De Baccarat à Lunéville

La route vers Paris ... en passant par la Lorraine (mais sans sabots), voici le programme pour nous en retourner tranquillement, en deux étapes, vers notre résidence séquano-dionysienne. Sur les conseils de nos amis avec lesquels nous avons partagé la semaine, nous suivrons donc leurs traces de l'aller, à savoir nous arrêter à Baccarat et passer la nuit à Lunéville.


Qui dit Baccarat dit cristal bien entendu, voici donc la raison principale de notre arrêt dans cette petite bourgade de 4000 habitants. La Verrerie de Baccarat fut créée sous Louis XV en 1764, mais ne prit véritablement son essor que 50 années plus tard sous l'impulsion d'Aimé-Gabriel d'Artigues, en prenant progressivement le créneau de la cristallerie de luxe avec notamment des verres au plomb de haute qualité. Après 1870, l'entreprise s'ouvre à l'international, en Asie et en Amérique, et développe entre autres le créneau des parfums de luxe. Mais la concurrence mondiale et la tension sur les coûts rendent Baccarat de plus en plus fragile, jusqu'à être racheté par une aventurière chinoise, puis passer il y a peu dans le giron d'un fonds de Hong-Kong. De quoi l'avenir sera-t-il fait, difficile à dire, mais l'on peut être inquiet pour l'entreprise qui intéressera sans doute encore des requins pour son nom et son savoir-faire, mais pas pour continuer une activité industrielle en France.

 

En attendant, le beau musée qui lui est consacré dans un cadre bucolique le long de la Meurthe vaut d'y passer du temps pour admirer les créations en égrenant l'histoire de ces 270 années. Je suis une fois encore fasciné par le travail du verre et la dextérité des ouvriers qui façonnent à main nue, ou presque, et avec leur bouche, des objets de toutes les sortes, manipulant ce cristal si malléable et si fragile pour en faire des pièces uniques. Magique ! Et l'on en admire d'autant plus les résultats de ce travail complètement artisanal : un lustre monumental, un service de verres à pied, des flacons de parfum, des vases et des sculptures, et d'autres objets encore. On y croise au passage nombre de grands du monde d'antan qui ont à un moment ou un autre croisé le chemin de Baccarat et commandé des œuvres d'art pour leur utilisation personnelle. Je dois avouer que pour ma part, je suis plus sensible au classicisme des objets d'hier, qu'à ceux de ceux d'aujourd'hui, conçus par des designers branchés et tendant parfois vers le gadget. Mais des goûts et des couleurs ... Nous finissons dans le beau café du musée, ouvrant sur une terrasse et un petit jardin, pour un thé et un café goûteux, servis dans du baccarat comme il se doit.

Après l'art, l'industrie. La verrerie historique n'est qu'à une centaine de mètres de là, avec la cour des Cristalleries autour de laquelle subsistent les bâtiments de l'histoire de ladite cristallerie. Côté ouest, le château où habitaient naguère les administrateurs, désormais privé. Juste à côté les anciennes écuries et la chapelle Saint-Anne. Au milieu, un espace vert qui sert de lieu de détente aux habitants qui aujourd'hui encore logent dans les pavillons qui jouxtent la cour sur les flancs nord et sud. Les verriers y habitaient pour être au plus près de la manufacture, et ce sont encore des employés qui y logent, profitant même de bouts de jardins au pied des bâtiments. Enfin le côté est n'est pas accessible car occupé par la cristallerie et les quelque 500 personnes qui y travaillent. On aperçoit au travers du grillage les ateliers à froid, les halles où le travail de verrerie est encore exercé, et les magasins. Pourvu que ça dure ...

Nous nous arrêtons à Lunéville, à une vingtaine de kilomètres, pour y passer la nuit et visiter la petite ville. Et d'abord son vaste château dont je me souviens bien pour être passé maintes fois devant empruntant la Nationale 4 pour rallier Paris depuis Strasbourg, il y a longtemps, mais où je ne me suis jamais arrêté. Une grande esplanade ouvre sur ce château surnommé le Versailles lorrain, qui a en effet des airs de petit cousin du château mythique de Louis XIV. Il fut construit au 18ème siècle par Léopold Ier, duc de Lorraine, avec l'architecte Germain Boffrand, mais c'est Stanislas Leszczyński qui finit son aménagement, et sous le règne duquel le château vécut ses heures les plus fastes. Toute son histoire est fort bien restituée au travers des espaces récemment restaurés, traitant de la vie dans ce "palais des champs", depuis le monumental escalier d'honneur jusqu'aux cuisines du sous-sol. On y traite aussi de la faïence au temps de l'Art Nouveau, ou de cette exposition temporaire qui permet de découvrir Paul-Emile Colin, graveur et peintre de Lunéville, et d'admirer ses originales gravures sur bois ou sur métal. Voilà en tout cas un lieu historique plutôt méconnu qui vaut l'effort de s'y arrêter. On peut compléter la visite en parcourant les jardins derrière le château, dans le parc des Bosquets, avec ses parterres géométriques et pièces d'eau.




Mais le cœur de Lunéville mérite aussi un coup d’œil. On découvre ainsi son Théâtre à l'Italienne, la Maison du Traité (celui de 1801 qui attribua la rive gauche du Rhin à la France), et celle du Marchand en grès des Vosges, peut-être la plus remarquable, avec son décor historié en chaînage d'angle et ses sculptures de barils et tonneaux, et même d'un éléphant, rappelant l'activité de marchand d'épices du premier propriétaire.

Non loin de là, l'église Saint-Jacques affiche un style baroque exubérant, qui se reflète judicieusement dans un étroit bassin placé sur son parvis. A côté, l'Hôtel Abbatial est l’ancien presbytère, flanqué du Jardin de l'Abbé joliment arboré, piqueté de parterres de plantes aromatiques et orné de statues. Enfin la Synagogue de la ville fut la première édifiée en France au 13ème siècle, placée en retrait de la rue car le culte juif n'était à l'époque que toléré.

Nous restons pour la nuit à l'hôtel les Pages, un ex-Logis de France, où nous avons la chance d'être surclassés dans une confortable et vaste suite. Nous dînons le soir sur la place Léopold, épicentre de la ville, au restaurant Floréal, où la table est de qualité (filets de rouget et poulpe, grenadin de veau, tarte aux poires, arrosés d'un gris de Toul) et le service fort agréable.



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