Dans les pas de Dali, de Cadaquès à Figueras
Le nord de la Catalogne espagnole est le fief de Salvador Dali, le célèbre peintre surréaliste. On peut être sceptique sur sa personnalité égocentrée, ses amitiés politiques ou ses goûts excentriques. On peut apprécier ou pas son œuvre et ses marottes. On ne peut contester l'influence qu'il a eu sur l'art moderne et sur l'air du temps de la fin du vingtième siècle. Puisque nous sommes sur ses terres, c'est l'occasion d'explorer les lieux qui lui consacrés, et de revoir, ou pas, sa position sur ses créations. On se rend compte de la trace qu'il laisse dans l'opinion mondiale, voire dans son inconscient collectif, en se rendant compte du peuple qui va visiter ses musées phares : j'ai toutes les peines du monde à trouver des créneaux réservables en ligne pour voir son théâtre-musée de Figueras et surtout sa maison de Cadaquès.
Nous commençons par Figueras, ville moyenne assez banale une dizaine de kilomètres à l'intérieur des terres. C'est là que Dali est né, et il resta toute sa vie attaché à sa ville natale, puisque c'est en son centre qu'il conçut son théâtre-musée testamentaire, témoignage final de sa mégalomanie galopante, centré sur son œuvre bien entendu. Le lieu est étonnant, l'ancien théâtre municipal de la ville a été entièrement revu, avec une coupole-verrière couronnant l'édifice. S'il n'y a pas de peintures marquantes, dispersées dans les musées du monde entier, d'autres constructions originales ou délirantes constellent les salles et galeries. Une Cadillac surmontée d'une statue mamelue, des niches ornées de mannequins dorés, son épouse-muse Gala en Leda Atomica avec le cygne récurrent de l'artiste, on est happé, à défaut d'être conquis, à chaque recoin de cette espèce de labyrinthe-musée. La plus curieuse est sans doute "Le visage de Mae West pouvant être utilisé comme appartement surréaliste", une construction étonnante du visage de la célèbre actrice américaine : des rideaux couleur or pour la coiffure, une cheminée à deux âtres pour le nez, deux tableaux aux murs pour les yeux, et bien sûr le fameux sofa rouge en forme de lèvres, le tout observable depuis un balcon en surplomb. Les galeries qui encerclent la cour centrale sont couvertes de ses dessins, mais aussi d’œuvres de ses artistes préférés, comme quoi il pouvait parfois s'intéresser à autre que lui-même. En sortant, une salle obscure présente les bijoux qu'il conçut pour un joailler new-yorkais, les Dali Joies. C'est bien entendu déjanté, surchargé, et parfaitement "importable".
Je suis plus attiré par sa petite maison de Portlligat, non loin de Cadaquès, sur la côte. Parce que c'est l'endroit qu'il acheta comme modeste maison de pêcheur, qu'il transforma et agrandit au fil des années avec Gala, et qu'il habita jusqu'à la mort de cette dernière. Aussi car c'est là que se déroule le récent film "Daaaaaali" de Quentin Dupieux, déjanté comme il se doit, qui m'avait interloqué il y a quelques mois. Nous y voici donc, ayant trouvé un unique créneau libre d'une heure durant notre séjour catalan. Nous ne sommes qu'une dizaine, étroitesse des lieux oblige, pour une visite guidée en anglais, qui nous emmène à travers les petites pièces de la maison, avec là encore des incongruités toutes daliennes, un ours naturalisé dans l'entrée et des cygnes empaillés plus loin, un miroir qui reflète le lever du soleil (pour être le premier Espagnol à en profiter, l’endroit étant le plus à l'est de l'Espagne continentale), des immortelles jaunes un peu partout, des coins et recoins, pour finir par l'atelier resté dans son jus. C'est foutraque, dérangeant, amusant, représentant bien le génie, ou l'imposteur, que l'on peut voir en lui.
La partie la plus agréable est sans doute le grand jardin qui jouxte la blanche maison, une profusion de fleurs et d'arbres, des bassins et des sculptures, dont bien sûr les fameux œufs blancs qu'il affectionnait, au milieu d'oliviers. Et depuis ce jardin qui surplombe la mer, une vue splendide sur la baie piquetée de bateaux, sur le ciel azur moucheté de traînées de nuages, sur la péninsule encore verdoyante ce printemps.
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