Haarlem Globe-trotter


Mon "globe-trotting" de fin d'année m'amène dans les contrées du nord, en Hollande, profitant du TGV (ex-Thalys, maintenant Eurostar) qui relie Paris à Amsterdam en un peu plus de trois heures, via Bruxelles, Anvers, Rotterdam. A Amsterdam, je ne fais que changer de quai pour me rendre en une dizaine de minutes jusqu'à ma destination finale de Haarlem. Me voici, sous un soleil radieux qui ne durera pas malheureusement, dans le chef-lieu de la Hollande septentrionale, grosse ville de 200.000 habitants, mais qui a su garder une allure provinciale, loin du vrombissement des industrieuses Amsterdam et Rotterdam. Pour rejoindre mon appartement des deux nuits à venir, je passe par le parc Kenau, où se sont établies les plus belles maisons de la ville, avant de longer le canal du Leidsevaart, jusqu'au Grote Houtstraat, artère commerçante où se situe mon logis, un appartement sans originalité, mais bien situé.

Après avoir déposé mes affaires, je pars pour un premier tour de Haarlem, en longeant le réseau de canaux qui encercle le centre. De nombreux petits bateaux sont "garés" le long des berges, mais ils n'ont sans doute pas de rôle utilitaire, plutôt un but de loisir pour rejoindre la mer toute proche ou pour parcourir les innombrables canaux du pays. Au hasard des calmes rues, je passe dans la Groot Heiligland, celle du Musée Frans Hals, j'y reviendrai, et dans de multiples ruelles étroites, pavées, regorgeant de plantes en pots, voire d'arbres poussant à même la rue, et parcourues seulement par quelques piétons et cyclistes : les habitants ont la main verte à Haarlem !

Le lendemain matin, j'entreprends un second tour de la ville, cette fois davantage dans les ruelles de l'intérieur, en suivant avec application le plan fourni par l'office de tourisme la veille. Ici, une droguerie ancienne (Van der Pigge) a gardé son enseigne, un personnage oriental bleuté, bouche grande ouverte, qui vous invitant à pénétrer dans son magnifique magasin resté dans son jus d'il y a une centaine d'années. Plus loin, c'est un fleuriste qui a investi un investi une maison en briques orangées aux élégantes courbes Art Déco. Chaque maison rappelle fièrement au-dessus de sa porte son année de naissance, souvent au cours du XIXème siècle. Devant trône presque toujours un banc qui doit accueillir les propriétaires qui souhaitent prendre l'air devant leur pas de porte. Des hauts reliefs colorés, un peu kitsch, viennent parfois égayer la brique d'une façade.

Même si le style est un peu austère, j'aime bien l'ambiance de ces villes moyennes hollandaises, leurs petites maisons à pignon de style flamand, leurs ruelles bucoliques, la circulation quasi exclusive de vélos, nombreux et un peu plus disciplinés que chez nous. Voilà qui me donne envie d'un voyage au plus long cours en remontant la côte le long de la Mer du Nord.

La grisaille s'est installée sur la ville, c'est le bon moment pour les deux musées les plus réputés de la ville. D'abord celui de Frans Hals, LE peintre de Haarlem, qui a installé ses quartiers dans un magnifique ensemble, un hospice où Hals finit ses jours. La visite vaut autant pour ce cadre que pour les œuvres d'ailleurs. Si au départ je ne suis pas un grand amateur de peinture flamande, je découvre, par le truchement de mon audioguide notamment, un artiste dont le classicisme n'est qu'apparent. En se rapprochant des tableaux, on découvre quasiment un précurseur de l'impressionnisme, avec des traits de pinceaux juxtaposés de teintes variables, qui viennent créer une impression aboutissant pourtant à des peintures d'apparence conventionnelle. Le clou en est l'ensemble des huit larges portraits de la Garde Civique, des citoyens engagés de la ville, dans des poses où ils semblent chacun avoir été saisi dans une action précise et spécifique, regardant et agissant de manière naturelle : une découverte que ce Frans Hals. Il partage les lieux avec d'autres grands Flamands, (j'y retrouve une toile de Pieter Claesz que je connais bien pour l'avoir vue dans ... une BD de Valérian !), mais aussi avec des peintres plus modernes, et même une maison de poupée qui présente de manière incroyablement fine l'intérieur et la vie d'une maison bourgeoise de Haarlem.

