Au Bout du Parc de Versailles

Une petite virée vers l'ouest en ce début août, pour profiter d'une circulation automobile moins dense qu'à l'accoutumée. C'est le Château de Versailles qui est notre objectif, mais abordé par le côté occidental, de loin le moins fréquenté, à l'opposé de l'entrée du château et de la ville de Versailles. J'ai déniché un hôtel récent sur la commune de Saint-Cyr-l’École, en lisière du parc. Un bâtiment principal tout en bois, avec une flopée de bungalows aussi en bois autour, vue sur les arbres du parc. Il est essentiellement fréquenté par des étrangers, comme d'ailleurs tout le parc, une véritable tour de Babel. Nous sommes quand même à une bonne heure du château lui-même, mais ce n'est pas notre objectif, trop couru en août !


Le premier après-midi, nous nous rendons aux Trianon, le petit et le grand, et de leurs jardins. Le Grand Trianon, en marbre rose, fut le premier construit, par Louis XIV. Détrôné par son petit frère, il attendit Napoléon Ier pour connaître une résurrection, jusqu'à la fin du 20ème siècle où il devint le demeure des hôtes de marque de la République. L'intérieur est marqué par l'influence de l'Empire, avec notamment les appartements de l'Empereur. Et une succession de salons, le plus coloré étant celui des malachites verts, le plus long la galerie des Cotelles. On peut ne pas aimer le style, mais il faut avouer que cela a de la gueule, et en jetait sûrement plein les yeux aux hôtes de passage.

Depuis le péristyle, la galerie à colonnades qui relie les deux ailes, s'étalent les jardins, encore superbement fleuris, dans des tons de fleurs mauves et blanches tranchant sur la verdure et le rose du Trianon en fond de toile. Une armada de jardiniers s'active pour notamment désherber les massifs, permettant d'imaginer le nombre de personnes que Versailles doit employer pour s'occuper des jardins et au-delà du parc. La perspective derrière le Grand Trianon va jusqu'au grand bassin du Plat Fond, mais les jardins s'étendent bien au-delà, traversés d'allées et piquetés de "folies", ici un amphithéâtre, là une fontaine ou un kiosque. C'est bien plus grand qu'on ne l'imagine, et on peut passer la journée entière à parcourir ces vastes jardins.

Un passage permet de rejoindre le Petit Trianon. Celui-ci, plus petit comme son nom l’indique, fut construit par Louis XV pour Madame de Pompadour, mais c'est surtout la Reine Marie-Antoinette qui ensuite l'occupa et y aménagea de nouveaux jardins. Et notamment ses jardins à l'anglaise, tout en courbe, qui contrastent avec le classicisme de ceux du Grand Trianon. Si les rochers, grottes, belvédère, temple, qu'elle fit ériger, font un peu trop kitsch, les allées du jardin permettent d'admirer les arbres centenaires qui y furent plantés il y a plus de deux cents ans, séquoias et tulipiers, chênes ou sophoras, un feu d'artifice d'arbres vénérables et magnifiques.

La visite s'achève au Hameau de la Reine, hameau bucolique conçu aussi par Marie-Antoinette, comme une annexe du Petit Trianon, où elle aimait échapper aux fastes de la vie de château, mais dont elle ne profita guère que quelques années avant que la Révolution n'emporte tout ... Bon, c'est un peu artificiel, surtout que le hameau vient d'être rénové, et fait trop neuf (les mauvaises langues diraient que cela fait Disney). Mais cela a du charme et change agréablement de la géométrie implacable des demeures voisines. La ferme aux animaux, les maisons à toit de chaume, les jardins potagers, le moulins et les puits, composent une campagne fantasmée et idéalisée, à des années-lumières de ce que devait être à cette époque le cadre de vie des paysans du royaume.

