Bourgs alsaciens

Parmi les nombreux et réputés villages de la Route des Vins alsacienne, j'ai décidé d'éviter Riquewihr ou Eguisheim, trop touristiques à mon goût, pour viser Kaysersberg, tout aussi intéressant et un peu moins fréquenté, malgré l'ombre tutélaire du Docteur Schweitzer, le Prix Nobel de la Paix natif de cette petite ville.

Les ruelles aux maisons colorées sont croquignolettes, sans en faire trop malgré les teintes vives soigneusement sélectionnées et contrôlées, tandis que la prolifération des boutiques à touristes reste mesurée. C'est donc un régal que de zigzaguer au fil du trajet proposé par l'OT local. Depuis la place de la Mairie, les premières maisons aux couleurs vives surgissent au détour de la rue de l'Ancienne Gendarmerie, la maison Buchele, l'ancien manoir d'Etienne de Bavière, jusqu'à la Maison Renaissance, en vente et devant laquelle nous échangeons avec son propriétaire.

De retour sur la place de l’Église Saint-Croix, on déniche la Chapelle Saint-Michel cachée derrière, avec un ossuaire enfoui dans l'obscurité, et à côté un Cimetière militaire étonnamment récent datant de la guerre de 39-45. Deux autres belles maisons dans l’impasse Staub, la maison Bohn aux pans sculptés et la maison Loewert avec son oriel d'angle.

 


 

Plus loin, on rejoint l'imposant pont fortifié, flanqué de la grosse Ancienne Boucherie, qui offre une charmante vue sur la Weiss, sa mini-cascade et ses maisons en bois, dont l'hostellerie du Badhus. Plus loin, encore des maisons remarquables (Offinger-Brief) et la maison natale de ce bon vieil Albert. Le retour se fait par des rues tranquilles de l'autre côté de la Weiss, par les tours d'enceinte de la Poudre, de Kesselturm ou la Porte Haute. Il nous faudra ainsi une bonne heure pour flâner dans ce magnifique village, varié et suffisamment étendu pour moduler l'affluence estivale, qu'est Kaysersberg.

 

 

Une dernier petit dénivelé permet de monter au château en ruine. Si celui-ci n'est pas accessible pour cause de préparation du feu d'artifice, la vue sur la ville et la vallée alentour vaut malgré tout le petit effort exigé de grimper au milieu des vignes.


Le lendemain, nous nous contentons d'un tour rapide à Obernai, autre village réputé, et membre comme Kaysersberg de la Décapole. Cette Alliance de dix "cités-états" alsaciennes du Saint-Empire Roman perdura plus de trois cents ans avant d'être intégrée à l'état français. Nous connaissons déjà Obernai, et de plus avons rendez-vous à midi non loin de là. Nous nous contenterons de la place du Marché et de celle du Beffroi, en plein centre, puis d’emprunter les rues les plus courues du Marché et du Canal de l'Ehn, jusqu'aux remparts.

 

Nous voici donc à Barr, bourgade de 7000 âmes que je connais comme le fond de ma poche, puisque ma sœur y habite depuis plus de 30 ans. Nous en faisons le tour avec nos amis, passant par la place de la Mairie, lieu de la Fête Vigneronne du moment, avec un orchestre qui s'échine bravement à jouer devant quelques rares péquins, et devant lequel nous dégustons un excellent crémant Blanc de Noirs de chez Hering. Plus tard, nous ferons un stop désaltérant au luxueux hôtel des Cinq Terres juste en face.

Mais nous sommes d'abord à Barr pour y célébrer le 14 juillet dans le jardin de ma sœur, derrière sa vénérable maison rue Neuve et datant de 1679, où naguère naquit l'industriel Hartmann, avant d'aller fonder son usine de locomotives à Chemnitz en Allemagne. Nous sommes une quinzaine de convives invités pour les festivités, dans une ambiance tricolore puisque nous sommes tous habillés en bleu-blanc-rouge, tout comme les décorations et la table, sans oublier boissons et plats qui suivent le même code couleur, avec plus ou moins de facilité (notamment un bleu provenant de fromage ou de myrtilles, voire de curaçao !). 

Plus tard, c'est le coteau du Kirchberg, haut-lieu de la viticulture locale, que nous gravissons (modestement) pour apprécier Barr depuis les hauteurs, et où un espace de jeux accueille jeunes et moins jeunes. Autre coteau, celui du Zotzenberg, pour une rituelle boucle qui nous fait passer par le centre de Mittelbergheim, où nous nous attardons dans un belle exposition chez Seltz (le menuisier chez lequel nous acquîmes il y a 25 ans plusieurs meubles de notre séjour !), "Attablé.e.s" qui réunit des artistes de différents horizons, photographe japonaise, céramiste coréenne, sculpteur allemand ou graphiste alsacien, pour un méli-mélo riche de contrastes et d'idées. Et puisque l'on parle de coteaux, c'est enfin l'occasion d'aller faire un plein de vins d'Alsace chez mes vignerons habituels Hering (à Barr) et Herr (à Gertwiller).



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