Montagnes sardes
Après une semaine passée à parcourir le flanc occidental de la Sardaigne, proposant collines et modestes montagnes courant vers la mer, nous passons à l'Est vers la partie la plus haute de l'île, qui culmine là à 1830 mètres dans le parc de Gennargentu. Notre camp de base est situé à Dorgali, grosse bourgade adossée au Monte Bardia, non loin de la mer. La ville est attachante, avec comme souvent un centre vivant, autour de placettes, ruelles, petites maisons de ville. Une caractéristique y est la présence de maisons anciennes construites en pierre volcanique dans la via Galilei. Certaines sont bien retapées, mais la plupart sont abandonnées, la végétation qui les envahit apportant une touche romantique à ces blocs minéraux. On trouve aussi plusieurs fresques murales, comme dans d'autres villes sardes, ici des sujets historiques en noir et blanc, parfois inspirés de photos, sur des murs jaunes pour le contraste, qui égaient les façades de la ville. Enfin Dorgali est aussi réputée pour son artisanat. Les petites échoppes se succèdent le long de la rue principale, proposant couteaux aux manches travaillés, bijoux en argent, céramiques et poteries, et nous nous laissons séduire par quelques objets de belle qualité.
Nous poussons jusqu'à la côte voisine, vers Cala Gonone le long du golfe d'Orosei. C'est comme toujours très fréquenté avec ses plages, et ici en prime les grottes marines qui ponctuent la côte, dont celle très réputée de Bue Marino. J'avais l'intention d'y faire un tour (en bateau, seul moyen), mais le manque de temps, et un peu de dépit à la vue du trafic incessant de bateaux le long de la côte pour se rendre vers les grottes, viennent à bout de mon envie. A la place, nous partons pour une balade de deux heures sur un chemin en surplomb de la mer. Le chemin est facile et quasi-plat, la vue sur la mer un peu répétitive, mais égayée par de nombreuses chèvres qui broutent aux alentours. Au bout du chemin, une belle échappée s'ouvre vers la côte au nord, plus basse, tandis que deux sentiers, escarpés cette fois, proposent de grimper sur les hauteurs ou de descendre jusqu'à une crique, mais nous déclinons, aux deux sens du terme.
Le lendemain, nous filons vers le Supramonte, le massif montagneux voisin, pour un changement de décor, la mer n'étant plus visible même si elle reste proche. Un parc a été installé dans la région, avec une grosse maison forestière à son pied, où nous nous garons, parmi de nombreux gardes forestiers et leurs engins. Nous empruntons une large piste vers le Monte San Giovanni, pour une belle balade parmi les pins odorants, puis un sentier plus escarpé vers le sommet de Santu Juvanne à 1300 mètres d'altitude, un piton rocheux qui surplombe la région. De là-haut, le panorama à 360°C est tout bonnement magnifique malgré le temps incertain. Des forêts omniprésentes, des formations rocheuses qui se dressent ici et là, le regard qui peut porter très loin dans un environnement quasi-vierge, avec une présence humaine très discrète. Le sommet du mont est une sorte de plateau, bien aménagé avec marches et rambardes en bois (l’à-pic est impressionnant), et en haut duquel trône une cabane en bois. Nous sommes seuls, croyons-nous, mais non, une silhouette sort de la cabane, c'est Emiliano qui nous hèle et nous invite à venir le rejoindre, et à partager un café, préparé comme il se doit avec la rituelle Bialetti. Ce monsieur d'un certain âge nous explique, en italien, qu'il est forestier, employé du parc, qu'il est perché là-haut pour surveiller la région et détecter les départs d'incendies, fréquents dans cette partie de l'île, jumelles autour du cou à l'appui de ses dires. Il reste là du matin au soir, avant de retourner à son village plus bas dans la vallée. Un superbe endroit et une belle rencontre.
Nous nous arrêtons sur le chemin du retour à Orgosolo. Ce village a comme d'autres ses fresques murales, mais celles-ci sont anciennes et ont toute une histoire. Berceau naguère du banditisme sarde, héritier d'une tradition libertaire et frondeuse, il a commencé à utiliser ses murs gris en 1970 pour afficher son esprit contestataire et défier le pouvoir en place. Aujourd'hui encore, des dizaines de dessins, des affiches, ornent le village et attirent beaucoup de monde désormais, venus apprécier l'ambiance, détournant un peu au passage l'idéal des origines vers un mode plus consumériste.
Pour finir le classique volet terre à terre sur notre environnement à Dorgali. Un hébergement situé dans une maison de la ville, via Galilei. Nous sommes installés au deuxième étage, dans un logement très traditionnel, ouvrant sur une belle terrasse et une autre plus vaste couverte de plantes un peu plus bas, tandis que la propriétaire, dame âgée qui nous accueille, en italien bien sûr, habite l'étage au-dessus. Non loin de là, nous dénichons une succulente pâtisserie (Mulas), où nous faisons ample moisson de gâteaux, meringues fondantes, macarons subtils, sablés croquants, et j'en oublie, un délice. Le soir venu, le restaurant Temari dans le vieux village propose un mix de classicisme et de modernité, dans son ambiance comme dans ses plats. Ceux-ci sont de qualité, comme mes tagliatelonis au poulpe, accompagné d'un excellent rosé Marinu de la région.
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