Newport mansions

La dernière étape de notre périple est-américain nous emmène dans le plus petit état américain de Rhode Island, et dans son lieu le plus connu, le port de Newport. Nous avons, difficilement, et en y mettant le prix, trouvé un Bed & Breakfast (Armitage B&B) non loin du centre, où nous atterrissons après un court voyage depuis Cape Cod. Le propriétaire, charmant et disert, nous accueille dans sa maison à l'allure de musée, nous détaillant tout ce qu'il y a voir à Newport, ou dans quels endroits aller manger. Le plus étonnant est sa cuisine, aménagée en musée ... de la carotte, puisque son épouse, que nous ne verrons pas, est une fan absolue du légume et de sa couleur. D'où découle une invraisemblable et kitschissime accumulation d'objets de tous genres, pots et bols, peluches et tableaux, tissus et gadgets, la coupe est pleine ... de carottes. Le breakfast est copieux, avec un service en trois parties, tout fait maison, des fruits frais coupés aux gaufres ou œufs brouillés, très bon, et qui nous cale pour la journée. C'est aussi comme souvent dans ce genre d'endroit l'occasion de converser avec des Américains de passage, toujours diserts et cordiaux, ici une famille bourgeoise du Massachussetts venue en voisin, là un pilote de ligne et sa femme venant de Floride, le haut du panier quoi ...

La principale attraction de Newport est la prolifération de "mansions", ces manoirs édifiés au tournant du XXème siècle, splendides demeures qui s'alignent le long de Bellevue Avenue notamment, bâties par de riches capitaines d'industrie il y a plus de cent ans. Neuf d'entre eux, les plus réputés, sont administrés par un organisme qui permet de les visiter, tandis que quelques dizaines d'autres, privés, ont essaimé un peu partout sur les terrains au sud de la ville. Nous jetons notre dévolu sur trois de ces manoirs, Château-sur-Mer (en français dans le texte), The Elms (les Ormes) et The Breakers. La visite se fait grâce à une application téléchargée, qui nous fournit, via le téléphone portable, des informations sur chaque salle ou objet, le tout en français, bien pratique. Nous commençons par le manoir The Elms, qui s'avèrera le plus intéressant à notre avis. Il est inspiré du château d'Asnières, fut construit par le magnat du charbon américain, Edward Berwind, et inauguré en 1901. L'intérieur est comme de bien entendu richement meublé, avec une mention spéciale à la salle de bal au parquet étincelant, et à la cuisine aux récipients en cuivre non moins étincelants. Le jardin à la française, avec étables et remise à voitures, est aussi magnifique, même si les ormes malades ont été remplacés par des saules pleureurs. Château-sur-Mer est plus massif, plus sombre, avec des tentures dans les tons des rouges, et une verrière ouvrant sur un patio encadré de coursives en bois blond. Le dernier, The Breakers, est le plus visité de Newport : ce fut la demeure de Cornelius Vanderbilt, qui mit les moyens pour faire encore plus extravagant que les autres manoirs, comme en témoigne la Grande Salle, une débauche de colonnes, de corniches, de marbre, n'en jetez plus. On remarque aussi l'imposant escalier et la loggia qui offre une vue imprenable sur l'océan. Dans la cuisine, à l'époque dirigée par un chef français bien entendu, un menu tout en français rappelle que le chic du chic était bien ce qui venait de notre hexagone.



A côté de la visite des manoirs, la promenade le long de l'océan, la Cliff Walk, est l'autre "highlight" de Newport, ce sentier côtier permettant, une fois n'est pas coutume, de longer la côte rocheuse sur 6 kilomètres, avec la mer d'un côté, les jardins et riches demeures de l'autre, jusqu'à la partie sud de la presqu'île.

Le port de Newport offre une toute autre ambiance que le quartier tranquille des manoirs, une foule endimanché s'y presse, notamment le samedi soir, prenant d'assaut les dispendieux restaurants de fruits de mer qui donne sur les jetées où les yachts se sont donnés rendez-vous. Je suis davantage intéressé par le Club de Tennis, aux verts courts en gazon, où se tient chaque année un grand tournoi de l'ATP (gagné cette année par le Français Mannarino), et où un quatuor d'amateurs d'un âge respectable et tout de blanc vêtu s'offre en spectacle aux curieux.

S'écartant un peu du rivage, l'on va se promener dans le Newport historique, aux nobles maisons datant des XVIIe et XVIIIe siècles, bien plus calme que le port grouillant non loin de là, et ponctué par une église, un marché en briques, une synagogue même, et les demeures des notables de l'époque. Un des habitants, nous voyant admirer sa maison, entame derechef la conversation avec nous. Plus au nord, Easton's Point est un autre quartier ancien, plus modeste et plus tranquille encore, avec de belles maisons en bois bien retapées.

Nous finissons notre dernière journée américaine en parcourant en voiture l'Ocean Drive, qui fait tout le tour de la grande presqu'île, plus sauvage une fois que l'on a quitté le "lotissement" des manoirs. On s'arrête ainsi aux deux "State Parks" (Brenton Point et Fort Adams) sur notre route circulaire, pas trop longtemps, car le temps est gris et frais, le vent souffle et la pluie menace. Il est temps de terminer nos vacances semble-t-il.

Un mot pour finir sur nos sorties alimentaires, à défaut d'être vraiment gastronomiques, sur les conseils de notre hôte du B&B. Un bar animé et bruyant du vieux Newport, Pour Judgement, où la salade est sucrée, ah ces Amerlots. Le lendemain, l'American Bistro, précédé d'une réputation flatteuse, s'avère également décevant avec du poisson mal cuit et des sauces sans caractère. Finalement, nous mangerons plus simplement et mieux au snack de la plage d'Easton, sur des tables extérieures en bois, de "lobster rolls" généreusement servis, la langouste américaine toujours à son top.



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