Photo Animale à Der
Premier arrêt à Giffaumont, au bord du lac. En ce début d'hiver, il y a encore pas mal d'oiseaux, hérons et aigrettes, qui trempent leurs pattes dans l'eau glacée en attendant de migrer, ou pas. La vue sur les berges blanches, l'eau grise, les formes noires et blanches des oiseaux en stand-by, vaut bien de s'aventurer par un mercure avoisinant le zéro, pour pousser jusqu'à l'église de Champaubert, à une quinzaine de minutes de marche, via une étroite passerelle piétonne. J'y trouve les premières photos dans le joli cadre de cette église transformée en lieu d'exposition. Ce lac est artificiel, le plus vaste de France, créé dans les années 60 et 70 pour protéger la capitale parisienne des crues, devenu ensuite également un lac d'agrément, attirant touristes, chasseurs et photographes. Sur le chemin, une pierre rappelle que 3 villages (Champaubert, Nuisement et Chantecoq) furent engloutis à cette occasion, dont ne subsiste que cette église justement.
Laissant ma voiture au bord du lac, je prends une navette pour rejoindre le centre névralgique du festival, à Montier-en-Der, car je sais que l'affluence est forte, et le parking difficile. Il y a foule à Montier, entre le chapiteau qui regroupe l'essentiel des exposants, mais aussi le jardin Linet ou d'autres salles, comme la Halle aux Blés, le Haras ou l'Abbatiale, qui exploitent les principaux lieux publics de la petite ville. Je ne peux pas citer toutes les séries que j'aurais vu, sans doute une bonne trentaine au total, mais je peux en extraire quelques unes : dans le jardin public, sur la neige, des photos aériennes très graphiques de marais salants, de deltas ou d'îles, donnent un contrepoint à des clichés d'animaux baignant dans un décor de neige surexposé. En face, dans une grande maison un peu banale, une série consacrée à l'étonnante faune australienne capte mon attention, tout comme à côté, dans l'abbatiale, une autre série d'animaux capturés dans des postures saisissantes, l'occasion de me dire que je ne pourrai jamais rivaliser, faute de génie, de matériel, de temps aussi, tellement je me rends compte de l'incroyable patience qu'il faut avoir pour ce métier de photographe animalier. Mais l'accumulation des images amène vite à une forme de saturation : plus d'un millier sont ainsi exposées et l'on frise l'indigestion. J'ai cependant encore la force d'être attiré devant et dans la Halle aux Blés, la mairie locale, par des photos sous-marines remarquables de cétacés et poissons de toutes tailles.
Je fais un dernier stop dans le chapiteau, où une majorité d'exposants a trouvé refuge : toujours beaucoup d'images superbes, d'autres parfois plus quelconques, ou du moins qui ne me parlent guère. J'en profite aussi pour assister à une conférence où deux experts expliquent en détail comment sont conçus et imprimés les multiples "beaux livres" dans lesquels la plupart des photographiques font connaître leur production, instructif. En sortant, pour changer, un village gastronomique bien achalandé permet de faire ses emplettes alimentaires de produits locaux, ce dont je profite bien évidemment pour goûter et acheter quelques bonnes bières de cru (Bières du Der), discutant avec le brasseur sur son stand.
Je reprends ensuite la voiture pour repartir vers Paris, non sans faire encore de derniers arrêts le long du lac. Le ciel s'est un peu dégagé, et le soleil joue à cache-cache avec les nuages, l'occasion de tenter, en toute modestie, quelques clichés en jouant des circonvolutions qui mêlent terre et eau, tandis que les échassiers des lieux proposent des envols sur fond de soleil couchant. Dans un modeste édifice non loin de là, quelques photographes exilés ici, sans doute car moins réputés que d'autres, affichent leurs photos pour de rares visiteurs, au moins cela laisse-t-il le temps de discuter un peu avec eux, technique (macrophotographie d'insectes), lieux de prises de vue (tôt le matin) ou tout simplement de leur pratique au quotidien.
Encore un stop un plus loin à Chantecoq : là aussi, je peux échanger avec les artistes, de leurs œuvres et de leur métier. J'en retiens un qui photographie exclusivement des orages, et leurs éclairs, une spécialité électrique qui demande beaucoup d'inventivité, du matériel spécifique, de nombreux déplacements pour suivre et anticiper les orages, et toujours de la patience. Plus calme, mais pas moins remarquable, cette dame qui va se "contenter" de photographier des reflets de "son" lac vosgien, pour un résultat extraordinaire, au sens premier du terme, ces reflets devenant à travers son œil des bijoux fantasmagoriques où l'imagination de chacun fait apparaître des mirages ou des monstres, des tableaux ou des sculptures.
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