Le Montmorency de Rousseau
Une excursion à la journée m'emmène au nord de la capitale, à la rencontre de la Renaissance à Ecouen, puis de Jean-Jacques Rousseau à Montmorency. Le château d'Ecouen est en effet le site du Musée National de la Renaissance, déplacé il a une cinquantaine d'années depuis l'hôtel de Cluny où les collections nationales de la Renaissance manquaient de place. Car il en fallait de la place, et ce ne sont pas moins de trente-deux salles muséographiques qui y abritent une foultitude de céramiques, d'émaux, de bijoux, de sculptures, d'armes, dans les vastes espaces du château. Il est avant tout connu pour la série de dix tapisseries monumentales tissées vers 1520 et consacrée à l'histoire de David et Bethsabée. Bon, je dois avouer que ces tapisseries ne sont pas trop ma tasse de thé, d'autant que j'ai tendance à trouver les teintes de ces fragiles œuvres passées et guère attractives. Je m'intéresse plus à l'étage à la riche bibliothèque aux panneaux de bois et aux livres ouverts sur des présentoirs à l'ancienne. Ou par les étonnantes cheminées peintes et garnies de tentures de cuir. Ou encore par les faïences, des majoliques colorées de l'Italie des années 1500, aux céramiques de Bernard Palissy, celui des livres d'histoire de notre enfance scolaire. Il y a de quoi y passer des jours alors que je n'ai que deux heures à y consacrer, me contentant de picorer au gré des salles et des objets, essayant aussi d'éviter une horde bruyante de collégiens qui s'ébattent dans les couloirs du château.
Le château lui-même date bien entendu de la Renaissance, et fut construit par le connétable de France Anne de Montmorency (un homme comme son prénom ne l'indique pas) à compter de 1538. Cet homme, le plus puissant de France à son époque, celle de François Ier, puis d'Henri II, fut propriétaire de plus de 130 châteaux dans toute la France, mais celui d'Ecouen fut son chef d’œuvre. Le vaste quadrilatère flanqué de quatre pavillons d'angle fut décoré par les plus éminents artistes européens de l'époque, pour devenir une résidence de luxe où le roi Henri II avait ses habitudes (avec une aile entière qui lui était réservée).
Le château est perché sur un promontoire pour dominer la plaine du nord de Paris, et entouré d'un domaine clos de 19 hectares, partie de la forêt d'Ecouen. Au-delà du classique jardin à la française, de larges allées, puis des sentiers plus étroits emmènent ceux qui veulent marcher dans ce vaste espace.
L'après-midi est consacré à la ville voisine de Montmorency, bourgeoise cité dominant sa voisine d'Enghien dans le Val d'Oise, au pied de la forêt éponyme. Après un déjeuner italien de qualité (gnocchi pesto et gambas, tiramisu) avalé chez Obel Mamma, je suis l'itinéraire proposé par l'office de tourisme sur les traces de Jean-Jacques Rousseau dans la ville où il habita cinq années durant. Depuis la centrale place Levanneur, l'on passe par les ruelles historiques de la vieille ville, jusqu'à la Collégiale Saint-Martin, jouissant au passage depuis le jardin de l'Observance d'une superbe vue sur le lac d'Enghien, Sannois et Argenteuil, jusqu'à Paris au loin, Défense et Tour Eiffel. Après le Conservatoire installé dans l'ancienne orangerie du château Crozat, on rejoint le parc du château de Dino, une belle bâtisse de brique rouge, désormais propriété de la ville, et ceinte d'un jardin public arboré et aménagé.
Puis mes pas me font quitter les zones urbanisées pour emprunter des chemins de traverse, de plus en plus étroits : rue des Haras, puis chemin des Haras, et enfin sente des Haras, ne laissent guère de doutes sur l'activité d'antan de cette partie de Montmorency. Le chemin de Montries amène au prétexte de cette balade, puisque l'on passe devant l'Ermitage de J-J. Rousseau, où il habita durant une année et demie, et écrivit "la Nouvelle Héloïse". Il ne reste cependant rien de cette demeure, détruite depuis et remplacée désormais par une clinique. En face, le petit bois de la Châtaigneraie l'accueillait souvent et inspirait sa réflexion. Le retour par l'Hôtel de Ville et son parc nous fait retrouver les belles "maisons de plaisance" de l'époque, quand la classe aisée y faisait bâtir ses résidences de campagne dans un environnement verdoyant, touchant à tous les styles, faisant côtoyer néo-normand, troubadour ou montagnard, dans un éclectisme architectural complet, avec plus ou moins d'ostentation.
Tandis que la lumière s'estompe, je consacre la fin de ma journée au Musée Jean-Jacques Rousseau, dans le Petit Montlouis, une maison rustique dans le bourg, où il résida cinq années durant, avant de devoir quitter la France pour des raisons politiques suite à la publication de son Émile ou De l’Éducation. La visite de la maison du philosophe est guidée, et j'ai droit pour moi tout seul à un jeune, compétent et sympathique guide, qui booste mes connaissances lacunaires sur Rousseau, sa vie, son œuvre. Les pièces sont petites, modestement meublées, et j'apprends qu'il écrivait en fait dans une tourelle située au fond de son jardin, donnant sur la vallée vers le sud. Mais il se fait tard et il est temps de retourner chez moi en bravant les vicissitudes de la circulation francilienne.
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