New York Out of the Box, day 6 & 7 (Brooklyn)

Dernier jour et demi avant de repartir de l'autre côté de l'Atlantique. Nous allons finir encore une fois à Brooklyn, si vaste, aux quartiers si différents les uns des autres. Après un petit déjeuner dans un joli patio d'un café de Carroll Gardens, avec les enfants avant que ceux-ci ne rejoignent, un peu plus tôt que nous, la France. Puis nous partons pour Red Hook, encore un de ces quartiers au fil de l'eau qui changent à coups de réhabilitation et de nouvelles constructions. Celui-ci est cependant resté un peu à l'écart du grand chambardement immobilier car enclavé de l'autre côté de la BQE (voie rapide Brooklyn-Queens Expressway) et dépourvu de métro permettant d'accéder rapidement à Manhattan. Sa mutation s'opère donc en douceur, une évolution lente le long de l'eau, tandis que les larges 'prospects', grands ensembles populaires (et autrefois criminogènes), ne changent guère à l'intérieur des terres. Venant à pied du coquet Carroll Gardens, la BQE sert de frontière à Red Hook, qui nous accueille avec une fresque colorée qui célèbre le quartier. Passés quelques grands ensembles, on rejoint le quartier des quais qui a bien commencé à changer un peu. Les entrepôts en brique sont progressivement reconvertis en commerces ou en bureaux, mais ici, rien d'ostentatoire, pas de grandes tours non plus, l'évolution reste raisonnée, sans savoir si c'est une volonté politique ou si c'est le quartier et sa mauvaise réputation qui ralentissent celle-ci. Il n'a en tout cas plus grand chose à voir avec la vision sombre d'il y a 20 ou 30 ans, qu'en donnaient des romanciers du cru, récemment lus, comme Ivy Pochoda (l'Autre Côté des Docks) ou Jim McBride (la Couleur de l'Eau). La Statue de la Liberté pointe son nez au loin, et Manhattan, un peu planqué plus au nord, semble encore bien lointain. Ce dimanche matin, tout est très calme, boutiques fermées, peu de passants, sans doute faudrait-il revoir sous un autre jour ces lieux qui doivent se réveiller le soir venu.

Nous repartons vers le Brooklyn plus connu, commençant par Cobble Hill. Encore et toujours des brownstones à perte de vue le long des rues, les ferronneries repeintes à neuf ou rouillées (plus rarement) se déclinant en enfilade le long des façades. Halloween n'étant passé que depuis quelques jours, les citrouilles de toutes couleurs et formes sont toujours en place, pourrissant lentement dans l'automne humide. Autour du centre de quartier et de son cinéma, les cultures se rencontrent. Devant l'école, on entend beaucoup parler français, qui ont en nombre choisi ce coin pour s'installer. Côté magasins, c'est plutôt l'aspect italien qui domine ; nous retrouvons la modeste et excellente pâtisserie italienne qui vend ses goûteux gâteaux secs et vous fait vous croire en vacances du côté de la Botte.

Toujours plus vers le nord, toujours plus chic, nous atteignons Brooklyn Heights, ses hautes maisons en pierre sombre semblant répondre aux gratte-ciel en face, "Nous étions là avant vous, et resterons après" (peut-être parce qu'une inexorable montée des eaux rincerait Manhattan avant d'attendre les demeures patriciennes de Brooklyn accrochées sur leur petit ressaut). Luxe, calme et volupté, la balade en zigzag dans les rues voisines, si elle n'est pas une découverte pour les récidivistes que nous sommes, reste un plaisir pour les jambes et les yeux.

 

Le lendemain, notre départ depuis Newark est prévu en début de soirée, il nous reste la matinée et un peu plus pour faire un dernier tour dans Brooklyn. Ce sera Greenpoint pour commencer, le quartier polonais ou ce qu'il en reste. Rues calmes, maisons sobres, du classique, dont on ne se lasse pas pourtant. La jonction avec Williamsburg plus au sud se fait par le Parc McCarren, devant lequel une camionnette propose des tests Covid-19 à quelques rares amateurs. Coïncidence, un mois plus tard, je lirai dans un article du Monde que cette camionnette même, la seule dans le parc, est prise d'assaut suite à la recrudescence des cas de Covid dans la ville.

Williamsburg est le quartier "hipster" de Brooklyn par excellence, encore que ceux-ci soient sous la menace de déjà le quitter, sous la pression financière du coût de l'immobilier. La Brasserie Brooklyn est elle toujours là, mais pour combien de temps ? Vers le bord de l'East River, les vélos bleus et les tables marrons, se répondent en enfilades, tandis qu'un plot jaune marqué d'un point d'interrogation sous les gratte-ciels de Manhattan, semble interroger le futur de la ville.

  

A peine plus loin, changement complet d'atmosphère en arrivant à South Williamsburg. D'un coup, l'on ne rencontre plus que des femmes habillées de couleurs ternes, noires pour l'essentiel, portant toutes le même genre de perruque, et poussant souvent un landau ; les hommes sont eux aussi en mode noir et blanc, kippa ou chapeau vissé sur le crâne et papillotes encadrant le visage. Nous sommes dans le grand, monocolore, quartier juif hassidim de la ville. Et l'on a l'impression de changer de continent comme de siècle. Les bus scolaires sont comme ailleurs d'un jaune vif, mais les inscriptions en caractères hébreux indiquent tout de suite leur différence. Une autre vie, qui se déroule indépendamment de celle des autres New-Yorkais, un univers parallèle qui ne se mélange pas à l'autre, nous sommes peut-être dans la 4ème dimension. Nous autres étrangers sommes juste tolérés, poliment ignorés la plupart du temps, sauf si nous participons à la vie locale, en allant déjeuner de plats kasher dans un delicatessen juif, amenant quelques dollars bienvenus à une communauté qui vit chichement.

  
Voilà qu'il est l'heure de finir notre long séjour d'une semaine. Un chauffeur Uber vient nous quérir devant notre demeure de Bed Stuy. Un nouveau venu visiblement, sans doute d'un pays d'Amérique Latine, puisqu'il parle à peine anglais ! Mais il nous amène sans encombre, et dans un trafic toujours chargé, à notre but en traversant Manhattan une dernière fois.








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