Les couleurs de Bosa
Nous quittons Masullas pour rejoindre Bosa plus au nord, longeant la côte et la presqu'île du Sinis. Nous pensons nous y arrêter ici et là car elle est décrite comme intéressante, mais c'est le samedi du grand week-end de Ferragosto (15 août) et tous les habitants du coin ont fui les villes pour envahir les plages de la région : résultat, impossible de s'arrêter non loin de la mer tellement il y a de monde. Nous continuons donc notre chemin plus vite que prévu, réussissant malgré tout à nous poser à Pittinuri pour y déjeuner sur le pouce. L'approche de Bosa à partir de Tresnuraghes est saisissante : au détour d'un virage, nous découvrons la ville nichée au bord du fleuve, une congrégation de petites maisons colorées qui s'étalent sur les flancs de la colline au sommet de laquelle le château veille sur elles. L'accès à la vieille ville où nous logeons n'est pas facile, d'autant qu'il y a foule, l'endroit est très touristique, et le mérite. Nous faisons une balade vespérale dans les ruelles animées et le long du fleuve.
Nous disposons d'une journée complète, abandonnant notre véhicule inutile ici sur un parking en périphérie. Nous commençons par le château Serravalle construit par les Malespinas il y a huit cents ans. Surplombant la vallée, c'est un vaste espace planté d'oliviers, avec une petite chapelle ornée de superbes fresques en son milieu, et une vue magnifique sur toute la région. Vers l'ouest la mer et Bosa Marina, partie balnéaire de la ville, d'où serpente le fleuve Temo qui s'enfonce à l'intérieur des terres verdoyantes. En scrutant les quartiers de la ville, mon regard est attiré par le vaste cimetière à la mode italienne, avec, non pas des pierres tombales à notre façon posées à terre, mais un empilement de boîtes en marbre de différentes couleurs, à côté de cahutes en brique rouge qui ont des airs de hangar. Le tout fait penser à des containers entreposés dans un port avant d'être embarqués, étonnant !
Redescendant du château, nous parcourons le quartier de Sa Costa, le plus attrayant de Bosa. C'est un enchantement de ruelles au calme, loin de l’effervescence de la ville basse, aux maisons joliment arrangées, aux abords fleuris, aux couleurs pastel, aux portes en bois et aux encadrements de pierre, sans oublier la vue qu'ont les habitants sur mer et montagne. Vraiment un lieu magique.
Nous continuons notre circuit par deux musées de Bosa. Le Musée Casa Deriu est consacré au patrimoine de la ville et sis dans une maison de ville sur trois niveaux. On peut y découvrir l'aménagement d'une maison bourgeoise d'il y a 150 ans dans l'étage du "piano mobile", et les œuvres de l'artiste bosano Melkiorre Melis, influencé par la Libye ancienne colonie italienne. De l'autre côté du fleuve se trouve le Museo del Conce présentant l'histoire des tanneries, activité historique de la ville. Les anciennes maisons des tanneurs s'alignent encore le long du Temo, certaines restaurées et transformées en habitations ou en bars, d'autres encore en attente de jours meilleurs. L'une d'elles a été transformée en musée, ce qui permet d'en découvrir l'intérieur, aménagé sur deux niveaux, le premier pour préparer les peaux, le second pour les finir et les sécher. Pas beaucoup d'explications cependant sur ces étapes, et sur les outils exposés, mais on peut quand même imaginer le travail pénible de tanneur à cette époque pas si lointaine.
Le soir venu, nous montons sur un bateau qui propose une croisière sur le fleuve Temo. Un tour vers la mer et Bosa Marina, un autre vers l'amont et sa végétation luxuriante. Pas de quoi s'extasier cependant, mais la lumière est belle, notamment quand elle fait resplendir le vieux pont de pierre de couleurs rougeoyantes, et la sensation de filer sans bruit (moteur électrique !) sur l'eau est toujours agréable.
Nous testons aussi les deux soirs des restaurants de Bosa. Un coup de cœur pour la trattoria tellement typique de Alduccio a Panificio (succulents carpaccio d'espadon, salade de figues et jambon cru, tiramisu), sur une petite place où les habitants vivent leur vie à côté des clients comme nous, bien installés sur une large terrasse. Le restaurant River est fort bien situé sur le bord du Temo, mais la cuisine y est un peu moins attirante, et l'ambiance plus feutrée. En rentrant dans notre appartement, les ruelles vibrent de tous leurs pavés, c'est le soir d'un festival de petite restauration de rue, les étals proposent partout des petits plats locaux, bien arrosés, et les Italiens, locaux et de passage, s'y pressent, parlant et se hélant avec véhémence, selon la tradition bien établie du Transalpin fort en gueule.
Enfin, nous logeons dans un appartement sur deux niveaux, tout en haut d'une maison du Bosa historique à laquelle on accède par une étroite ruelle. Si y monter toutes nos affaires est un calvaire, nous bénéficions là-haut d'une belle et vaste terrasse dominant la ville, dont nous profitons tout notre saoul. Tout en bas, dans l'entrée à moitié enterrée, les travaux ont exhumé une fontaine de l'époque romaine, creusée dans la pierre sur laquelle est bâtie la maison.
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