Les ponts en bois de Lucerne

Un court trajet, dans un train ordinaire cette fois, nous amène à Lucerne, une des grandes villes suisses, septième par le nombre d'habitants, et en quelque sorte capitale de la Suisse centrale. Comme souvent, elle s'ouvre sur un lac, celui des Quatre Cantons aux formes lépidoptères, sinuant jusqu'à ses extrémités qui vont justement s'enfoncent dans plusieurs cantons. La gare donne sur le lac et l'embouchure de la rivière Reuss, la vue qui s'offre à nous en arrivant vaut le déplacement, avec ce splendide pont couvert médiéval en bois, qui coupe la rivière en biais, pas un bête pont tout droit, mais un ouvrage qui serpente à coups d'angles inattendus. C'est le Kappellbrücke, symbole de la ville, datant de 1333 (le plus vieux d'Europe), et long de 200 mètres, qui relie les deux rives de la ville. Il contient une série de panneaux triangulaires, peints sur la charpente en bois, qui retracent l'histoire de la ville. Mais ceux-ci ont largement été perdus lors de l'incendie de 1993 qui détruisit quasi totalement le pont et ses tableaux. Pour donner un peu plus de cachet à l'ensemble, la Wasserturm octogonale se dresse au milieu du pont, point d'ancrage qui servit autrefois de prison ou d'archives. La nuit venue, les lumières et leurs reflets changent encore un peu l'ambiance. En amont, l'autre pont de bois, le Spreuerbrücke, forme lui aussi un coude, et est caractéristique par ses panneaux qui retracent une Danse Macabre.

La matinée nous laisse le temps de circuler dans et autour de la vieille ville. Comme dans d'autres villes suisses, la caractéristique principale est la présence de fresques murales, plus ou moins anciennes, sur les façades de beaucoup des demeures : frises, dorures, allégories, enseignes, toute une panoplie d'ornements se succèdent et se répondent le long des rues. Notre circuit périurbain nous emmène jusqu'aux remparts qui surplombent la ville côté nord, ces fortifications du Müsegg (XIVème), et ses tours, séparent strictement les vieilles maisons et la partie extramuros plus récente, comme le montre la surprenante piste d'athlétisme à quatre couloirs qui longe la muraille ! Un peu plus loin nous attend la bête sauvage la plus connue de la ville, le Lion de Lucerne, un cousin de celui de Belfort sans doute. Celui-ci rappelle le sort des Gardes Suisses, mercenaires de longue date au service des Rois de France, et qui furent massacrés par centaines lors de l'assaut des Tuileries en 1794. Un lion de pierre, empalé et mourant, rappelle le triste sort de ces gardes, aujourd'hui symbolisant parfois une certaine hostilité de la Suisse réactionnaire à l'Europe ou au progrès.

L'après-midi, nous sortons de la ville pour une longue balade vers l'est le long du lac des 4 Cantons. Passés la partie urbaine, ses quais et jardins, de petites bases nautiques, des musées (celui des Transports est réputé), l'on rejoint une campagne plus bucolique, vers la pointe du Meggenhorn qui avance telle la proue d'un bateau sur le lac, sous l'ombre d'un Christ aux bras ouverts qui a des allures de Corcovaldo en miniature. Au-dessus trône le château de Meggenhorn, un peu kitsch avec son air néo-gothique, ses tourelles et ses degrés. mais situé dans un splendide cadre verdoyant, entre arbres vénérables et plants de vignes.

De là, le chemin côtier remonte vers le nord, pour passer dans une zone qui respire fort le Franc Suisse triomphant. Une palanquée de "modestes" maisons modernes d'architecte, s'étalant à flanc de colline sur quelques centaines de mètres carrés, se sont offerts une vue imprenable sur le lac et sur les montagnes encore enneigées en cette période. Mais elles sont fermées et bien gardées, difficile de s'y voir autrement que par l'imagination, nous n'osons pas sonner pour quémander une visite guidée. Nous poursuivons jusqu'au village voisin de Meggen, avant de rejoindre le terminus du bus à Tschädigen, qui nous ramènera jusqu'au centre de Lucerne.


Durant les deux nuits que nous passons à Lucerne, nous logeons en plein centre de la vieille ville, sur une petite place (Hirschenplatz) aux murs peints. Le studio est un peu impersonnel, mais confortable, et surtout hyper-central, tout en restant très calme. Pour dîner le soir, nous n'avons qu'une dizaine de mètres à marcher pour rejoindre le Storchen (Cigognes), bar à vin sympathique, qui propose des tapas locales (comme différents types de croquettes, qui semblent donc autant suisses que belges), arrosés de vin blanc comme cet original chasselas de la région de Neuchâtel.

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