Randos au Garajonay



L'île de la Gomera est réputée pour être très humide, au moins en son centre, et être très souvent ceinte d'un dôme de brume autour de son sommet. Elle abrite un écosystème particulier dû à ce régime humide, la laurisylve, constituée de lauriers, genévriers, lichens, grandes fougères, selon l'altitude, l'exposition, l'humidité ambiante. Elle est connue pour constituer un paradis pour randonneurs, qui constitue l'essentiel de la plutôt réduite frange de visiteurs. Pourtant, le jour où nous prenons notre voiture pour explorer le centre de la Gomera, un soleil règne sans l'ombre d'un nuage dans le ciel azur, une rareté semble-t-il. Tant mieux, même s'il aurait été intéressant de voir aussi ces forêts dans une brume plus rituelle. Nous nous rendons jusqu'au centre d'information de Laguna Grande, modeste bicoque où un employé veille sur quelques rares informations distillées au compte-goutte. Nous avons ciblé trois courtes randos de deux heures environ chacune sur la journée, pour parcourir des lieux différents. La première est une boucle autour de Laguna Grande, histoire d'apprivoiser les lieux. L'itinéraire traverse des zones plus ou moins boisées, passe en limite du parc comme l'indiquent une ferme et des troupeaux qui paissent non loin, et devant des troncs nus, sans doute les reliefs de l'incendie qui ravagea la zone en 2012, et qui n'a heureusement guère laissé de traces. Après la montée vers un point de vue semé de panneaux explicatifs, au milieu d'une horde de car-touristes allemands qui ne font heureusement que s'arrêter brièvement ici et là, nous pique-niquons tranquillement dans l'espace aménagé, distraits par une colonie de beaux geais bleus qui volètent autour et picorent les miettes de notre repas, que nous achevons par un expresso à la cafétéria du centre. 

Après cette mise en jambe, la seconde balade s'avère la plus marquante. A partir d'El Contadero, nous gravissons une petite pente qui nous mène à l'Alto de Garajonay, à 1487 mètres, le point culminant de l'île. De là, la vue à 360° est unique, et permet d'embrasser en un coup d'œil ou presque les trois îles qui entourent la Gomera : bien sûr la voisine Tenerife et son Teide dégagé de tout nuage ce jour ; puis de l'autre côté l'île de la Palma avec sa silhouette caractéristique de cacahuète à double bosse, et celle de Hierro, la plus petite. C'est aussi surprenant de constater que si le ciel au-dessus est immaculé, une couche de nuages blancs couvre une partie de l'Atlantique autour de nous, de laquelle émerge les sommets de ces autres îles. La promenade, tranquille, offre des vues magnifiques dans un paysage bien dégagé et peu arboré.

La troisième balade nous emmène un peu plus loin, vers le barranco de Cedro, pour un encore autre type de biotope. Nous retrouvons là la forêt humide, pleine de lichens gris-vert, dense et laissant filtrer une lumière qui s'accroche aux cheveux d'ange qui ornent les troncs des arbres. Nous découvrons au passage dans une petite clairière l'ermitage de Notre Dame de Lourdes, une modeste chapelle édifiée en pleine forêt de lauriers par une Anglaise installée sur l'île.

Avec ces trois parcours, nous aurons un bon aperçu de la biodiversité du Garajonay, que nous complétons le lendemain après-midi par une autre rando autour des Tres Roques. Il s'agit en effet de trois pitons rocheux en enfilade, complétés par quatrième un peu caché, nommés Agando, Carmona, Zarcita et Olija, d'anciennes cheminées volcaniques érodées qui pointent leurs nez à l'entrée du parc. Nous laissons notre véhicule au pied de l'une d'elles pour une randonnée qui va d'abord longer la forêt primaire, offrant des vues sur les rochers arrondis, puis piquer dans la vallée de La Laja avant de remonter vers le point de départ. Après une heure de marche facile en sous-bois, le sentier bifurque et pique vers la vallée. Nous sommes désormais seuls sur le chemin ; celui-ci n'est quasiment pas balisé, et l'on s'interroge sur la direction à prendre, et de plus s'avère escarpé et casse-gueule avec des cailloux roulant sous nos pieds. Nous n'avançons que lentement, il se fait déjà tard, et nous nous rendons compte que nous n'arriverons pas à notre destination avant le coucher du soleil. Nous nous résignons donc à rebrousser chemin pour reprendre le même chemin qu'à aller, n'empêche que le paysage autour de ces pointes rocheuses vaut la demi-rando que nous avons pu faire.

A part ces deux jours dans le parc, nous n'aurons guère l'occasion de parcourir le reste de l'île, les temps de parcours automobile étant bien longs avec des routes sinueuses, si bien qu'il faut plusieurs heures pour rejoindre depuis notre gîte la plupart de chacun des petits ports situés tout autour de l'île. Nous nous contenterons d'aller visiter au nord le village de Agulo, vanté par les guides et affublés du titre de "pueblo mas bonito" d'Espagne. Ce jour-là, nous partons sous le soleil de San Sebastian pour atteindre un tunnel qui permet de rejoindre la vallée de Hermigua : changement complet de temps à la sortie du tunnel, nous entrons dans la brume, avec un mercure ayant chuté de quelques degrés. Nous nous arrêtons à Agulo, bien endormi ce jour-là. Des ruelles pavées aux maisons colorées, et aux portes et fenêtres en bois, la plus emblématique demeure apparaissant bien décatie, quelques échappées vers la mer, nous restons sur notre faim, mais sans doute la météo a-t-elle quelque peu altéré notre jugement.


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