L'autre musée, Teylers, est très différent. C'est le plus ancien des Pays-Bas, et il rassemble une collection hétéroclite d'inventions et de fossiles, de pièces de monnaie et de tableaux. C'est plutôt là encore le cadre qui vaut d'abord la visite, la présentation à l'ancienne dans de fort belles et désuètes vitrines en bois, et puis la salle ovale, sous une verrière, avec sur la coursive du haut de grandes portes ouvrant sur des ouvrages anciens. Je m'intéresse aussi à une exposition qui propose un aller-retour entre l'Egypte du XIXème, peinte par un artiste local qui la parcourut plusieurs années durant, et l'Egypte moderne, bien différente. En tout cas le parallèle est très bien mis en scène, dans un décor sombre, rougeoyant, un peu étouffant.

Je reviens sur la Grand Place, le cœur battant de Haarlem, avec ses nombreux restaurants et cafés, le joli Hôtel de Ville caché derrière un porche, avec ses cours et jardins, et bien sûr l'église de Saint-Bavon, qui en marque le milieu. Tandis que j'y entre, les grands orgues, sur lesquelles Mozart joua en son temps, font résonner leurs puissants tuyaux. Dans le chœur se trouve la pierre tombe de Frans Hals, tandis que le plus ancien coffre-fort de la ville fait encore appel aux dons des visiteurs, et que plusieurs modèles de bateaux, offerts par les bateliers, se balancent au-dessus de nos têtes.


Le soir venu, les rues et les canaux s'éclairent dans un jeu de lumières saisissant avec reflet dans canaux et rivières, d'autant que les décorations de Noël sont déjà de sortie en cette mi-novembre. La balade nocturne est vraiment un must, et je m'en délecte les mirettes.

En repartant le dernier matin, je fais un détour le long du Binnen Spaarne, la principale rivière qui traverse Haarlem à l'est. S'y trouvent la seule porte restante de la ville, celle d'Amsterdam, ainsi que le dernier moulin à vent, De Adriaan, converti en musée, donnant sur la rivière et le pont Catherine. Mais le plus intéressant est sans doute l'ancienne prison de Koepel. On la voit de loin avec son dôme et ses hauts murs, et l'on est curieux de voir à l'intérieur comment elle a été convertie. Eh bien c'est réussi, le vaste dôme est percé de fenêtres qui éclairent la partie centrale, autour de laquelle se développe des coursives ouvrant sur des bureaux, auxquelles on accède par un colimaçon. En bas, un café-restaurant permet de se restaurer, et en descendant encore d'un cran, l'on rejoint au sous-sol le cinéma qui s'y est fait sa place. La prison est devenue un endroit plutôt branché où l'on peut travailler ou se distraire. Il reste cependant quelques portes et cellules où se rendre compte de ce qu'était la prison du temps de sa "splendeur". Autre endroit reconverti, l'église Janskerk, devenu une Annexe de la mairie, et qui propose dans ce très beau cadre un petit musée et des expos, ces temps-ci sur deux institutions de la ville, l'imprimeur Enschedé (l'inventeur du métier selon les Néerlandais) et la salle punk-rock Patronaat.

Pour finir la rubrique restauration, sur laquelle il n'y a pas à s'extasier, la Hollande n'était pas réputée pour sa gastronomie. Je commence le premier midi par la brasserie de l'église de Jopen. Celle-ci a investi une ancienne église pour y installer ses cuves en cuivre et y brasser ses bières. Je teste ma volée de bières, très correctes, dont je complète l'étude en en achetant quelques autres au supermarché voisin Albert Hejn, que j'accompagne de croquettes et de "bitterball". Le lendemain, je fais dans le végétarien chez Lima, c'est simple et bon, avec un verre de vin blanc bio pour accompagner, servi par un jeune serveur français, décidément l'origine France est toujours un plus dans les restos partout dans le monde.


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