Paris canaux

Ma seconde balade thématique parisienne me voit longer les canaux de la capitale, dans sa portion nord-est. Celle-ci commence à Pantin, sur le canal de l'Ourcq, avant que celui-ci ne s'engage dans le 19ème arrondissement. Le Bistro les Grands Moulins, où je fais une pause café avant d'entamer réellement ma promenade, rappelle que les Grands Moulins de Pantin furent construits là à la fin du XIXème siècle, pour approvisionner Paris en farine, jouant ce rôle jusqu'en 2001, quand la meunerie est rachetée par la BNP pour y créer un ensemble de bureaux. Il faut dire que cet ensemble a de l'allure, trois des tours et d'autres bâtiments avec de grandes toitures à pans brisés se reflètent désormais dans l'eau du canal, et l'endroit, avec ses quais et quelques troquets, a bien changé, gentrifié comme souvent aux portes de Paris. le plus marquant étant sans doute le portique qui survole les quais et empiète sur le canal. L'on passe ensuite sous le pont du canal, sur lequel passe le tramway et sous lequel vivent quelques "quechuas" sous leurs tentes, puis devant le Jardin 21, friche végétale qui accueille en été des activités diverses, jardins maraîchers, biergarten, concerts, un endroit sympa qui donne envie d'y passer plus de temps. Pour enfin passer sous le périf, rejoindre Paris et la Parc de La Villette.


La première passerelle me fait traverser le canal, qui file plein sud vers la Seine, jusqu'à une des constructions rouge vif appelées Folies. Il y en a 26 dans le Parc, imaginées par Bernard Tschumi, l'architecte de la Villette, et qui déclinent diverses formes à partir d'un cube unique, censées rappeler les constructions ludiques des jardins royaux d'antan. En face, la Géode semi-enterrée brille sous le soleil hivernal, mais fermée depuis plusieurs années pour réfection, ne permet plus de voir ces projections impressionnantes en 360° dont je me régalais il y a des lustres.


Après l'embranchement du Canal de Saint-Denis, qui oblique vers le nord-ouest jusqu'au cœur du 9-3, le quai de la Marne enfile troquets et restos pour rejoindre l'unique pont levant restant de Paris, celui de la rue de Crimée, qui peut se surélever au passage des bateaux, le long d'un rail vertical. Il est encadré de 2 grands hangars reconvertis, microbrasserie d'un côté (Paname Brewing, il faudra que je teste), centre commercial et restos de l'autre. Tandis que sur les piles des ponts et le flanc des péniches jaillissent de dynamiques dessins colorés.

Puis l'agréable promenade Florence Arthaud nous emmène le long du premier Bassin de la Villette, plus large, passant devant les péniches Adelaïde ou Antipode, qui offrent des spectacles et rafraichissements sur l'eau, puis le cinéma MK2, joliment décoré de répliques célèbres des films français d'antan (t'as de beaux yeux, tu sais, etc...). J'arrive ainsi à la place de Stalingrad tout au bout, et sa Rotonde aux restos branchés.

L'on quitte ensuite La Villette pour attaquer le Canal Saint-Martin, la partie historique de l'ensemble "canalier", par le quai de Valmy. A partir de là, cinq écluses, dont quatre sont doubles, et deux ponts tournants vont s'enchaîner pour compenser les 25 mètres de dénivelé et rejoindre la Seine. Au niveau du square des Récollets, le canal se coude pour repiquer vers l'est, en même temps qu'il offre deux de ses emblèmes les plus connus, la passerelle Bichat qui l'enjambe élégamment pour rallier l'Hôtel du Nord, célébré dans le film éponyme par Marcel Carné« Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » gouaillait Arletty. Pourtant, ce n'est pas au bord du canal que fut tourné le film, mais dans l'hôtel reconstitué par Trauner dans les Studios de Boulogne-Billancourt. La balade continue au fil de l'eau, rythmée par les gargouillis aqueux des écluses, les passerelles qui jouent à saute-canal, les dessins muraux sur les pignons, les élégantes portes d'entrée de quelques immeubles bourgeois, et même un saxophoniste qui pratique au-dessus de l'onde.

Après un stop-déjeuner à la Bonne Bière, resto sympa au nom prédestiné pour le zythophile invétéré que je prétend être, je continue de suivre "mon" canal. A partir du Boulevard Jules Ferry, le canal est enterré et disparaît sous le jardin public posé au milieu du boulevard. On continue de marcher, non plus à côté, mais au-dessus de lui, sa présence restant visible par les oculi de ventilation qui percent à intervalles réguliers. On passe devant le Bataclan, où une stèle discrète rappelle les noms des 90 victimes du terrorisme aveugle en 2015. Puis le canal continue sous la place de la Bastille pour réapparaître au niveau de sa dernière section, celle du Port de l'Arsenal. C'est désormais un port de plaisance qui offre près de 200 anneaux aux marins d'eau douce parisiens, lesquels n'ont plus qu'une dernière écluse à franchir pour accéder à la Seine. Voilà qui boucle mes quelque 9 kilomètres pour rallier les bords de Seine depuis Pantin.

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