Dans le vignoble de Martha

Un séjour à Cape Cod ne peut s'envisager qu'avec une virée sur l'une de ses îles méridionales, Nantucket ou Martha's Vineyard. Nous laissons de côté Nantucket, trop petite et très courue, et donc risquant d'être bondée, pour nous consacrer à Martha's Vineyard, alias le Vignoble de Martha. Pourquoi ce nom ? Parce que l'explorateur anglais Gosnold, qui la découvrit en 1602 couverte de raisins sauvages, lui aurait donné le nom de sa fille. Il n'y a aujourd'hui plus de vignes sur l'île, et vous pouvez oublier vos espoirs de dégustation de vin local. Nous rejoignons dans la matinée le port de Falmouth, sur l'embarcadère pour l'île. Nous ne sommes pas seuls sur le bateau, des groupes de personnes âgées font la queue pour y monter, me rappelant que moi aussi je fais désormais partie de ce troisième âge, même mon état général me semble encore légèrement meilleur. Une courte traversée d'une petite heure et nous abordons le port de Oak Bluffs : rien de bien particulier, une plage et un port abrité, des commerces balnéaires très classiques. Il faut s'écarter un peu du bord pour découvrir un lieu étonnant, la "Cottage City". Dans une petite rue qui monte légèrement, l'on découvre une enfilade de petits cottages en bois à deux étages, peints de couleurs vives ou pastel, et décorées de multiples objets, tels phares ou silhouettes, sans oublier les inévitables rocking-chairs. Curieusement, la plupart de ces cahutes semblent habitées par des Noirs, visiblement pas spécialement fortunés, à cent lieues des Blancs aisés venus pour le week-end que l'on pourrait s'attendre à trouver ici. Ces cottages, plusieurs centaines au total, sont partout sur la petite colline au sommet de laquelle trône l'endroit autour duquel elles semblent se presser, le Tabernacle, une halle en fer, couverte et ouverte, construite par l'Eglise Méthodiste pour y célébrer messes et cérémonies à la fin du XIXème siècle. En visitant un petit musée qui a aussi l'avantage de nous faire voir le modeste intérieur d'un cottage standard, on découvre l'histoire de cet étonnant endroit. Les premiers Afro-Américains, esclaves, travaillaient ici dans les années 1600, pour servir les propriétaires, puis s'installèrent autour de leur église, créant cette multitude de petits cottages. Plus tard, au XXème siècle, c'est la bourgeoisie noire de New York et Boston notamment, qui acheta là, sur un des seuls lieux de Cape Cod où ils pouvaient se rendre (belle époque !). En parallèle, l'Eglise Méthodiste institua en cet endroit un camp sur Trinity Park, autour du tabernacle, d'abord de tentes, qui furent progressivement remplacées par ces fameux cottages. L'endroit est vraiment étonnant, unique, et l'on se promène le nez en l'air, pour saturer ses rétines d'impressions colorées d'une amplitude couvrant tout le spectre visible.


Après un quick lunch dans un café sur le port, nous louons deux vélos pour aller parcourir la partie est de l'île, longeant la plage et la mer, puis un grand étang salé, jusqu'à la petite ville d'Edgartown. Changement de décor, plus d'Afro-Américains, tout est très blanc, y compris les luxueuses et vastes maisons qui font face à la mer. Nous parcourons le front de mer jusqu'au phare et sa plage, en face du Port, qui rappelle par ses "demeures de capitaines" qu'il fut autrefois un grand centre de pêche à la baleine. On apprend au passage que la ville servit de lieu de tournage pour le film "les Dents de la Mer" et son port d'Amity. Aujourd'hui, c'est un endroit discret et prospère, où les adeptes de la voile jettent l'ancre en été.

Nous continuons vers le sud pour rejoindre la grande plage de Katama, passant devant une harde de dindes sauvages baguenaudant au bord de la route, avant de remonter plein nord jusqu'à Vineyard Haven, par une route passante et grimpante - l'île n'est pas tout à fait plate - guère agréable, d'autant que nous devons hâter l'allure pour ne pas louper le dernier ferry. De Vineyard Haven, le chemin qui passe par un grand pont fermant la baie de Lagoon Pond est heureusement plus agréable pour rejoindre Oak Bluffs. Nous rendons nos vélos, jetons un dernier œil à l'originale statue d'une famille en tubes métalliques, affublée de l'inévitable Stars and Stripes, et au beau terminal de bois teinté d'un jaune vespéral, avant d'embarquer et de profiter depuis le bateau d'un énième coucher de soleil, le temps étant devenu définitivement ensoleillé depuis une semaine.







Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tassili n'Ajjer, minéral et humain

Ma géographie NBA

De pied en caps à Majorque