La boucle que nous avons réalisée pour cette visite du Domaine du Trianon nous a fait faire le tour du Grand Canal, depuis la Grille de l’Étoile Royale, pour un parcours de 13 kilomètres. Nous récidivons le lendemain, pour une autre boucle plus large aux bornes du Parc. A l'entrée, toujours au niveau de l’Étoile Royale, la longue ligne droite de l'Allée de la Ceinture, bordée de tilleuls et chênes, nous amène à la limite de l'Arboretum de Chèvreloup. Pas d'entrée de ce côté-ci, mais nous pouvons de l'autre côté de la grille admirer les splendides arbres qui y prennent leurs aises. La partie que nous longeons est la zone américaine, avec cèdres, araucarias, conifères divers, érables. Il faudra vraiment que nous y fassions une visite à l'occasion d'un nouveau séjour versaillais.

L'Allée des Rendez-Vous nous fait ensuite longer depuis l'extérieur le Hameau, puis le Petit Trianon, visités la veille, avant que nous ne repiquions vers le sud pour rejoindre la Grille de la Reine en contournant les jardins à l'entrée contrôlée. Nous nous retrouvons dans le Versailles chic, passant devant le luxueux Waldorf Astoria, juste à la limite du parc. De là, par le Boulevard de la Reine, nous gagnons la place du Marché Notre-Dame, avec au centre ses quatre vastes halles, et tout autour des restaurants proposant d'agréables terrasses. C'est là que nous déjeunons fort bien à la Brasserie 1930.

Nous poursuivons notre balade dans la ville de Versailles, traversant l'agréable Place Hoche, puis la place d'Armes en face du château, où une armada de cars de tourisme déversent leurs cargaisons de visiteurs, jusqu'au Quartier Saint-Louis. Quartier particulier, ancienne réserve de chasse de Louis XIII, dont les carrés Saint-Louis consistent en un ensemble de maisonnettes construites sous Louis XV pour abriter un nouveau marché. Ces petites maisons sur trois niveaux, en partie ardoisées, ouvrant sur des chemins pavés et des places carrées, ont un charme fou, mais doivent être un peu malaisées à habiter vu leur taille. Juste à côté, la spectaculaire cathédrale baroque Saint-Louis, ouvre sur un large espace bien dégagé a de petits airs italiens.


Nous achevons notre tour de Versailles, une quinzaine de kilomètres au total, en longeant la parc par son autre versant, au sud. Nous passons ainsi devant l’École d'Horticulture, puis la Pièce d'Eau des Suisses (creusée par des gardes ... suisses), avec en face la grille dorée qui donne sur l'Orangerie et le Château. Plus loin, la Résidence de la Lanterne, destinée au PR comme on dit, est bien cachée dans le verdure, bien gardée aussi, caméras incluses, et l'on peut à peine deviner une façade au bout de l'allée. Nous finissons notre tour par le nouveau quartier de Gally, en pleine construction, dans lequel se trouve notre hôtel.

Le soir, nous allons dîner dans la ville voisine de Saint-Cyr-l'Ecole, qui s'avère assez étonnante. Elle abrite un lycée militaire réputé, mais la "véritable" école de Saint-Cyr est désormais sise à Coëtquidan, dans le Morbihan. Elle présente aussi la particularité, rare dans les environs, d'avoir été une municipalité communiste durant plus de 40 années. Le centre de la ville est déroutant, et notre restaurant est coincé entre un kebab et un barbier, dans un environnement multicolore plutôt déshérité. Et pourtant "La Terrasse" s'avère une bonne adresse : nous sommes les deux seuls clients, et le patron-cuisinier se met en quatre pour nous satisfaire. Une très courte carte pour du pur fait maison, de bons produits très bien préparés, de généreuses portions, et nous nous régalons de tartare d'avocat, magret de canard, brioche perdue.

En repartant, nous faisons encore un stop à la Cueillette de Gally. Il ne s'agit pas de la Ferme de Gally voisine , désormais à visée essentiellement touristique, mais de champs de fruits et légumes où comme le veut la règle, les acheteurs cueillent eux-mêmes leurs produits. Si les prunes ne sont pas mûres, ou ont déjà été cueillies, nous faisons ample moisson de rhubarbe et de fraises. Les presque quatre kilos de rhubarbe rose seront transformés en compotes et confitures, tandis que les petites fraises, espèce inconnue de nous, s'avèreront à la dégustation incroyablement et délicatement parfumées.


 

 

 

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