L'île Sainte-Hélène à Strasbourg
Entre Aar et Ill, les deux rivières qui traversent Strasbourg, se trouve la méconnue île Sainte-Hélène, dont la pointe sud flirte avec la vieille ville du côté de l'Eglise Saint-Paul. C'est plus au nord que se trouve le Parlement Européen, un haut-lieu de la ville, et juste à côté la cité-jardin Ungemach, bien moins connue. C'est dans cette partie de Strasbourg que nous ne connaissons pas que nous nous rendons ce lundi de mois d'août.
A vrai dire, l'idée de visiter le Parlement Européen nous a été inspirée par le visionnage d'une série d'Arte, drôle, décalée et pourtant instructive, qui justement se déroule dans ce Parlement. Pas de problème pour y pénétrer, d'autant qu'il n'y a pas de session en ce moment : l'entrée est gratuite, il faut juste passer les inévitables portiques de sécurité, et nous voilà dans la place, accueillis par une belle statue moderne de deux silhouettes enserrées. Il n'y a pas beaucoup de monde, et le public, comme l'on peut s'y attendre, y est international, preuve que l'Europe reste indispensable dans l'esprit de beaucoup de gens, malgré la mauvaise presse de ces temps-ci. On pénètre dans un Agora monumental, encerclé de hauts murs, qui a quand même des airs de prison (ne manque plus que le filet anti-hélicoptère), avec en son centre la sculpture de verre "United Earth".
A l'intérieur, on est frappé par l'organisation de l'espace, qui juxtapose des coursives, des escaliers, des ascenseurs, des passerelles, qui se mêlent autour du grand espace central, au milieu d'une végétation étonnante. Il faut avouer que cela a de la gueule, même si les députés européens se plaignent souvent de la difficulté à se déplacer dans cet environnement complexe. Au rez-de-chaussée, plusieurs expos proposent un utile panorama du Parlement, de son histoire, de son fonctionnement, avec ses 27 états membres représentés par une forêt de drapeaux en-dessous du bleu pavillon européen aux 12 étoiles. On est surpris de voir l'une des salles de travail appelée "Margaret Thatcher" : cette anti-européenne notoire, qui plus est d'un pays qui s'est exclu de l'Union Européenne, mérite-t-elle vraiment un tel hommage ? La visite s'achève dans l'immense hémicycle : celui-ci est en plein travaux, et la vision que l'on en a est un peu tronquée. Il faudrait revenir le revoir en fonctionnement, puisque les visites sont possibles pendant les sessions plénières.
Sortant du Parlement pour aller faire un tour dans Strasbourg centre, nous sommes étonnés de traverser, à quelques pas de là seulement, une zone d'habitation à l'ancienne, de solides maisons classiques dans quelques rues calmes, qui tranche curieusement avec les buildings modernes du Parlement et de la zone d'activités qui le jouxte. Deux mondes bien différents qui cohabitent sans vraiment se mêler. Renseignements pris, avec l'aide d'une stèle le long de la rivière Aar, il s'agit d'une cité-jardin, la cité Ungemach. Elle fut conçue au début des années 1920 par Léon Ungemach, patron d'une entreprise d'alimentation en gros, pour loger ses employés. Comme souvent, une idée généreuse qui comporte aussi sa part d'idéologie : pas d'eugénisme discriminatoire comme chez les nazis d'en face, mais plutôt une conception conservatrice de la société, avec interdiction pour la femme du couple de travailler, ou obligation d'avoir au minimum 3 enfants. C'est devenu aujourd'hui un lotissement de logements sociaux fort prisés. Il faut avouer que ces grandes maisons avec de beaux lopins de terre, quasi dans la nature et en même tout proches du centre ville, ou des commodités du quartier voisin du Wacken, tramway inclus, doivent être agréables à vivre. Il y a fort à parier que les heureux locataires n'ont aucune envie de quitter un tel havre de paix. Nous nous baladons tranquillement au fil des rues, dans lesquelles ne circule aucun véhicule, avec en toile de fond l'imposante tour du Parlement Européen.
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