Saline et Salins

Cette année, c'est notre dixième rituel de randonnée en duo avec ma sœur, et ce sera le massif du Jura que nous parcourrons, le dernier des grands massifs français après avoir "fait" Pyrénées, Alpes, Vosges et Massif Central l'an passé. En fait, nous ne ferons qu'effleurer le Jura, nous contentant de ses contreforts, entre Dôle et Lons-le-Saunier, le long du GR55. Mon TGV m'amène à la gare de Dôle, où m'attendent ma sœur et sa Kangoo. Dôle est désert en ce dimanche soir, et nous avons du mal à dénicher une honnête pizzeria pour nous sustenter. Puis nous regagnons Arc-et-Senans, point de départ le lendemain de notre rando de la semaine. J'y ai réservé un hôtel confortable, sans me douter que celui-ci serait situé à l'intérieur même de la fameuse Saline d'Arc. Nous voici devant la monumentale porte à colonnades de la Saline, presque intimidés d'appuyer sur une sonnette pour nous la faire ouvrir. Sobrement éclairé, le demi-cercle de pierre blanche s'offre à nous, tandis que nous rejoignons l'un des bâtiments qui y sert d'hôtel. L'endroit, quasi-désert, est magique. Après avoir laissé nos affaires dans notre chambre en mezzanine, nous mettons nos frontales pour aller explorer la saline "by night", commençant par les jardins baignés de lumières bleues ou vertes dans une atmosphère psychédélique. La saline royale fut construite sous la houlette de l'architecte Ledoux et sous l'impulsion de Louis XV, dans les années 1770. Elle servait à fabriquer du sel, l'or blanc de la région. Onze bâtiments traitaient les eaux salées venues de Salins, servant à fabriquer le sel bien entendu, mais aussi au logement des ouvriers, à l'administration ou au gardiennage, dans un parfait demi-cercle orienté est/ouest. Après une centaine d'années de fonctionnement, sans jamais atteindre l'efficacité attendue, elle ferma ses portes et fut abandonnée, pillée, incendiée. Puis elle renaquit au XXème siècle en devenant un patrimoine industriel estampillé UNESCO.

Le lendemain matin, après avoir petit-déjeuné dans un autre bâtiment, à côté du personnel d'une société qui a choisi un bien bel endroit pour son séminaire d'entreprise, nous jetons un dernier œil aux bossages et avant-corps, colonnes et serliennes, frontons et toitures, qui constituent l'architecture reconnaissable entre toutes, sans oublier quelques personnages plus récents, de pierre ou de bois, qui veillent sur les visiteurs.

Mais il est temps d'entamer vraiment notre semaine de marche. Un beau soleil nous fait l'honneur de sa présence dès le départ, et nous accompagnera pendant toute la semaine : comme chaque année ou presque, nous sommes décidément vernis avec la météo. Après avoir longé la route, nous quittons le Doubs et longeons la rivière Loue qui sert de frontière naturelle avec le département du Jura. Port-Lesney est le premier village que nous traversons, dont le citoyen la plus connu est sûrement Edgar Faure, ancien président de l'Assemblée Nationale, qui en fut le maire durant quarante ans. Le bistro du lieu ne daigne pas nous servir le café que nous espérions, et nous admirons le pont métallique voisin en bow-string (à corde d'archet), que flanque l'ancien pont en pierre du XVème, dont il ne subsiste qu'une arche, pont détruit en 1951 car générateur de crues de par sa conception.


Nous poursuivons, toujours longeant la Loue, jusqu'à Rennes-sur-Loue, sis à côté d'une retenue où coule une eau transparente dans laquelle s'égaillent moult poissons, et déjeunons sur une table à côté de la rivière. De là, le chemin boisé nous emmène jusqu'à notre destination de Salins-les-Bains, où nous arrivons tôt, dès le début de l'après-midi.

Une fois nos sacs déposés dans un hôtel banal du centre ville (Charles Sander), nous entreprenons la visite des lieux, qui vient compléter celle de la saline le matin. En effet, c'est bien de Salins que partaient les eaux salées, via un saumoduc, vers Arc. Et une partie seulement était traitée dans la Saline Royale, Salins continuant d'assurer l'essentiel de la production de sel. Si l'usine de Salins n'a pas la grandeur de celle de sa voisine doubiste, sa visite en dit bien plus sur l'histoire du sel dans le Jura. Parcourir les 165 mètres de galerie voûtée, est une expérience sous-terraine qui vaut le détour, où l'on peut admirer dans une ambiance humide et une lumière orangée, la roue à augets, qui fonctionne encore, mue par l'eau de la Furieuse voisine, qui entraîne un balancier puisant l'eau saline des profondeurs. Le Musée du Sel dans l'ancien bâtiment d'évaporation complète la visite en présentant les lieux où le sel était récolté, par des ouvriers travaillant dans des conditions difficiles, chaleur humide et sel corrosif, comme les témoignages recueillis le prouvent.

Pour finir la journée, rien de mieux qu'un bon restaurant : notre chemin nous menant de ville en ville, dans une contrée réputée pour sa bonne chère (et ses vins), nous nous régalerons durant la semaine, compensant allégrement le soir les calories dépensées durant la journée. A Salins, nous dînons dans le joli restaurant Sensso du Casino voisin, décor moderne et cuisine sophistiquée (poulpe et veau, crémant et savagnin), à côté d'un large troupeau de Suisses Allemands en vadrouille, pas trop bruyants heureusement.


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