Du Baume pour des Porsche
Nous repartons de Pupillin pour la quatrième étape de notre périple de septembre 2023. Notre premier arrêt se situe à 300 mètres à peine de notre point de départ, car nous faisons un stop dans la maison du vigneron Désiré Petit pour quelques emplettes viniques, que nous n'emporterons cependant pas dans nos sacs à dos, les faisant livrer à notre chambre d'hôtes où ma sœur les récupérera après notre randonnée. Pas de dégustation en guise de petit déjeuner, car nous connaissons un peu les crus locaux, ayant eu l'occasion de faire plusieurs essais œnologiques au cours de nos dîners jurassiens. Ayant apprécié le savagnin, pour son si caractéristique arôme de noisette (on aime, ou pas, j'adore !), ainsi qu'un judicieux assemblage de chardonnay et savagnin, plus facile à marier avec des plats, ce sont ces deux vins qui viendront compléter nos caves de Barr et de Neuilly-Plaisance.
Après Pupillin, nouvelle grimpette pour rejoindre la Grande Corniche surplombant la route qui rejoint la capitale du comté, Poligny, que nous apprécions d'abord d'en haut avant d'y descendre pour notre halte méridienne. Au passage, nous passons devant quelques gros rochers aux noms évocateurs comme la Roche du Pénitent ou le Trou de la Lune. Nous avons une journée chargée et ne prendrons pas le temps de faire un tour à l'Apothicairerie de la ville (dommage) ou à sa collégiale Saint-Hippolyte. Nous nous contentons de prendre une boisson sur la place centrale, suivant avec intérêt le défilé de jeunes élèves de l'importante Ecole Hôtelière locale, et leurs tenues, strictes (de travail) ou décontractées. Avant d'aller manger rapidos un sandwich sur un banc, faute de trouver un endroit plus sympathique pour se poser.
Nous repartons de plus belle avec une nouvelle montée vers la Croix du Dan. Nous continuons dans la campagne par le village de Plasne, où nous sommes ébahis de voir émerger à l'horizon un massif tout de blanc vêtu, qui s'avère être après vérification celui du Mont Blanc, parfaitement visible à près de 200 kms de distance. Une dernière ascension après le hameau des Bordes nous emmène via le Bois Touiller jusqu'à notre destination de Passenans, encore un village vinicole, un peu endormi, que nous dépassons pour arriver au Domaine du Revermont, établissement assez chic au milieu des vignes ... et des Porsche. En effet, notre "Porscherie" (sic) accueille ce soir-là un rallye de propriétaires de Porsche 911 - j'en compterai une vingtaine -, des propriétaires plutôt aisés qui discutent bruyamment, à l'apéritif et au restaurant, des caractéristiques de leurs moteurs respectifs et des difficultés de la vie. Nous devons leur apparaître comme des bouseux avec nos godillots aux pieds et nos gros sacs à dos ! Le dîner le soir est un peu décevant, avec un service amateur, mais l'endroit est confortable, la vue sur la campagne depuis la terrasse bien agréable, et nous finissons la soirée par une partie de billard où ma compagne de marche s'avère plus adroite que moi.
Nous abandonnons sans trop de regrets nos automateurs fortunés pour continuer à battre la campagne plein sud, passant devant l'élégant château privé de Frontenay, puis dans les bois jusqu'à Menétru-le-Vignoble, avant de longer la corniche sur laquelle trône un peu plus loin le superbe village de Château-Chalon. Nous l'avions parcouru avec mon épouse en août il y a 9 ans, noyé dans un épais brouillard, et je ne le découvre donc vraiment qu'aujourd'hui. Nous prenons le temps de bien le parcourir, la belle et sobre église romane de Saint-Pierre, le belvédère de La Rochette avec la vallée en-dessous de nous, la mignonne école d'autrefois, restée dans son jus d'il y a un siècle, ou encore la vue depuis le point Saint-Jean au travers d'un cadre de tableau, pour une peinture-cliché qui fait son petit effet. Une fois n'est pas coutume, nous laissons tomber les sandwichs pour une bonne salade dans un charmant petit restaurant donnant sur la place de l'Eglise, le Café des Seize Quartiers, un havre de paix avec ses petites tables sous les arbres.
L'échappée nous promène jusqu'à Blois-sur-Seille (sieste !), puis un raidillon nous amène au Chaumois Boivin, où un artiste du cru s'est joliment amusé à détourner des panneaux de signalisation avec des activités incongrues. On y trouve aussi un "téléphérique à lait", autrefois utilisé pour descendre dans la vallée le lait produit dans les pâturages du Chaumois. Il ne nous reste plus qu'à rejoindre Grange-les-Baumes, où se situe notre rustique bistrot-dortoir du Goût des Autres.
Nous sommes arrivés assez tôt pour avoir du temps et repartir explorer Baume dans la reculée, encore une, en-dessous du logis d'un soir. Notre logeuse nous avertit qu'il faut une heure et demie pour faire l'aller-retour par le raide sentier et ses deux cents mètres de dénivelé. Qu'à cela ne tienne, débarrassés de notre charge, il ne nous en faut que la moitié pour ce faire. Notre objectif premier est l'Abbaye Impériale de Baume-les-Messieurs, célébrée par guides et brochures. Mais nous sommes un peu déçus par celle-ci : l'église abbatiale est certes imposante, mais le reste des lieux nous laisse sur notre faim. Pas de cloître, des bâtiments reconvertis dans diverses activités, administratives ou touristiques (boutique, restaurant), et rien d'autre à visiter, même si l'enchainement des cours garde de l'allure. Nous avons encore le temps de faire le tour du village, aux multiples commerces et artisans, sur lequel veillent les impressionnantes falaises blanches de la reculée.
De retour dans notre gîte, nous dînons sous le patronage de tenancière, rude et sympathique, d'un poulet à la lavande et d'un crumble. C'est l'occasion aussi de partager nos expériences d'échappés jurassiens avec deux dames d'un certain âge (donc le nôtre ...), qui font le même parcours que nous, mais en prenant une journée de plus, quand même !
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