Rabat propret
Après Casablanca et El Jadida, Rabat fait l’impression d’un bijou parfaitement clean. C’est sûrement parce que c’est la capitale du pays et le lieu de résidence du Roi, que pas un papier ne traîne dans les rues, même au niveau de la médina, et que des armées de balayeurs, équipés d’une palme (de palmier), traquent la moindre immondice sur la chaussée, j’en ai compté par endroit quatre sur 200 mètres à peine !
Arrivé en fin d‘après-midi au Riad Dar Saidi, je suis gentiment
accueilli par l’employée du riad avec un thé à la menthe spécialement préparé,
accompagné de gâteaux marocains bien sucrés comme il se doit. Si l’accueil est
chaleureux, l’endroit est quelque peu décati et sensiblement moins agréable que
celui d’El Jadida quelques jours auparavant. Je ressors pour la soirée, guère
affamé, et prend le temps de me promener dans les rues de la médina. Celle-ci
est bien différente de nombre de ses homologues, non seulement par sa propreté,
mais aussi par ses rues souvent larges et rectilignes : pour un peu, on se
croirait dans une médina américaine, avec ses blocks et ses rues à angles
droits ! Mais la vie nocturne grouille là comme ailleurs, de nombreux
Rbatis venant faire ses achats ou manger sur le pouce le soir. Je pousse
jusqu’à la Casbah des Oudayas, le lieu emblématique de Rabat, joliment éclairée et où je reviendrai le lendemain matin. Je finis tout de même la soirée dans un
restaurant, complètement marocain celui-là (Dar Rbatia), sis dans un riad bien entendu, ce
qui donne un cadre assez majestueux au resto. Je n’ai pas vraiment faim, et
pourtant je n’ai pas le choix, seuls des menus sont proposés, et je dois
m’enfiler une succession de plats dans lesquels je picore. C’est dommage car
les mets sont dans l’ensemble de qualité, les salades variées, sortes de mézès locaux, une dizaine de petites
coupelles remplies de préparations froides, une soupe orangée,
puis un tajine de bœuf fondant à souhait, accompagné de pruneaux, abricots,
amandes, une pastilla au lait, croquante de feuilles, le tout terminé par l’inévitable
thé à la menthe et une corne de gazelle pour faire passer. J’ai malgré tout
réussi à ne pas me gaver, et à apprécier mon repas. L’endroit n’est pas donné,
comme souvent à Rabat, et d’ailleurs il n'y a que des touristes, français,
anglais, allemands, qui y dînent.
Le lendemain, je quitte mon riad sac sur le dos, pour pouvoir profiter de la grosse matinée qui s'offre à moi avant de devoir rejoindre Casa et son aéroport. Je commence par re-traverser la médina, puis mets un pied dans le grand cimetière juste en face, pour me faire rabrouer gentiment, mais fermement, par deux vieilles dames qui me signalent que ce lieu est interdit aux non-musulmans, comme les mosquées, soit ... Je continue jusqu'à la somptueuse Casbah des Oudayas, édifiée par les Almoravides dès le XIIème siècle, les premiers palais y étant construits par les Alaouites il y a deux cents ans. On y pénètre par la monumentale Porte Bab-el-Kebir, aux inextricables décorations géométriques, pour flâner au hasard des ruelles bordées de maisons blanches, parfois colorées d'un bleu rifain, de portes en bois ciselées, tandis que des plantes et fleurs viennent égayer la minéralité du dédale de passages. On aboutit tout au bout à une vaste esplanade qui donne sur l'océan et en face la ville jumelle de Salé.
Ressortant de la casbah, il faut faire le détour par le Jardin Andalou, qui a en effet des airs d'Alhambra miniature. Murmure de l'eau dans le réseau d'aqueducs, végétation luxuriante, en dessous de remparts séculaires, tout est là pour une halte au calme, et en été au frais. De là, je longe le port sur la rivière Bouregreg, où quelques bateaux colorés se balancent au gré des vaguelettes, avec en toile de fond les murailles de la kasbah. Plus loin, je pousse jusqu'à la vaste esplanade plantée de colonnes de pierre tronquées, sur laquelle sont installés l'ancien minaret devenu la tour Hassan, et le mausolée de l'ex-roi Mohamed V, grand-père du roi actuel, et héros de l'indépendance du pays ; on ne peut y accéder ce matin car une visite officielle, de dignitaires africains, s'y déroule, mais je ne suis pas trop déçu de louper ainsi les sépultures royales.
Je continue ma traversée de Rabat, longeant le tramway qui relie la capitale à sa voisine Salé, passe devant la Cathédrale Saint-Pierre, en style Art Déco, et qu'on ne peut visiter apparemment. Je rejoins ensuite la Villa des Arts, la sœur de celle de Casa, mais en plus étincelant, écrin blanc dans des jardins verdoyants, qui abrite plusieurs expositions. Il n'y a pourtant que quelques rares touristes pour visiter cet endroit (gratuit), les seuls Marocains croisés étant les gardiens postés à plusieurs endroits sur le site. L'intérieur de la villa est aussi attirant que l'extérieur, avec ses plafonds de bois sculpté et peint. Côté artiste, celui qui m'inspire le plus est Amina Rmiki, avec ses dessins le plus souvent en noir et blanc, du figuratif très stylisé pour des œuvres qui parlent à l'œil autant qu'au cerveau. Avant de prendre mon train, je m'octroie un dernier stop au Musée d'Art Moderne voisin, juste le temps de jeter un œil à son architecture, et de prendre un café sur sa terrasse. Ne me reste plus qu'une heure de train pour revenir à Casablanca, une demi-heure de voiture pour rejoindre l'aéroport, et quatre heures d'attente sur place avant que mon vol pour Paris ne me ramène à la maison.
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