Sur les Planches d'Arbois

Depuis Salins, nous commençons par longer la Furieuse, bien calme petite rivière qui traverse la ville, longe la saline, et n'a de furieux que le nom, avant de grimper vers le Fort Saint-André, l'un des deux forts, avec le fort Belin juste en face (demeure privée). Ce fort, d'origine médiévale, fut reconstruit dès 1674 par l'inévitable Vauban, et domine l'ouest de Salins à une altitude de 604 m. Il joua un rôle important en 1870, retardant l'avancée de l'armée prussienne dans la vallée en-dessous. Après une bonne grimpette, on arrive à un fort moderne, désormais privatisé pour des événements tels que mariages, réceptions, séminaires, également flanqué d'un parc Aventures, avec ses désormais rituels parcours d'accrobranches.

Nous poursuivons jusqu'au village de Prétin sur La Vache (rivière), pour remonter au pied du Mont Begon. On longe ensuite la voie ferrée sur une longue portion un peu monotone, le long de laquelle nous ne dénichons aucun endroit pour nous arrêter déjeuner. Nous poursuivons, l'estomac dans les talons, jusqu'au coquet et cossu village vigneron de Montigny-les-Arsures, capitale du cépage Trousseau paraît-il, où nous sommes récompensés de notre persévérance par une jolie table en bois dans l'herbe, sous un arbre, où nous pouvons nous sustenter et même siester. Il ne nous reste plus qu'une bonne heure pour rejoindre notre destination d'Arbois. Après la réglementaire dose de bière locale pour nous récompenser de notre effort, sur la Place de la Liberté au cœur d'Arbois, nous rejoignons notre confortable Hôtel des Caudalies un peu plus haut, passant devant la maison de Louis Pasteur, natif de la ville. Après une brève pause, nous renfilons nos chaussures, nous débarrassant du sac à dos, et refaisons un bon circuit dans Arbois, le long de la Cuisance par le chemin de la Platière, jusqu'à l'Eglise Saint-Just émergeant des vignes (bien sûr), avant d'arpenter les vieux quartiers, toujours sur la Cuisance dans laquelle se reflètent un pont en pierre, quelques vénérables maisons de vignerons ou la Tour de la Gloriette. Revenant à la place centrale, nous dînons très correctement au restaurant l'Escale sous les arcades.

Le lendemain, nous profitons du trajet du GR qui fait une large boucle pour aller explorer la Reculée des Planches avant de repasser juste à côté d'Arbois : nous laissons nos sacs à l'hôtel et profitons d'une journée quasi complète sans nos dix kilos réglementaires sur nos épaules. Le temps est désespérément radieux, le chemin sinue au travers du vignoble avant de monter sur les hauteurs de la reculée, dominant la vallée. Puis nous redescendons vers les Planches-près-Arbois, où nous retrouvons un peu de monde, venu explorer le fond de l'ancienne vallée glaciaire. Nous poussons jusqu'à la Cascade des Tufs, à l'extrémité du Cirque du Fer à Cheval, là où la Cuisance prend sa source. L'endroit est magnifique, baignant dans un végétation luxuriante aux élégants dégradés de vert, où l'onde de la source ressort par des cavités creusées dans le tuf, cette roche calcaire sédimentaire, dans des bassins à l'eau cristalline. Que nous devons partager avec de jeunes routards se prenant en photo, ou un couple qui a amené sa bouteille de champagne pour trinquer devant la cascade ! Nous retournons au charmant village des Planches, ainsi nommé parce que des planches y étaient jetées sur la Cuisance pour la traverser, flanquée de sa croquignolette église de la Nativitépour notre traditionnel pique-nique.

Nous grimpons à nouveau les 245 mètres de dénivelé, la plus haute falaise du Jura, pour repasser du fond de la reculée à son sommet, et jouir de la vue sur toute la vallée jusqu'à Arbois. Le sentier continue dans la forêt, les arbres couverts de lichen filtrant la lumière solaire dans de nouvelles nuances de vert, nous faisant passer devant un majestueux foyard, "Hêtre Président" élu Roi de la Forêt par les habitants, 40 mètres de haut pour 3,60 mètres de tour de taille, lui-même posé sur une "Allée de Rome", nommée ainsi en hommage au fils de Napoléon en 1811.

Notre tour de la Reculée se termine en redescendant vers Arbois, pour y récupérer nos sacs, malgré les récriminations de nos épaules trop heureuses d'avoir pu se reposer toute une journée, et repartir pour une dernière ligne droite jusqu'au village voisin de Pupillin. Nous faisons étape à la jolie Chambre d'Hôtes des Prunelles, cordialement accueillis par Stéphanie dans sa belle maison, où nous logeons dans une coquette chambre "Boisée", toute en bois bien entendu. Elle vient d'acquérir cet endroit, et nous narre ses débuts d'hôtesse en pays d'Arbois lors d'un petit déjeuner roboratif. Avant cela, le soir, nous dînons dans la gastronomique Auberge du Grapiot, dans un cadre moderne un peu surprenant, mais avec une cuisine inventive, délicieuse, joliment présentée.



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