Les fleurs de Gérone

 

Après une semaine sur la côte de la Méditerranée, nous bifurquons vers l’intérieur des terres direction Gérone. C'est la seconde ville de Catalogne, la petite sœur de Barcelone, moins connue, moins courue. Quoique, en arrivant dans le centre, nous nous apercevons qu'il y a un monde fou, avant de vite comprendre que c'est la semaine la plus chargée de l'année, puisque la ville accueille un réputé Festival des Fleurs, Temps de Flors en catalan. Plus de 100 espaces installés dans la ville, 400.000 visiteurs comptabilisés au total, c'est vraiment une grosse machine qui attire Catalans, Espagnols, et quelques étrangers aussi. Cet événement nous laisse une impression mitigée. Pas tant à cause du monde, d'ailleurs nous arrivons en milieu de semaine et repartons avant le week-end où l'affluence devient maximale. Plutôt parce que parmi les nombreuses installations, il y a à boire et à manger. Tout n'est pas réussi, loin de là, parfois les fleurs font vraiment trop artificielles (même quand elles sont vraies !), d'autres dénaturent certains espaces historiques de la vieille ville, et il faut souvent faire la queue pour approcher des plus courues. Mais cette profusion de fleurs dans les rues donnent quand même une ambiance festive sympathique, et certaines créations sont vraiment réussies comme ces parapluie garnis de fleurs qui nous dominent le long de la rue principale.

Si Gérone est réputée par son art religieux, nous sommes davantage attirés par l'architecture moderniste, et notamment le mouvement catalan "noucentista", dont un des chefs de file, Rafael Maso, logeait et travaillait dans la ville. La maison familiale qu'il a habité, la Casa Maso, sur les bords de la rivière Onyar est visitable, et nous avons droit après réservation à une visite guidée individuelle, en français, des quatre étroites maisons qu'il a réunies et aménagées. L'endroit, baigné par le soleil de l'après-midi, est magnifique, avec ses vitraux, son sol carrelé ou parqueté, sa salle de bains scintillante, sa bibliothèque en bois, et nous le parcourons avec délectation une heure durant. 


Cela nous donne envie d'en voir davantage, et nous suivons scrupuleusement un long parcours Maso qui nous fait passer devant toutes ses créations sur Gérone, sur chaque rive de la rivière, dans la partie ancienne où nous résidons, comme de l'autre coté, plus moderne et bien plus tranquille. La Farina Teixidor, une usine de fabrication de farine, jouxtant aussi l'habitation du propriétaire est l'une des plus impressionnantes, presque ostentatoire, non loin de la gare de la ville.

 

Bien sûr, nous parcourons soigneusement le vieux Gérone, et notamment l'ancien quartier juif (Call), datant de l'époque où il abritait l'une des plus larges communautés juives de Catalogne. Couvrant une surface réduite, composé d'une place centrale et de ruelles étroites où l'on peut à peine se croiser, il n'y reste pas beaucoup de signes tangibles de son histoire, sinon le Musée d'Histoire que nous parcourons, en compagnie d'un groupe de Juifs américains qui le visitent au pas de charge.


L'endroit le plus caractéristique de Gérone réside sans doute dans les rives de l'Onyar, rivière traversée par plusieurs ponts qui offrent le spectacle coloré de ses étroites maisons qui semble prêtes à plonger dans la rivière, à admirer le soir venu quand le soleil couchant enflamme les façades jaunes et ocres.


Non loin de là, la Place de l'Indépendance est un des hauts lieux de la ville, avec ses cafés anciens entourés d'élégants immeubles néo-classiques, un peu hautains. Par hasard, nous y assistons à un spectacle du festival "Girona Cappella", qui comme son nom l'indique, propose des artistes qui s'expriment sans aucune béquille instrumentale, au seul son de leur(s) voix. Nous écoutons un quatuor local, Metropolitan Union, qui reprend des standards internationaux ou des ritournelles catalanes, jouant de leurs quatre voix aux tonalités complémentaires pour un spectacle original et distrayant.

Une balade classique nous emmène faire le tour des remparts côté est. Elle a aussi l'avantage de nous éloigner un peu de la foule qui se presse dans les rues du centre. De là-haut, l'on profite d'une vue d'ensemble de la ville, de ses jardins, de ses hautes maisons jouxtant les remparts, avec en toile de fond les premiers contreforts des Pyrénées.

Je finis comme souvent en évoquant le gîte et le couvert de notre séjour géronais. Nous logions dans un des hôtels huppés du centre, à deux pas de la cathédrale,  l'

Hotel Museu Llegendes de Girona, mêlant chambres confortables et immeuble historique, qui ressemble par endroit à un embryon de musée un peu foutraque. Côté bonne bouche, nous nous offrons un soir un dîner dans un gastronomique, étoilé Michelin, Nexe dans un décor moderne, la cuisine visuellement accessible donnant sur la salle. Le service est sympathique et un peu approximatif, le serveur s'essaie gentiment au français pour nous présenter les nombreux plats qui figurent sur le menu dégustation : neuf au total, en petites portions, avec toutes sortes de mets judicieusement associés à des saveurs originales, herbes, épices et autres assaisonnements, piochant dans les produits de la mer (saumon, huître, thon, joue de morue, daurade) ou de la terre (sobramesa, agneau). On aime un peu ou beaucoup, mais c'est original, avec de belles associations proposées via l'accord plats-vins proposé.

 

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