Chez Van Gogh à Amsterdam

Je quitte en fin de matinée Haarlem pour retourner à Paris le soir, ce qui me permet un stop prolongé à Amsterdam avant de reprendre mon Eurostar. Comme le plafond reste obstinément bas et gris, je continue mon circuit muséal, me tournant cette fois vers celui de Van Gogh dans la Plaine des Musées, juste à côté du fameux Rijksmuseum. Il faut réserver son entrée à l'avance, me voici à 15 heures pétante pour faire plus avant connaissance avec notre Vincent. Les Néerlandais lui ont construit un écrin pour lui seul, à la mesure de son talent, un gros bâtiment moderne sur 4 étages où l'on a tout loisir à admirer, sans trop craindre la foule qui se presse, ses œuvres. C'est la plus large collection au monde de ses toiles, 200 environ, léguées par son collectionneur de frère Theo, auquel on peut ajouter moult dessins et lettres. L'entrée est assez réussie, on plonge depuis le parvis vers un vaste atrium en contrebas, autour duquel s'articulent salles et services. Puis on entame la remontée, commençant à l'étage inférieur par sa période de jeunesse, aux Pays-Bas puisqu'il vécut quelque temps avec ses parents près de la frontière belge dans le nord Brabant. Ses premières œuvres reconnues datent de cette époque, et notamment ces Mangeurs de Pommes de Terre, dans un surprenant mode naturaliste, influencé par Milletoù les paysans-modèles ont des tronches qui tendent vers la caricature, dans le sens noble du terme, et où pointent déjà les prémisses du style inimitable qu'il va développer.




Puis on suit l'évolution de Van Gogh vers l'impressionnisme et son intégration dans la culture française, ses relations avec les autres peintres, ses démêlés avec son frère Theo (illustrés par leur correspondance), sa découverte de la lumière méditerranéenne à Arles et St-Rémy-de-Provence, jusqu'à ses derniers jours à Auvers-sur-Oise. C'est documenté, complet, bien présenté, très pro, même si cela manque peut-être d'un peu de fantaisie. Un hic cependant : toute la présentation est faite en bilingue néerlandais / anglais, soit, mais alors que l'essentiel de son travail est réalisé dans un environnement français, cela est complètement escamoté et aucune information sur ce contexte n'apparaît nulle part. Même les intitulés originaux de ses tableaux, en français, ne sont pas reportés, comme cela se fait habituellement, et directement traduits. Ou bien suis-je trop cocardier ?

Parmi les œuvres exposées, on trouve bien sûr ses "tubes", les Tournesols, la Chambre à Coucher, l'Autoportrait au chapeau, le Champ de Blé aux Corbeaux, un audioguide sur les oreilles pour mieux en saisir le contexte, la technique, les évolutions. En me rapprochant tout près des toiles, ce qui est ici permis, je peux saisir les couches de peinture appliquée, qui rend bien compte que le travail de Van Gogh est bien une œuvre en 3D, et non à plat comme on le pense en général. On déniche aussi ici et là des tableaux bien moins connus et tout aussi intéressants, grappillant des miettes supplémentaires au fil des salles. On trouve aussi des toiles d'autres artistes de l'époque (Gauguin, Toulouse-Lautrec, Valloton...), collectionnés par Theo et qui répondent aux couleurs de Vincent.

Avant de quitter le musée après deux riches heures de visite, j'ai juste le temps d'effleurer au pas de charge une exposition temporaire sur l'Impressionnisme Français (Monet, Degas, Pissarro...), qui rassemble tableaux, sculptures, dessins appartenant aux divers musées néerlandais.

Pour rejoindre à pied le musée depuis la gare, il y a une heure de marche pour m'imprégner de l'ambiance amstellodamoise. Les canaux au sud de la gare constituent l'endroit le plus connu de la capitale batave, autour du célèbre Quartier Rouge, et il faut bien avouer que ce n'est pas l'endroit le plus sympathique de la ville. C'est assez sale, plein de boutique à touristes, la faune qui y circule n'est pas toujours très classe, et l'on peut présumer que cela ne s'améliore pas le soir venu. Les panneaux qui avertissent un peu partout mettent vite l'ambiance : "ne pas boire d'alcool", "ne pas fumer de cannabis", "ne pas uriner" dans la rue. En m'y promenant, je me fais la réflexion que Amsterdam fait partie de ces grandes villes européennes envahies et dénaturées par un tourisme de masse dégradant, comme Lisbonne ou Barcelone, au grand désespoir de ses habitants.



Heureusement, plus loin, à l'approche du quartier des musées, les rues deviennent plus riantes, et réconcilient un peu avec Amsterdam, surtout le soir venu quand la ville s'habille de ses oripeaux lumineux à l'approche des fêtes de Noël. Au moment de revenir à la gare, une cohorte de véhicules de police, et même une police montée à cheval, surveille les alentours. C'est pour accompagner une poignée de supporters israéliens venus encourager leur équipe de Tel Aviv qui joue à l'Ajax le soir même. Tout se passe dans le calme et la bonne humeur, sous les chants des footeux, mais il n'en sera pas de même dans la soirée, puisque j'apprendrai le lendemain que de graves incidents ont eu lieu après le match.



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