Dans la forêt dominicaine

Notre arrivée à Roseau ne se passe pas tout à fait comme prévu. Si les formalités d'entrée à la Dominique sont rapidement expédiées, pas de trace de la voiture de location qui doit nous attendre sur le port. J'essaie de me renseigner, grevant sévèrement mon budget téléphone, pour m'entendre dire que la voiture arrive. Une heure plus tard, toujours rien. Nous nous posons donc dans un café voisin, où la serveuse nous propose d'appeler un autre loueur, qui nous répond qu'il peut nous proposer une voiture pour la semaine. Soit, nous attendons en consommant, et voilà qu'un peu plus tard, contre-ordre : il ne peut plus nous dépanner. Me voilà obligé de rappeler le premier loueur, que j'avais entretemps décommandé, pour lui demander de venir quand même. Ouf, le chauffeur fait demi-tour et revient au débarcadère, s'excusant platement de son retard - près de deux heures -, débordé qu'il est ce samedi matin. Nous récupérons un petit 4x4 Suzuki, modèle recommandé pour les routes de l'île, conduite à droite, normal, les British sont passés par là. Ensuite, l'heure de route pour rejoindre Portsmouth, au nord de l'île, est facile, sur une bonne route et avec une circulation fluide. Nous arrivons au Kootney Resort, une douzaine de bungalows, à l'écart de la route, dans une végétation tropicale, qui me fait penser à l'endroit où nous logions en République Dominicaine il y a une quinzaine d'années. Le bungalow est simple et confortable, avec une petite terrasse, nous y serons bien pour ces trois jours prévus ici.


Nous commençons notre exploration du nord de la Dominique le lendemain, avec le Fort Shirley, dans le Parc National des Cabrits, sur l'anse qui baigne la petite ville de Portsmouth. Fort Shirley était un avant-poste militaire britannique, destiné à protéger l'île, qui passa néanmoins aux mains des Français, avant de retomber dans l'escarcelle anglaise. Il a été rénové dans les années 80, notamment le Quartier des Officiers, grande baraque où quelques peintures retracent la période des colonies et de l'esclavage. Depuis l'esplanade, flanquée de 14 canons noirs, la vue est belle sur l'élégante baie, et sur un bateau de croisière, un trois-mâts qui mouille au large. Nous entreprenons une petite rando qui nous mène successivement aux deux sommets qui pointent sur la presqu'ile, de part et d'autre du fort. Ils furent créés par un volcan appelé Morne au Diable, il y a fort longtemps. La balade dans la forêt tropicale est facile, et nous sommes impressionnés par la densité de la végétation qui a repris ses droits, enserrant les ruines de maisons destinées à la garnison et abandonnées depuis belle lurette. Depuis les sommets (140 et 170 mètres), le regard porte au loin vers la Guadeloupe au nord, et l'île de Marie Galante.




L'après-midi, nous repartons un peu plus loin au nord, avec un premier arrêt au niveau de Cold Soufrière. Un petit sentier nous emmène en une dizaine de minutes à une source en pleine nature : ça bouillonne, sent le soufre à plein nez, et curieusement c'est une source froide, dans laquelle on peut même tremper les mains, ou des bouts de pied. Mais le principal but de l'excursion est la plage de Batibou, annoncée comme la plus belle de l'île. Il faut marcher un peu sur un sentier pour l'atteindre, profitant de trouées ouvrant sur un paysage de péninsules et de mer. Arrivant en bas, et après avoir payé son écot (les lieux sont privés), on est sur une plage de carte postale, cocotiers penchés, eau cristalline, sable blond, c'est vraiment paradisiaque. Nous bien sûr goûtons l'eau, qui doit être aux alentours de 28°C, première baignade des vacances.



Le lendemain matin, cap sur l'Indian River, c'est l'excursion vantée dans tous les guides, sur une barque qui nous fait remonter une rivière, pilotés par un rameur qui nous distille ses explications, et fait remarquer quelques animaux, dont un gros iguane vert qui nous observe d'un œil torve. Nous passons devant une cabane abandonnée, qui servit lors du tournage de "Pirates des Caraïbes", une partie ayant été shootée sur cette rivière. Au bout, nous prenons une pause au niveau d'un Bush Bar fermé ce jour-là, faisant un tour dans le modeste jardin botanique installé autour de notre débarcadère. C'est tranquille, il y a peu d'autres barques, glisser au fil de l'eau au milieu de la végétation envahissante est toujours aussi magique, que ce soit en mokoro du Botswana ou dans la jungle subtropicale.



Dans la foulée, nous parcourons à pied la petite ville de Portsmouth, la seconde de l'île par son importance : c'est étonnant car cela ressemble plus à un village un peu assoupi qu'à une ville bourdonnante. La veille, nous n'y avons d'ailleurs pas trouvé d'échoppe un peu élaborée pour faire nos emplettes alimentaires. Mais cela a du charme, des maisons colorées un peu bancales aux cafés où quelques autochtones prennent leur temps assis à des tables en bois, ou aux fresques maladroites qui ornent quelques murs. La vue sur le baie ouvre vers les deux mornes des Cabrits grimpés la veille. Une affiche célèbre Thea Lafond, récente championne olympique de triple saut à Paris, la première à tout jamais pour la petite île, même si elle vit depuis toute jeune aux États-Unis.




L’après-midi, nous prenons la route jusqu'à Syndicate, dans le centre de l'île, où le gouvernement, qui cherche à exploiter la manne du tourisme, a installé un centre d'informations et tracé un sentier à travers la dense forêt. Il faut mériter l'endroit car le chemin est long et cahoteux. En arrivant, nous croisons une palanquée de touristes repartant dans leur minibus, sans doute vers leur navire de croisière, tant mieux, nous serons seuls pour la balade en forêt. La végétation est exubérante, des racines caractéristiques du fromager aux gigantesques feuilles. Pas d'animaux par contre, même si le perroquet siserou, emblématique de l'île, habite dans cette forêt paraît-il. Le couvert est si dense qu'il n'y a beaucoup d'échappées pour le regard, même les quelques points de vue aménagés n'ouvrent que sur de la verdure encore, et les chutes d'eau autour de nous, que l'on entend fort bien pourtant reste cachées.


Nous ne sortons dîner qu'une fois, à l'hôtel-restaurant the Champs, perché sur les hauteurs, et jouissant d'un panorama splendide sur la mer, au coucher du soleil, avec au loin le duo des Cabrits. La chère par contre n'est exceptionnelle, par exemple mon "pork jerk" très local pourtant.


 

 

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