Caceres en Estrémadure




Après 10 jours au Portugal, nous passons (sans la remarquer) la frontière pour quelques jours en Espagne, dans cette région un peu excentrée et du coup peu touristique qu'est l'Estrémadure. Avant d'arriver à sa capitale Càceres, nous faisons un petit détour par Alcantara (a priori rien à voir avec le tissu synthétique du même nom), construit à côté du Tage. La ville vaut surtout par son Pont Romain, datant de Trajan (106), qui enjambe le Tage encaissé. Et cela fait près de 2000 ans que le pont, fait de blocs de granit sans aucun ciment, tient debout, ils étaient forts ces Romains ! Au centre du village écrasé de soleil en ce midi, une belle église romane trône sur la plaza de Espaňa.

Des rocades et des ronds-points annoncent Càceres, la capitale de la région Estrémadure, 100.000 habitants quand même. Pas grand chose de notable en avançant dans la ville jusqu'à l'appartement moderne que nous louons dans le centre, mais ce pour quoi la ville est connue, y compris par l'UNESCO, est son centre historique. Il est certes moins réputé que d'autres voisins, comme Salamanque ou Tolède, mais il vaut vraiment le détour, même depuis Madrid : des murailles de l'époque almohade, et à l'intérieur un ensemble remarquablement homogène de maisons nobles des XVe et XVIe siècles. Lister tous les palais et les églises qui pullulent dans ce centre serait fastidieux, mais l'impression générale est saisissante, assez austère aussi : les maisons sont hautes et les ruelles étroites, on a un peu l'impression de passer dans des défilés (on s'attendrait presque à voir des Indiens nous épier là-haut), mais les places qui ponctuent la ville amènent une respiration bienvenue. Sobriété donc, juste quelques blasons sur les façades pour rappeler les familles illustres qui habitèrent ici. Et l'atmosphère générale de quiétude et de solennité est aussi due à l'absence quasi-totale du bric-à-bric touristique qui vient souvent gâter et enlaidir ce genre de lieux. Nous marchons donc longuement dans la ville, zigzaguant d'une rue à l'autre, entrant dans un palais aménagé en musée quand c'est possible, profitant de plus de la fraîcheur amené par la minéralité ambiante. Et le soir venu, l'éclairage omniprésent et discret change encore l'aspect des lieux en en offrant une autre perspective. Pour entrer dans les remparts, l'on passe quasi obligatoirement par la rectangulaire Plaza Mayor, où se concentrent les restaurants et boutiques qui n'ont pas droit dans de cité un peu plus haut, mais qui restent néanmoins bien intégrés dans la ville.



Le jour suivant, nous délaissons Càceres, bien parcourue la veille, pour ses environs. Deux destinations, l'une nature, Monfragüe, l'autre urbaine, Trujillo. Notre besoin d'une ration quotidienne de marche nature nous emmène dans le parc naturel de Monfragüe, à une heure au nord de Caceres, couvrant la jonction du Tage et de son affluent le Tiétar. Une belle balade de quelques heures, par un temps plus gris et moins chaud que les jours précédents, et ce n'est pas plus mal ainsi, nous emmène sur des sentiers surplombant les cours d'eau. Soudain une odeur pestilentielle s'installe, s'amplifiant au fur et à mesure que nous nous approchons de la rivière, jusqu'au pont en bois qui la traverse. Spectacle étrange : l'eau est vert vif, avec des plaques bleu cobalt, et des arbres morts en émergeant. Nous nous éloignons vite de cette vision effrayante, et aussi fascinante. Une recherche sur le web plus tard semble indiquer que le Tage est pollué du fait du manque d'eau (changement climatique et prélèvements humains), et que cela se voit notamment sur les bras morts comme celui que nous avons franchi. Plus haut par contre, la vue du Tage qui serpente entre les collines est superbe, avec un petit air de Colorado dans l'Ouest Américain. Même la présence de vautours, dont nous devinons un nid avec des petits un peu plus bas, semblent le confirmer.


Un peu plus tard, nous nous arrêtons en bas, juste au bord du Tage, au Salto del Gitano. C'est un piton rocheux dressé au bord de l'eau, qui abrite des nuées de vautours (moines et fauves), plusieurs dizaines qui tournoient au-dessus de nos têtes, s'approchant même d'assez près parfois, impressionnant.

Dernier étape en Estrémadure, la ville de Trujillo, ville natale de Pizarro, conquistador du Pérou et de Cuzco, assassin de Atahualpa. La Plaza Mayor sur laquelle on arrive est différente de celle de sa voisine Caceres, moins austère car moins régulière, et bordée d'arcades ou de loggias qui lui donne un air plus provincial. Une statue équestre de Pizarro domine celle-ci, bordée de palais ayant appartenu pour certains aux conquistadors, car d'autres, comme Orellana, découvreur de l'Amazone, vécurent aussi ici. Mais si la première impression est saisissante, on s'aperçoit vite en se promenant et en longeant les maisons, que la réalité est moins rose : les beaux palais ont l'air à moitié abandonnés, les façades s'abîment, on devine la poussière qui s'accumule derrière les vitres opacifiées. Visiblement, l'argent manque pour entretenir tout ce patrimoine,  la municipalité ou la région font ce qu'elles peuvent pour garder une ville attrayante, mais c'est compliqué. Un tour au château au-dessus de la ville, qui connut des jours meilleurs et désormais fermé, trônant au milieu des broussailles, confirme cette observation. Tout l'argent serait-il allé à la capitale Caceres, se détournant des autres villes, car il y en a sans doute d'autres similaires à Trujillo ?



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