Pitons royaux de Sainte-Lucie
Dernière île de notre programme, Sainte-Lucie, une escale prisée des croisiéristes américains qui sillonnent les îles des Caraïbes. Nous sommes avertis, le nord est leur terrain de jeu préféré, où accostent la plupart des bateaux, et nous irons en conséquence chercher un peu de calme vers le sud. Un peu de pagaille au contrôle douanier à la sortie du bateau à Castries, la capitale, mais nous nous en sortons pour retrouver le taxi que j'ai commandé à l'avance et qui va nous amener à notre appartement de Laborie, à la pointe méridionale, en une grosse heure d'une route qui fait traverser le cœur forestier de Sainte-Lucie avant de longer la côte orientale. Nous logeons au "Blanc Hideaway", une grosse maison sur les hauteurs où les propriétaires ont aménagé trois grands appartements donnant là encore sur la mer, plein sud. Aménagement très américain, avec une belle et longue terrasse où nous pourrons lire, manger et profiter du soleil et de la vue. Nous avons aussi accès à la petite piscine des proprios, juste au-dessus, ce dont nous ne priverons pas. Arrivés en début après-midi, sans moyen de locomotion ce jour-là, et un peu loin du village, nous prenons notre temps pour "farnienter" jusqu'au soir.
Le lendemain, notre voiture, un gros 4x4 Honda blanc, nous est livrée devant notre porte, et nous allons pouvoir sillonner les alentours. Nous commençons par le village de Laborie, à trois kilomètres de notre résidence, qui respire le calme : des maisons colorées, une plage à cocotiers, quelques pêcheurs, pas de doute, nous sommes toujours bien aux Antilles. Le ponton qui avance dans la baie offre en se retournant la vue sur les hauteurs verdoyante, tandis qu'une barque aux couleurs vives oscille doucement devant nous. Quelques habitants vendent par endroit, ici des fruits et légumes, là des produits pour bateau. Mais quand l'on sort de la ville vers l'aéroport international situé non loin de là, on trouve un centre commercial bien équipé, un vif contraste avec notre petit port caribéen. Le supermarché propose de tout, au contraire de la Dominique où le choix était limité, et nous faisons le plein pour les prochains jours. Que nous complétons chez une marchande de quatre saisons (si l'on peut dire ici où il n'y en a que deux !), qui propose divers fruits et légumes en plein air à l'entrée du parking. Nous y achetons de bonnes tomates, de petites bananes immangeables (crues en tout cas, nous avons sans doute pris des bananes à cuire !), et surtout un fruit que nous ne connaissions pas, la sapotille, sorte de petite pomme ovoïde à la peau brune, dans la chair est très sucrée, avec un petit goût de caramel. C'est original, très bon, et constituera notre dessert des prochains repas.
Nous prenons notre grosse voiture l'après-midi pour remonter la côte vers le nord-est. Notre but est LaTille Falls and Garden, un lieu privé comme souvent, installé par des habitants qui cherchent à vivre du tourisme. Celui-ci a été il y a plusieurs décennies, sur ses terres et de ses propres mains, par un vieux monsieur style rasta écolo, comme le montre dès l'entrée la baraque qui célèbre un Dieu des Éthiopiens, sur le modèle de Bob Marley. La cascade nichée dans un puits de verdure est adorable, on peut même s'y baigner si l'on veut, cela a tout d'un coin caché du paradis. Les jardins sont modestes, on y trouve surtout des manguiers et des pacaniers, avec pour fruits les noix de cajou à la forme caractéristique. L'autre attraction du lieu est le bassin au "poissons mangeurs", où l'on peut tremper ses pieds de manière à ce que les petits poissons noirs (des tilapias ?) qui y habitent viennent vous grignoter vos pieds, et les nettoyer de leurs peaux mortes. Je m'y essaie, mais je ne trouve pas la sensation du contact des bouches suceuses très agréable ...
