Rencontres antillaises

Un voyage au long cours est aussi l'occasion de rencontrer des gens, de discuter avec eux, d'en savoir plus sur leur pays. Il s'agit le plus souvent de locaux, mais ce peut aussi être d'autres voyageurs comme nous avec qui partager l'espace de quelques minutes. Notre virée antillaise n'y échappe pas, et voici donc un retour sur les personnes croisées et les paroles échangées.

Sur la Dominique d'abord, notre premier contact est au Domaine Kootney, où nous sommes accueillis par un couple un peu étrange, visiblement une mère et son fils, qui habite de l'autre côté du chemin un bungalow tenant du capharnaüm. Elle, la soixantaine bien pesée, à la fois enjouée et un peu revêche, me raconte son parcours, depuis son Angleterre d'origine jusqu'à cette île anglophone, en passant par la Canada et l'Alabama. Un parcours que l'on retrouve chez son fils style homme des bois, avec les drapeaux de ces quatre lieux tatoués sur son mollet ! Une fois les présentations faites, nous ne les reverrons plus.

Non loin de là, la sortie en pirogue sur l'Indian River est un passage obligé, très touristique. Nous sommes harponnés dès notre arrivée près de l'embarcadère par un guide, qui nous mène sur sa barque, nous décrivant très classiquement le parcours et quelques bestioles ici et là. Cerise sur le gâteau, il nous fabrique un joli assemblage d'une fleur et d'un couple poisson/oiseau, en pliant à la mode origami une verte feuille tropicale.



En circulant vers le nord de l'île, nous nous arrêtons pour prendre deux auto-stoppeuses, deux copines venues l'une de Guyane et l'autre de Belgique, avec lesquels nous discutions près d'une heure tandis que je conduis. Au bout d'un moment, mon épouse s'aperçoit que la Française a fait les mêmes études d'urbanisme qu'elle, et que notre fille, à la même fac de Marne-la-Vallée, étonnante coïncidence, le monde est petit. Et la conversation prend un tour très boulot tandis que nous rejoignons la plage où les deux filles comptent planter leur tente le soir venu.

A la Martinique, nous résidons d'abord au Domaine Saint-Aubin, une superbe résidence de planteur gérée par une femme qui nous raconte l'histoire du site et celle de sa famille. Ses parents, origine de métropole, mais avec des origines martiniquaises, avec un peu de sang noir dans les veines, ont racheté il y a une vingtaine d'années cet endroit, magnifique, mais difficile à entretenir du fait de sa taille et des aléas du climat tropical. Elle y parvient tant bien que mal, même s'il n'y a pas foule alors pourtant que c'est pleine saison. De plus, le restaurant ne tourne plus, faute de personnel disponible, depuis les années Covid. Elle nous montre pour l'occasion quelques photos de ses ascendants.



Un peu plus tard, nous roulons en direction de la Montagne Pelée, et nous arrêtons pour prendre un couple de stoppeurs qui commence son ascension à pied le long de la route. Nous leur évitons ainsi quelques kilomètres de bitume. Il s'agit de deux néerlandais qui fait le tour de la toute la région Caraïbe. Ils arrivent ainsi du Surinam, l'ex-Guyane hollandaise, où ils nous racontent combien désespérant est l'état de ce pays où plus rien ne fonctionne, depuis l'époque désormais lointaine où les colonisateurs géraient le pays.

Sur la troisième île de Sainte-Lucie, je fais davantage appel à des locaux, pour nous déplacer ou louer une voiture. Au port de Castries vient nous cueillir un taxi commandé depuis la métropole, le chauffeur nous charge dans un gros 4x4 américain, volant à droite, ce qui lui complique la tâche dans ce pays où l'on conduit à gauche. Mais il n'est guère bavard, répondant à mes questions par quelques monosyllabes, et passant l'essentiel de l'heure et demi de route accroché à son téléphone portable. C'est lui qui nous reconduira trois jours plus tard vers Castries, toujours aussi peu amène.

La personne (Tedley) qui vient nous livrer notre voiture de location pour deux jours est heureusement plus diserte. Il nous raconte ainsi qu'à côté de son travail de base, dans une administration quelconque, il fait avec deux associés un peu de tourisme, louant des voitures et organisant des sorties. Je lui demande quelles sont les principales activités sur son île, il me répond sans surprise le tourisme, les emplois de fonctionnaires et un peu de construction, mais pas beaucoup d'agriculture et encore moins d'industrie.

Au LaTille Falls and Garden, le propriétaire est un vieux rasta qui a conçu le site tout seul. Il est content de nous raconter comment il fait, et insiste sur le côté écolo de sa petite activité, autosuffisance (ou quasi), produits récoltés sur place, pas d'engrais, il vit sa vie à l'écart des flux, se suffisant des entrées payées par les touristes de passage.

Au Blanc Hideaway, la sympathique grande villa où nous résidons sur les hauteurs de Laborie, le propriétaire qui y habite est chaleureux et bavard. Dès le premier soir, il nous offre l'apéritif dans la piscine dont nous profitons : vin rouge (un bon Bordeaux) pour moi, jus d'ananas pour ma moitié. Et nous raconte pas mal de choses sur sa vie : son expatriation aux Etats-Unis, en Floride, pendant plus de 30 ans, pour un emploi chez General Electric ; son retour au pays pour construire cette maison et arrondir sa retraite avec le tourisme ; ses deux enfants adultes partis travailler eux aussi en Floride, que s'apprête à rejoindre sa plus jeune de fille de 18 ans pour ses études supérieures ; et tout le mal qu'il pense de Trump et sa politique. Instructif !




 


 

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