Le long des Anses
Nous passons la seconde moitié de notre séjour martiniquais dans la partie sud de l'ile, nous arrêtant en chemin à l’Habitation Clément, alias domaine de l'Acajou. L’ambiance est bien différente de celle de la distillerie Depaz. Cette dernière était en pleine activité, alors que chez Clément, on change de décor. C'est devenu une attraction touristique, même si la visite se finit toujours par une dégustation de rhum Clément, qui n'est plus fabriqué sur le domaine. Alors l'endroit est beau, aucun doute : le parc notamment est très réussi, autour de plans d'eau, au milieu de sculptures contemporaines, avec plus de 300 essences d'arbre, et quelques vestiges de l'activité sucrière d'antan. L'habitation au sommet d'une butte est élégante, en bois de wapa, avec son mobilier style Compagnie des Indes, une salle à manger de grand style, pas étonnant que moult grands de ce monde firent un passage ici, notamment en 1991, quand le président Mitterrand accueillit son homologue américain Bush sur le domaine. Des tonneaux alignés reproduisent à l’infini la figure du fondateur Homère Clément. L'ancienne distillerie a été muséifiée, mais reste spectaculaire, et une Fondation a été créée pour exposer des artistes contemporains locaux. Bref, c'est magnifique, très couru, mais tout cela business manque quand même un peu d'âme.
Nous atteignons notre hébergement pour les deux nuits à venir, la Villa Ti Zen, dans le village du Diamant sur la côte sud. Sur leur vaste terrain sur les hauteurs du Diamant, les proprios ont installés deux "villas" qu'ils louent aux voyageurs de passage. Le notre est très sympa, au milieu d'un grand jardin, avec une cuisine et un séjour d'été, en plein air et abrités, et même un spa (que nous n’utiliserons pas). Il est joliment décoré, avec un même un bar à ti'punch que je m'empresse de tester ! Les propriétaires à côté ne sont par contre pas très accueillants, purement business.
Le premier soir, nous ressortons en direction du bord de mer jusqu'au Mémorial Cap 110, à l'Anse Cafard. Il s'agit d'émouvantes sculptures alignées face à la mer, commémorant le naufrage d'un des derniers navires négriers en 1830, dont les esclaves enchainés moururent au fond de la cale. Ces grandes statues blanches, hautes de 2m50, font un peu penser aux moas de l'île de Pâque, tandis qu'elles nous regardent tristement, faisant peser sur nous la culpabilité de l'horreur esclavagiste d'il y a 200 ans à peine. Nous poussons ensuite jusqu'à la pointe du Diamant, vue directe sur le fameux rocher qui pointe en pleine mer, sous un ciel bien plombé. Tandis que la pluie fait son apparition, nous faisons un petit apéritif dinatoire, à coup de tapas pas vraiment extra, au restaurant Chill, sur la plage.
Le lendemain, nous partons pour la journée faire le tour de la presqu’ile par la route des Anses. On s’aperçoit vite que la pression touristique n'est pas la même selon les endroits en Martinique. Si le nord reste relativement tranquille, le sud, où se concentrent les plus belles plages et les hôtels est bien plus fréquenté. Nous souhaitons nous arrêter d'abord aux Anses d'Arlet pour tenter une petite balade vers le Morne Champagne, mais après avoir tourné dans le village, nous revenons sur nos pas pour nous garer à l'entrée. Notre balade ne restera pas dans les mémoires, même si la vue sur l'anse est sympa, mais pour le reste, bof ... En retraversant le village des Anses d'Arlet, nous sommes obligés de pousser jusqu'au bout du ponton pour une des vues les plus emblématiques de l'île, l'enfilade vers Saint-Henri des Anses, la croquignolette église aux tons pastel qui regarde la mer.
L'arrêt suivant devait être pour Grande Anse, mais là encore, impossible de s'arrêter, tout le village est encombré de voitures et nous renonçons à l'escale prévue . Nous poussons donc jusqu'à l'anse Dufour un peu plus haut, encore du monde, mais non pouvons nous poser, quitte à marcher un peu pour rejoindre la plage. Une petite guinguette avec quelques tables et chaises en plastique propose de déjeuner sur la table, un bout de poulet ou de poisson, quelques frites, c'est simple, mais très correct, et puis grignoter les pieds dans l"eau ou presque, ça a un charme indéniable. Malgré le ciel gris, je vais faire trempette dans les Caraïbes dans la foulée.
Nous continuons la route des Anses pour une dernière étape à la Savane des Esclaves. Un passionné y a construit, de ses mains et quasi seul au début, un village reconstitué montrant les modes de vie de l'île depuis l’esclavage jusqu'à son abolition. Sur le vaste site en flanc de colline, on passe devant des cases traditionnelles, habités par de belles statues en bois, puis par le sentier des découvertes consacré aux plantes médicinales utilisées naguère et encore de nos jours ; j'y note avec amusement une menthe de l'Himalaya surnommée ... Doliprane ! Sanofi est partout ...
Il est temps de quitter à nouveau la Martinique pour notre troisième île, selon le schéma désormais bien rodé, voiture de loc vers l'aéroport, taxi jusqu'au port, et embarquement sur un ferry direction cette fois le sud.
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