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons à la pointe de Vieux Fort, pour monter sur le mamelon nommé Moule-en-Chique, qui forme le point le plus au sud de Sainte-Lucie. La route devient crevassée, et nous finissons à pied. La vue d'en haut embrasse les deux sections de côtes de part et d'autre, d'un côté les deux pitons emblématiques de l'île, de l'autre les îlots Maria, au milieu la piste de l'aéroport, au-dessus desquels flottent quelques nuages blancs. Panorama superbe et reposant.
Dernier jour de vacances, nous allons visiter la côte ouest cette fois, vers la petite ville de Soufrière. Impossible de s'y garer, entre rues étroites et circulation dense, nous continuons jusqu'au Jardin Botanique, en remontant la vallée de la rivière Diamond. C'est un très bel endroit, une propriété historique attribuée par Louis XIV en 1713 à la famille Devaux, qui comprenait notamment des bains soufrés. C'est d'ailleurs aujourd’hui encore une descendante de cette famille française qui possède et gère les jardins. On remonte la petite rivière au travers d'une végétation variée, au cœur de laquelle les fleurs aussi diverses que colorées vous font de l’œil, faisant chauffer l'appareil photo : balisier rose, rose de porcelaine, acalyphe ... Plus haut, trois bassins bleus permettent de s'immerger dans l'eau soufrée, idéale dit-on pour soigner ses rhumatismes. Nous passons notre tour pour arriver au bout du sentier, où l'eau du volcan jaillit de la montagne, libérant ses sels dissous pour teinter la roche d'un mélange d'ocre, de jaune, de marron, au-dessus de sa piscine naturelle.
Nous achevons notre circuit au niveau des deux sommets qui symbolisent Sainte-Lucie, le Petit Piton et le Grand Piton, qui se dresse au-dessus de la mer de part et d'autre de Soufrière. Ils ne semblent pas impressionnants, mais tous les avis les décrivent comme très escarpés, la rando comme difficile et par moment vertigineuse, voire dangereuse, et nous renonçons (plus de notre âge ?). A la place, nous nous arrêtons au Tet Paul Nature Trail, un particulier y a aménagé un sentier qui sinue à flanc de colline, offrant quelques beaux points de vue sur le Petit Piton plongeant dans la mer. Bon, ce n'est pas inoubliable non plus, mais cela dégourdit un peu les jambes.
Nous passons ensuite une dernière après-midi de relaxation sur notre terrasse, histoire de faire le plein d'air, de mer, de soleil, avant notre bateau, puis notre vol de retour demain. Nous redescendons en ville le soir pour aller dîner au "Café en Ville", le resto recommandé par notre hôte, juste en face de l'église catholique bien illuminée. Endroit sans prétention, mais on y mange bien, mon "octopus stew" est tout à fait correct, pris sur la jolie véranda en bois.
Le même taxi nous ramène le dernier matin jusqu'au port de Castries, où nous embarquons sur un gros ferry toujours de la Compagnie des Iles, direction Fort-de-France. L’enregistrement et le passage des contrôles s'effectue dans un chaos généralisé, on s'en sort avec une heure de retard. Un groupe de locaux, avec des maillots floqués "Saint Lucia" semblent partir pour une compétition sportive, mais leur look interpelle : âge variable, embonpoint conséquent pour certains, je me perds en conjectures. Je demande donc à l'un d'entre eux quel sport ils pratiquent. Un peu gêné, il me répond que c'est pour une compétition de combats de coqs ! Voilà qui explique cela, mais je me demande où sont les coqs, pas sur le bateau en tout cas ...
Durant la courte traversée, 1h15 à peine, des oiseaux marins, des fous bruns, font le spectacle, suivant le navire tout en arabesques, plongeant parfois pour tenter de dégoter un poisson, avec le rocher du Diamant en toile de fond. Nous repassons devant les Anses où nous étions il y a peu, avant de regagner l'aéroport du Lamentin pour notre vol Air France de nuit, direction Orly. Retour au froid et à la grisaille, snif ...
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