Perpignan la méconnue


Nous commençons notre voyage en Catalogne par son versant français, notre premier point de chute étant Perpignan. Nous commençons par trainer un peu en cours de chemin pour nous y rendre : nous renonçons d'abord à notre trajet initial en TGV, pour cause de énième grève SNCF ce week-end là, pour nous tourner, toute honte bue, sur un vol Hop jusqu'à Rivesaltes depuis Orly, avec à la clé un retard de deux heures. Nous consacrons une bonne journée et demi à sa visite. D'abord un brin condescendant à l'égard d'une ville pas vraiment encensée du point de vue tourisme, et de plus gérée depuis plusieurs années par un maire d’extrême droite, nous sommes agréablement surpris par Perpignan : en commençant par la Promenade des Platanes, percée verte longeant le centre historique, au fil de laquelle de belles maisons aux styles art déco ou art nouveau, datant du début du siècle dernier, montrent que la bourgeoisie locale a bon goût. On rejoint dans les mêmes parages les anciens remparts sur lesquels sont construites certaines d'entre elles. Les rues que l'on parcourt embaument d'effluves fleuries : nombre de maisons laissent pousser le long de leur façade un assortiment odorant de jasmin, chèvrefeuille, rosiers, enchevêtrés et protégés par une hampe métallique, dont la répétition laisse penser que c'est une initiative concertée, ce qui nous sera ensuite confirmé comme étant encouragée par la mairie.

Une fois passé ces élégants boulevards de ceinture, nous voici dans le vieille ville, puisque Perpignan a aussi une riche histoire qui remonte au XIIIème, lorsqu'elle fut capitale du Royaume de Majorque, avant d'être intégré dans celui d'Aragon. Elle ne cesse ensuite de faire du yo-yo entre France et Espagne, jusqu'à devenir définitivement française en 1759, tout en gardant une évidente coloration espagnole, enfin catalane. Parmi les sites emblématiques figure le Castillet, ce relief de château aux tours médiévales à créneaux et mâchicoulis. On y grimpe pour la vue sur la ville ancienne, puis au-delà jusqu’aux Pyrénées d'un côté, aux plages de la Méditerranée de l'autre. La Casa Pairal qui s'y est installée propose un musée instructif sur les arts et traditions populaires de la Catalogne française.

Au fil des ruelles étroites, on tombe sur de beaux hôtels particuliers, visitables de surcroît, de la Casa Xanxo, demeure gothique du 16ème, transformée récemment en "Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine", un peu trop fabriqué, mais riche d'informations sur la ville. Un peu plus loin, dans un style différent, l'Hôtel Pams n'a qu'une centaine d'années et affiche un style Art Nouveau ostentatoire, colonnades, grand escalier métalliques, peintures pastel et un superbe jardin surélevé bien caché en pleine ville. On peut y ajouter la Villa Madeleine, alias Maison de la Catalanité, désormais lieu d'expositions, avec une jolie cour intérieure verdoyante parsemée de sculptures modernes.

Non loin de là, à côté de la cathédrale Saint-Jean, se trouve le Campo Santo, étonnant cimetière médiéval (XIVème siècle) avec niches funéraires et enfeus en marbre, et un vaste espace central, blanc et vide en guise de terrain de jeu des défunts d'antan. 

Un peu à l'écart se trouve le monument emblématique perpignanais, le Palais des Rois de Majorque, perché sur la colline du Puig del Rey, auquel on accède progressivement, une vaste place, une enceinte de briques rouges, la tour de l'Hommage, un jardin méditerranée, avec une nouvelle vue panoramique vers le sud et les Pyrénées, avant d'accéder au saint des saints, le palais de pierres blanches et briques rosâtres, au milieu de la cour d'honneur, dont on parcourt les vastes appartements et salles d'apparat. Des expositions intéressantes sont aussi proposées, notamment celle consacrée à un peintre et dessinateur (Georges Wursteisen) qui croque de belle manière concerts et musiciens du Roussillon et d'ailleurs, et l'animation vidéo pour une balade immersive dans les jardins médiévaux du palais.


Rituel paragraphe sur le gîte et le couvert. Logement dans un agréable appartement sur la coulée verte au nord de la ville, dont nous ne pourrons guère profiter du jardin du fait d'un temps incertain. Déjeuner un midi dans la cour d'un immeuble de la vieille ville, "salle" d'un atypique restaurant Patio de la Loge, où nous dégusterons des mets préparés avec finesse, thon au sésame par exemple, concoctés par un couple de jeunes restaurateurs avec lesquels nous prenons plaisir à discuter après le service, des difficultés de leur métier et aussi de la ville de Perpignan. Sans oublier la spécialité locale des rousquilles, biscuit catalan en forme de meringue avec glaçage, parfumée à l'anis ou au citron, dont la petite pâtisserie Buisson est un des meilleurs artisans.




 

 

 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tassili n'Ajjer, minéral et humain

Ma géographie NBA

De pied en caps à Majorque