour dans cette région est d'abord motivé par les nuraghes qui y prolifèrent. Ces nuraghes sont des tours tronconiques de gros blocs de pierre équarris, au rôle mal défini, et datant de la période pré-romaine, autour de mille ans avant notre ère. L'une des installations les plus réputées est celle de Su Nuraxi, non loin de la ville de Barumini, une grosse tour centrale de trois étages faite de basalte, avec à ses pieds un village nuragique dont il reste quelques murs. Le tout est posé sur une colline qui domine la plaine agricole, où l'on voit ça et là pointer quelques autres éminences formant un paysage assez particulier. Nous y parvenons en fin d'après-midi après notre journée muséale, tandis qu'un gros orage (ce sera le seul de notre séjour sarde de dix jours) nous tombe dessus. Nous attendons sagement qu'il cesse, ce qu'il fait au bout d'un bon quart d'heure, et je me rends alors à l'entrée du site. D'autres visiteurs y attendent la réouverture du site, car nous dit-on la pierre a été rendue glissante et la visite serait dangereuse. En attendant, je me rapproche de la grille qui protège le site pour voir - de loin - la fameuse tour. A distance, ce n'est pas très parlant, mais je ne doute point que la visite guidée, intérieur et extérieurs, doit la rendre bien plus intéressante. Mais rien ne bouge et après avoir attendu quelque temps, je me résigne à repartir. Chou blanc sur les nuraghes, qui garderont pour nous tous leurs mystères.


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