Un cassoulet à Carcassonne

 

Retour en France après notre semaine catalane côté espagnol. Notre séjour familial à Sète étant tombé à l'eau, nous revoyons notre programme et trouvons un gîte dans les Corbières. De là nous sillonnerons, notamment vers Carcassonne et Fontfroide. Mais en attendant, sur notre chemin depuis Vic et Perpignan, nous faisons un arrêt au bord de la Grande Bleue, à Gruissan, où un vent à décorner les bœufs nous accueille. Heureusement, le village ancien, recroquevillé en colimaçon sur son château protège bien des rafales. Sauf quand l'on monte sur la Tour BarberousseEole repart de plus belle. On a peine à tenir debout là haut, mais le panorama en vaut le coup. Les étangs de Gruissan et du Grazel, le port de plaisance, les marais salants de Saint-Martin, la Méditerranée bien entendu, et les collines des Corbières en fond de toile, sans oublier les toits des maisons du village, le tableau est complet et multiforme. Ce château construit au dixième siècle servait naguère à surveiller la mer pour protéger la ville voisine de Narbonne. Les rues en "circulade" ont aussi leur charme, jolies maisons fleuries, escaliers cachés, sans oublier bars et restaurants car l'originalité de la ville attire le chaland. Nous faisons en repartant un détour par Gruissan-Plage où nous sommes propriétaires depuis une vingtaine d'années d'un petit appartement dans une résidence de vacances Belambra, sans jamais y avoir mis les pieds. Chou blanc : tout est fermé en cette fin mai hors période scolaire, et la grille devant laquelle je m'arrête cache un ensemble banal et sans charme.

 

 

Nous rejoignons le petit village de Montséret où nous logerons ces trois prochaines nuits. Un couple du village nous y accueille (c’est devenu rare !), dans une maison familiale joliment retapée, arrangée avec goût et fort bien équipée. Il y a même une piscine, à laquelle nous ne goûterons pas, la faute à la tramontane qui décourage nos timides velléités, et un billard sur lequel je m'escrime un moment avec queue et boules. Le village est modeste, mais a réussi à réimplanter récemment un petit commerce qui tient lieu d’épicerie de qualité (produits locaux), de bar et même de centre culturel, permettant d'y amener une nouvelle vie. Montséret est coiffée d'un château en ruines, auquel on accède par des éboulis un peu casse-gueule, pour un panorama sur les reliefs des Corbières.

Non loin de là se trouve le village de Lagrasse, cité médiévale réputée notamment pour son abbaye Sainte-Marie d'Orbieu, fondée au huitième siècle. A la Révolution, l'édifice fut vendu en deux lots, division qui curieusement subsiste aujourd'hui, avec un vieux logis abbatial appartenant au Département, et un monastère encore occupé par des chanoines, option réac paraît-il. C'est cette partie que nous comptons visiter, manque de chance elle est exceptionnellement fermée ce jour-là, et nous devons nous contenter d'admirer sa vaste cour d'honneur de style classique. Nous nous rabattons donc sur le Palais Vieux, la jolie cour du palais abbatial, le dortoir des moines, le cellier, les chapelles hautes et basses, avec des peintures murales d'antan, et en version contemporaine, une mise en scène intéressante du dortoir. De là, un pont de pierre nous emmène au village, l'un des plus beaux de France avec son logo, assez tranquille pourtant aujourd'hui, parcouru par un temps gris et des gouttes intermittentes. On remarque sa belle halle en bois, d'élégantes maisons, et le lot habituel d'artistes et de restaurants attirés par la manne du logo PBVF.



Non loin de là se trouve l'abbaye de Fontfroide qui nous avait éblouis il y a plus de trente ans, lors d'un séjour en Languedoc. Si l'endroit est toujours aussi beau, l'exploitation touristique a fait son œuvre, et le lieu naguère perdu dans la nature est désormais bien balisé, structure d'accueil en dur, restaurant gastronomique, grand parking. Cela perd un peu en fraicheur et en spontanéité. Nous ne boudons pourtant pas notre plaisir en parcourant les magnifiques bâtiments d'architecture cistercienne, la cour d'honneur et celle de travail, le réfectoire des convers et le cloître, coiffé par la splendide église abbatiale. Les jardins thématiques du parcours historique (du jardin clos monastique au jardin paysager en passant par les terrasses Renaissance) voisine avec la grande roseraie, en pleine floraison. Le tout est enchâssé dans la verdure et le bois des collines alentour. Une petite balade de quelques kilomètres permet de prendre un peu de recul, et d'avoir une autre vision de l'abbaye. Bref, l'endroit a su rester magique malgré tout !



 

Notre dernière excursion est pour la ville de Carcassonne et sa Cité Médiévale, deux enceintes concentriques, trois kilomètres de remparts et cinquante deux tours. C'est sans doute l'endroit iconique de cette partie du pays, et c'est vrai que l'ensemble a du chien avec ses tours qui pointent partout le bout de leur toit. Je reste pourtant sur une impression mitigée. D'abord parce qu'ici comme ailleurs, le sur-tourisme fait son œuvre, et l'intérieur de la cité, pourtant encore habité, est une accumulation de lieux de consommation, boutiques, restos, attractions, parcourus par des cortèges de visiteurs, et nous ne sommes pourtant qu'au mois de mai. Et puis la restauration, entreprise par Viollet-Le-Duc - toujours lui, a quelque peu forcé la dose, en relevant toutes les tours notamment, dans un style pas forcément conforme à la tradition (comme pour la nature de la couverture, tuile ou ardoise). L'ensemble fait un peu trop beau pour être honnête à mon humble avis. Cela ne nous empêche d'y passer une bonne journée, à faire le tour complet des remparts, visiter le vaste Château Comtal, et s'arrêter dans un sympathique petit Musée de l’École, l'ancienne école de la cité présentant moult mobilier et matériel d'antan, affiches, nous mettant à contribution pour tremper une plume dans un encrier, ou résoudre de petits problèmes de mathématiques. Au passage, à midi, je ne peux me refuser l'occasion de déguster un cassoulet du cru de fort bonne facture, à la Maison du Cassoulet.

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