Sélestat et le Ried

Notre séjour estival rituel avec nos amis parisiens et orléanais fait étape cette année dans mon Alsace natale. Plutôt que sur les contreforts des Vosges, c'est sur la plaine du Rhin, en plein milieu, que notre camp de base est établi, plus précisément à Mussig, à une dizaines de bornes de Sélestat. Et c'est donc dans cette ville en plein milieu de l'Alsace que nous entamons la découverte (ou redécouverte) de la région. 

Sélestat est d'abord réputé pour sa Bibliothèque Humaniste, dont l'histoire remonte à 1452, lorsqu'elle fut créée suite à plusieurs donations d'élèves de l'école latine locale. Mais son principal contributeur fut Beatus Rhenanus, correcteur et éditeur de grands imprimeurs du 16ème siècle, mais aussi ami de grands penseurs de son temps, et notamment d'Érasme. Cette collection remarquable a survécu aux soubresauts de l'histoire pour devenir une des plus belles de manuscrits, incunables et imprimés du Moyen-Age. Ce fonds a migré à la fin du 19ème siècle dans la Halle aux Blés, de style néo-roman avec ses mosaïques germaniques, avant d'être restructurée par Rudy Riciotti dans un espace moderne et élégant. La visite de ce musée est passionnante, avec une muséographie soignée qui fait la part belle à Beatus (avec entre autres un incroyable manuscrit cahier d'école de sa jeunesse), tout en resituant l'histoire des lettres et de l'imprimerie en son temps, et en en décryptant les techniques (encres, caractères), utilisant judicieusement les outils numériques modernes pour présenter les documents et comprendre leur genèse. Derrière une vitre, on aperçoit l'ensemble des quelque 700 volumes, reliés en cuir, dans des étagères à l'ancienne. Une exposition temporaire tout aussi intéressante raconte par le menu la restauration du retable de Rodern, l'évolution entre l'original abîmé et le triptyque restauré, avec la présentation de ce dernier dans un espace bien pensé.


Après cette plongée dans le passé, une autre remontée dans le temps nous fait parcourir les rues du Sélestat médiéval, par la Porte de Strasbourg et la Tour des Sorcières, les jolis rues "animalières" des canards, des veaux et des oies, le long du quai de l'Ill, sur lequel donne les bâtiments modernes de la FRAC et de la Médiathèque, avant de revenir par le grand axe de la rue Poincaré et les places du Marché aux Choux ou de la Mairie.


A Mussig, nous ne sommes pas loin du Ried, cet espace humide de prairies humides et de forêts alluviales, où pagayer est une des occupations majeures, surtout quand il fait aussi chaud. Nous y verrons des dizaines de cigognes occupées à chercher poissons et batraciens, et je débusque un gros lièvre sur le chemin. En nous promenant aux alentours, dans une campagne malheureusement saturée de champs de maïs arrosés à l'excès grâce à la nappe phréatique abondante et peu profonde, nous repérons une série de tumuli (il y en a 37 au total), larges d'une vingtaine de mètres et hauts de un mètre en moyenne, datant de l'Age du Fer, environ 500 ans avant notre ère.

Notre gîte de Mussig est une ancienne grange joliment restaurée, sur trois niveaux, où nous naviguons au gré des températures et de l'exposition entre intérieurs et terrasse. En face, une ferme propose des myrtilles fraîchement cueillies dont nous nous régalons, telles quelles ou en clafoutis.


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