Bestiaire du désert
Dans le désert du Sahara, aux confins de l'Algérie, de la Libye et du Niger : on est au bout du monde, pas géographique certes, mais plutôt aux confins de l'humanité. Des rochers et du sable, et des traces humaines qui datent d'il y a quelques milliers d'années, sous la forme de peintures rupestres, mais j'y reviendrai. Et pourtant, la minéralité omniprésente laisse filtrer des traces de vie animale. Dans les airs d'abord, quelques rares oiseaux bravent la sécheresse et offrent des arabesques noires tranchant sur le bleu immaculé du ciel. Le plus fréquent est le grand corbeau brun, bien plus impressionnant que les corvidés de nos contrées, au point que nous le prenons d'abord pour un rapace. Il plane au-dessus de nous, funeste ombre guettant sa proie. Tout comme le plus rare aigle royal que nous avons la chance de surprendre en train de planer tout là-haut. Plus sociable est le "moula moula", nom touareg du triquet à tête blanche. Avec son corps tout noir, coiffé d'un bonnet blanc et d'une queue blanche, il nous accompagne en solitaire lorsque nous nous posons, curieux de nos mouvements, et motivé par d'éventuelles miettes que nous laisserions. Nous croisons aussi des passereaux plus discrets, comme ce bruant du Sahara.
Au sol, quelques mammifères se manifestent davantage par leurs empreintes sur le sable que par une présence visuelle. Les traces de chacal sont omniprésentes, autour de nos campements notamment, à se demander s'ils ne viennent pas nous tenir compagnie la nuit venue tandis que nous dormons à même le sol. D'ailleurs, un crâne blanchi de chacal, complété par sa mâchoire, vient confirmer la présence de ce canidé discret. Autres traces, celles de gazelles, de fennecs, de mouflons, dont ne verrons pas l'ombre de la queue. Par contre, nous avons la chance de surprendre un bondissant lièvre brun, qui détale dans les rocailles à notre passage. Moins farouche est cette gerbille du sable, petite souris qui n'hésite pas au coin du feu à se faufiler entre nos jambes pour grappiller quelque relief de notre dîner. Quant au daman des rochers, nous en rencontrons une bonne dizaine sur un amoncellement rocheux, nous surveillant à bonne distance posés sur leurs cailloux. Malgré son air un peu pataud, il est à l'aise sur ce terrain, et présente la particularité zoologique d'être le plantigrade le plus proche des éléphants, alors pourtant que rien dans son aspect, ni dans son appendice nasal, ne semble l'indiquer.
Autre groupe, celui des reptiles, dont le principal représentant visible sera l'agame du Tassili, à la belle tête orangée montée sur un corps bleuté, et qui nous observe sur sa paroi rocheuse, un rien méfiant quand même. Ailleurs, une vipère à cornes (céraste pour les herpétologues) a laissé sa trace caractéristique sur le sable, mais nous en resterons là, au grand soulagement de certaines.
Voilà pour la vie sauvage. On peut ajouter à cette énumération des quadrupèdes plus utilitaires, dromadaires, ânes et chèvres. Ce sont des animaux domestiqués, même si certains dromadaires semblent livrés à eux mêmes, paissant sans surveillance apparente. Quant à ces ânes rassemblés sous un arbre, il pourrait s'agir d'un groupe d'ânes férals, retournés à l'état sauvage. Et puis quelques troupeaux de chèvres errent ici et là, sous la houlette de bergers (nous n'en verrons pourtant aucun), pour leur lait, bien plus accessible que celui de chamelle.
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