Un tour de Caravelle


Nous voici à nouveau en France de retour de notre escapade dominicaine. Suite à l'exotisme un peu brut de l'ile de la Dominique, nous retrouvons nos repères français à la Martinique. Après une traversée toujours calme, nous accostons au port de Fort-de-France, et rejoignons l'aéroport en taxi pour y récupérer notre voiture de location, une vulgaire Renault Clio de chez Alamo. Puis nous nous rendons à la résidence hôtelière où nous resterons trois nuits. Il s'agit du Domaine Saint-Aubin, dans la partie Cap Nord de l'île, non loin de La Trinité. C'est un bel endroit, construit autour d'un manoir créole à l'ancienne, sur une ancienne plantation. Il fut construit en 1919 par une famille béké, et habité par ses descendants jusque dans les années 70. Plus récemment, le domaine fut racheté par une autre famille qui le transforma en résidence de tourisme. La maison de maître est magnifique, avec ses vastes espaces, son mobilier en mahogany, son jardin d'essences tropicales, et sa terrasse avec vue sur la mer au loin. Nous sommes accueillis par la fille des propriétaires, qui habite les lieux et gère le domaine. Nous discutons avec elle, qui nous parle de ses origines et des difficultés à gérer un tel domaine. Il est vrai que celui-ci est vaste, et lors de notre séjour, seuls quelques rares bungalows sont occupés, souvent par des locataires au long cours, qui travaillent ici pour quelques semaines ou mois. Notre bungalow est simple et agréable, avec une grande terrasse où nous pouvons petit déjeuner ou dîner.


Le lendemain, nous gagnons la presqu’ile de la Caravelle, une réserve naturelle qui se parcourt à pied, en longeant une mer souvent agitée, se fracassant sur les rochers. Le "grand sentier" nous fait monter jusqu'au phare d'où le panorama englobe toute la presqu’île, jusqu'à la Montagne Pelée au loin. Puis le sentier littoral nous fait passer devant l'îlot de la Table du Diable, l'anse Chandelier, puis la pointe Caracoli qui ouvre vers le sud. On finit par la baie du Trésor, abritée avec ses frangipaniers et cactus, jusqu'à la mangrove, avant de remonter vers le château Duluc pour rejoindre notre point de départ après près de 4 heures de marche. Pendant notre boucle, je perds de vue ma femme, et nous finissons la balade chacun de son côté, sans avoir compris comment nous nous sommes croisés sans nous voir ! Il est déjà tard quand nous terminons notre trace, pour chercher un restaurant sur la plage de l'Anse l’Étang, le Cocoa Beach. Malgré l'heure tardive, il y a foule, difficile de trouver une table ; les serveurs virevoltent efficacement et nous sommes quand même assez vite servis. Évidemment, tous les clients sont blancs, d'autant que les tarifs sont très "touristiques", mais nous mangeons fort bien, d'un marlin cru à la tahitienne pour ma part, aux saveurs subtiles. A deux pas de là, la mer, où je m'offre un bain de mer en guise de dessert.


Le soir venu, nous allons tenter de faire quelques courses vers Sainte Marie, sans grand succès. Si la ville n'est guère engageante, quelques aspects attirent notre attention. La grande église blanche où les fidèles, tout de blanc vêtus, se pressent en ce samedi soir. Le tombolo, ce cordon de sable qui amène à l'îlet Sainte-Marie quand la mer est basse. Et la plaque qui commémore le commandant de bord Georges Raveneau, qui pilotait le vol UTA772, cible de l'attentat terroriste libyen en 1989, originaire de Sainte Marie, et premier pilote de ligne ultramarin.


