York, remparts, châteaux et musées

York, au nord de l'Angleterre, ville historique plutôt méconnue, sur le continent en tout cas. Pourtant elle a une histoire qui remonte très loin, jusqu’aux Romains qui la fondèrent avant notre ère sous le nom d'Eboracum, et auxquels elle servit de capitale de la Bretagne Inférieure (l'empereur Septime Sévère d'ailleurs y mourut en 211). Puis des Anglo-saxons en tant que Eoforwic, du royaume de Northumbrie, elle passa aux Vikings pendant une centaine d'année, quand elle changea à nouveau de nom pour devenir Jorvik. Mais depuis les années 1000 et Guillaume le Conquérant, elle fait partie de l'Angleterre. York resta une ville prospère durant tout le Moyen Age, grâce au commerce de la laine, avant de péricliter lors de la révolution industrielle.

Parcourant la ville, l'on croise nombre de vestiges de cette longue histoire. La meilleure manière de la découvrir est d'emprunter son chemin de ronde, perché sur les remparts, datant en partie de l'époque romaine, qui subsistent sur deux tiers du pourtour, surplombant les habitations de quelques mètres. En prenant son temps, il faut deux bonnes heures pour effectuer le tour complet de trois bons kilomètres, se faufilant le long des grosses pierres, montant et descendant les marches au niveau des quatre portes qui ponctuent encore la muraille, admirant les jardins verdoyants de belles maisons en brique ouvrant sur les remparts. Portes Bootham, Mickelgate, Monk, Walmagate, chacune sa forme, son histoire, sa particularité, comme la dernière célèbre pour sa barbacane. Les remparts s’interrompent une première fois là où une zone marécageuse infranchissable était présente, devenue aujourd'hui la rivière Foss. Un nouveau quartier moderne a poussé sur l'île qu'elle enserre, autrefois zone industrielle, accessible par un pont métallique bleu en forme d'arche. Plus loin, c'est l'autre rivière de la ville, l'Ouse dans laquelle se jette la Foss, qui interrompt le tracé. 

C'est à ce niveau que l'on trouve le château d'York, un vaste complexe fortifié qui abrita au fil des siècles châteaux, prisons, cours de justice et autres bâtiments. Du château médiéval normand d'origine (11ème siècle) ne subsiste que le donjon, appelé aussi tour de Clifford, perché sur une motte qui domine la ville médiévale. Une tour tronquée, certes, mais dont le volume intérieur laisse imaginer la taille qu'elle avait naguère. Son sommet raccourci a été aménagé en une vaste terrasse qui permet de saisir la topologie de la ville d'York d'un coup d’œil ou presque, la ville médiévale et ses remparts, les deux rivières qui la traversent, la cathédrale, et à nos pieds, le Palais de Justice et le musée historique du château d'York, l'ancienne prison de femmes, auquel je vais consacrer une matinée.

Ce musée vaut le temps que l'on y passe, combinant des présentations très variées dans un assemblage hétéroclite. On passe ainsi d'une rue reconstituée à une expo sur les années 60, à des salles sur l'industrie locale de la confiserie, en passant par la guerre de 14-18 vue côté anglais et aux cellules de la prison dédiée dans ce même bâtiment aux débiteurs. La déambulation dans Kirkgate, rue reconstituée de York il y une centaine d'années, est la plus courue et la plus marquante : l'ambiance est là, incluant un Père Noël disert assurant l'animation, avec les échoppes d'époque et les objets anciens s'y rapportant, pharmacie, mercerie, confiserie, magasin de jouets, tous datant de la période 1870-1901. C'est fort bien fait, évitant le kitsch que l'on peut craindre avec ce genre de mise en scène.

Dans le même style et même époque, on trouve aussi des intérieurs de maisons, bourgeoises, ouvrières ou fermières, décorés pour les fêtes de Noël, reflétant l'échelle sociale et le niveau d'aisance de chaque famille. Côté prison, les froides cellules sont animées par des projections de prisonnier qui racontent l'histoire de leur emprisonnement et de leur vie carcérale. Enfin, une sortie vers la Foss voisine permet de prendre l'air après ce sombre épisode, et de découvrir l'extérieur des lieux, cour de la prison et mur d'enceinte.

Toujours à York, la York Art Gallery est le musée des beaux-arts du cru. Dans ses vastes salles aérées et élégantes, on a droit aux classiques toiles de maîtres locaux, dont plusieurs consacrées à la ville, attirant mon attention, pour reconnaître des lieux parcourus au cours de ces derniers jours. La salle des céramiques est plus surprenante, associant des poteries très classiques à d'autres bien plus dérangeantes ; à boire et à manger, stimulant pour l'esprit. Mais ce qui m'aura le plus marqué est l'exposition consacrée à un sculpteur local, Harold Gosney, créateur d’œuvres en bois ou en cuivre magnifiques, sobres et évocatrices, puissantes et étonnantes, telles ce musicien de jazz ou ces quatre chevaliers de l'apocalypse, une découverte.

Autre lieu visité, la Halle Marchande du 14ème, magnifique bâtiment d'une Guilde toujours en vigueur, autant par son extérieur avec ses murs de soutènement en pierre surmontés de pans de bois, que son intérieur avec l'immense halle en bois.

Un autre château, celui de Castle Howard, me fait quitter l'espace d'une après-midi la ville d'York. Je prends un bus qui remonte vers le nord en zigzaguant dans la campagne, traversant des villages recroquevillés dans le froid et un paysage de bocages et d’élevage. Après une heure sur des routes étroites, me voici avec deux autres visiteurs devant cette résidence baroque construite par un Lord du Trésor au début des années 1700. C'est imposant vu de l'extérieur, et pas très beau à mon goût, mélange de genres et lourdeur à tous les étages. C'est sans regrets que je renonce à visiter l'intérieur, d'autant que celui-ci a été réaménagé en ce mois de décembre dans une mise en scène du Magicien d'Oz à destination des enfants. C'est aussi là que furent tournées plusieurs scène du Barry Lyndon de Stanley Kubrick.

   

Je me consacre donc au vaste domaine qui entoure le château. D'abord un jardin classique à la française, parsemé de statues baroques et d'une fontaine monumentale devant l'édifice. Plus loin un parc anglais beaucoup plus rustique, flanqué d'une dense forêt, qui m'emmène jusqu'aux confins du domaine, vers le lac Sud et le Temple des Quatre Vents, ouvrant vers les vallonnements de la campagne du Yorkshire.

Plus loin, quasiment seul, puisque l'essentiel des visiteurs parcourt le château avant de se restaurer dans le salon de thé voisin, bien au chaud, je pousse au nord jusqu'au Grand Lac, bien plus actif en été quand on peut y naviguer. Il y a même un espace d’accrobranches sur une petite île, bien entendu fermé en cette saison. Mais je suis surpris que l'on puisse quand même rejoindre cette île Skelfe en passant par un pont suspendu bringuebalant, que je traverse dans un sens, puis l'autre, d'un pas hésitant, me faisant l'impression d'un Indiana Jones sur le retour.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tassili n'Ajjer, minéral et humain

Ma géographie NBA

De pied en caps à Majorque