Neige bragarde
En route pour le lac de Der et son festival de photographie, je fais une pause à Saint-Dizier, où je n'ai encore jamais mis les pieds, mais dont j'ai souvent entendu parler par une vieille amie née là-bas. Première chose à noter pour moi qui suis amateur de gentilés originaux, le nom de ses habitants, les "Bragards" : ce curieux nom viendrait d'aussi loin que François Ier qui, apprenant la résistance acharnée de la ville en 1544, se serait exclamé les "braves gars !" ou les "bragards !", braillards et courageux. Sinon, j'ai une image un peu sombre de la ville, encore accentuée ces derniers temps par son fort vote RN. Sur place, la réalité apparaît contrastée. D'un côté, des commerces fermés et une friche en plein centre témoignent sans doute d'une décrépitude récente, mais un réel effort semble être fait pour revitaliser la ville, et la commerçante rue Gambetta, ou la place de la Mairie et du Théâtre, apparaissent plutôt agréables. Quand j'arrive, la neige se met à tomber, et je me dépêche de parcourir le court circuit proposé par l'Office de Tourisme local. Celui-ci m'emmène d'abord le long des fortifications de l'ancien Château : là aussi, l'endroit est en devenir, on peut juste deviner ledit château et son parc à travers les grilles, mais tout cela devrait devenir prochainement accessible. Autour de l'église, quelques maisons à pans de bois rappellent l'époque médiévale, mais ce n'est pas la profusion de la voisine troyenne ou de l'Alsace. Plus convaincante est la place Aristide Briand, sur laquelle se font face la mairie illuminée en bleu-blanc-rouge et le beau théâtre à l'italienne, ancienne Halle aux Blés.
Pour me protéger de la neige qui commence à sérieusement fouetter, je finis l'après-midi en intérieur, commençant par le musée de la ville. Rien à voir avec les imposants Musées des Beaux-Arts récemment visités à Amiens ou Orléans, c'est ici un petit musée municipal, un peu de bric et broc, et qui pourtant est fort intéressant, ancré qu'il est dans la culture locale. Deux collections attirent mon attention, d'abord celle des fontes haut-marnaises, qui m'apprennent que la région fut, et reste encore en partie, un haut lieu de la fonderie, où Hector Guimard fit faire nombre de ses œuvres, dont certaines ornent aujourd'hui encore le métro parisien. L'autre est la collection ornithologique d'un certain Jean-François Lescuyer, qui réunit 600 oiseaux naturalisés, issus de l'avifaune locale, et 3000 œufs, exposés dans de curieuses armoires en bois, dans une salle d'exposition assez étonnante. C'est aussi l'occasion de discuter avec le responsable de musée, très disponible et passionné par son précieux joujou.
L'autre havre contre la tempête est le nouveau lieu culturel appelé MUSE. Sa partie "immersive" présente des expositions numériques sur un thème donné, de larges images et films défilant sur deux écrans circulaires. C'est à la mode et "facile" à proposer, c'est vrai, mais l'expo du moment est consacrée à l'artiste tchèque Mucha, un des pionniers de l'Art Nouveau, dont j'apprécie les dessins, et je m'immerge avec plaisir une heure durant dans son œuvre, et dans les inspirations qu'elle a suscitées, par exemple dans la BD.
Sur la route de Saint-Dizier, la bonne vieille Nationale 4 que j'empruntais souvent à une époque pour rejoindre mon Alsace natale, se trouve la ville de Vitry-le-François, dont je me souviens pour avoir moult fois traversé son originale place carrée, sur la N4, sans jamais m'y arrêter. Cette fois, je vais y faire une escale à mi-journée, histoire d'en faire un rapide tour et d'y déjeuner. La vaste Place d'Armes en est bien sûr l'épicentre, avec l'imposante Collégiale surveillée par la mutine fontaine - statue représentant la Marne. Je parcours le plan orthogonal de la ville nouvelle de la Renaissance, fondée par François Ier, toujours lui, me permettant de jeter un œil : à l'Hôtel de Ville dans son parc ... François Ier, avec sur ses murs d'impressionnantes photos de 1945 montrant les énormes dégâts de la dernière guerre ; à la vaste Halle, reconstruite en béton après la guerre, mais ayant gardé son aspect originel ; ou encore la Porte du Pont à l'entrée nord de la ville.
Je déjeune à la Grande Brasserie, réputée localement, et qui vaut la pause-déjeuner que je m'y octroie, que ce soit pour son élégant décor Art Nouveau, comme pour sa cuisine classique de bon aloi (de roboratives pennes à la calabraise).
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