Le jour suivant, nous partons pour la journée vers le côté nord-ouest de l'île. La route serpente dans la montagne à travers une végétation toujours aussi luxuriante. Nous faisons un petit détour pour rejoindre le départ du sentier qui monte au sommet de la Montagne Pelée. Son sommet est exceptionnellement dégagé ce matin, et le parking bondé des voitures des excursionnistes, partis bien plus tôt pour la plupart, à raison car les nuages commencent à faire leur apparition. Nous n'avons pas l'ascension à notre programme de toute façon, et poursuivons la route jusqu'à la distillerie Depaz non loin de là. C'est la seule qui subsiste autour de Saint-Pierre, alors qu'elles étaient une vingtaine au moment de l'éruption, au cours de laquelle périt toute la famille Depaz, sauf le fils poursuivant ses études en métropole, lequel reconstruit l'affaire sur ce site. Nous parcourons les installations de distillation, en pleine effervescence car la saison bat son plein, les cannes à sucre récoltées dans les environs alimentant à flux continu l'usine. Le jus de canne fermente dans les 12 cuves, autour desquels les ouvriers en plein travail croisent les visiteurs.


Un peu plus haut, au calme, se trouve le château, la maison domaniale où habitaient les maîtres. Elle est élégamment meublé en style Art Déco, la vue sur la mer Caraïbes est idéale, et l'on s'attend presque à voir les anciens propriétaires nous souhaiter la bienvenue. Un bel endroit resté dans son jus, avec une distillerie qui continue à exister en tant que fabricant actif de rhum local.


Nous finissons notre virée à Saint-Pierre, la ville détruite par l'éruption de la Montagne Pelée en 1902. Le mémorial de la catastrophe, alias musée Perret, doit se visiter pour bien saisir ce qui se passa il y a plus d'un siècle. L’ambiance de l'époque est bien représentée - Saint-Pierre était l’épicentre de la vie culturelle et mondaine de la Martinique à l'époque - puis on plonge dans l'engrenage qui amena à la destruction de la ville, et aux 30.000 morts (4 fois plus qu'à Pompéi) qu'elle provoqua : un mélange d'insouciance et de déni fit que personne ne porta vraiment attention aux nombreux signes annonciateurs, jusqu'à l'explosion de volcan le 8 mai. Le nuage de gaz, roches, cendres, s'abattit en quelques secondes et dévasta tout. Quelques objets tordus et fondus montrent bien l'intensité de la chaleur qui détruit la communauté.


On visite ensuite les ruines de quartiers laissées en l'état, notamment celles du grand théâtre à l'italienne, avec son escalier monumental, et les vestiges du parterre, de la fosse ou de la scène. Un peu plus bas se trouve le cachot de Cyparis, prisonnier censé être le seul survivant de la catastrophe, même si cela reste discuté. Plus loin, le quartier du Figuier rappelle les entrepôts qui s'alignaient sur le port, le plus actif de la Martinique à l'époque.




Avant de quitter le domaine le lendemain, nous allons faire un tour au Musée de la Banane non loin de là, situé dans l'habitation Limbé, une grande propriété de 54 hectares. On y trouve tout ce que vous voulez savoir sur la banane, d'abord via les panneaux d'une vaste salle, puis à travers un parcours dans la propriété où l'on peut voir des représentants d'une soixante de bananiers de toutes origines (il y a en tout près de 1000 variétés de bananiers). L'on apprend ainsi que le bananier n'est pas un arbre, mais une plante, dont le "tronc" n'est qu'un enroulement de feuilles. Qu'il fut introduit au XVIème siècle par des colons espagnols. Que les bananes fruits se consomment crues, et les bananes légumes cuites, chaque type représentant la moitié de la famille. Rien par contre sur les controverses autour de la culture de la banane, et notamment l'usage mortifère de la chlordécone durant des décennies aux Antilles françaises, sujet encore trop sensible pour en parler ? On peut aussi déguster une succulente petite banane après la visite. Et si l'on veut aller plus loin, le restaurant voisin propose un menu complet autour de ce fruit : j'hésite à tenter l'expérience, mais nous n'avons pas trop le temps.









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